Le mois de mai 2026 s’est révélé être le plus meurtrier pour les civils ukrainiens depuis le début de l’invasion à grande échelle en 2022, tandis que les pertes russes ont atteint des records significatifs. Par ailleurs, une analyse open source remet en question les capacités hypersoniques revendiquées du missile Tsirkon, le qualifiant plutôt de missile balistique.
Selon les Nations Unies, 274 civils ont été tués et 1 763 blessés en mai, soit une hausse de 93 % par rapport à mai 2025. Les attaques touchent majoritairement les zones éloignées du front, notamment la région de Kiev, ce qui souligne tant l’évacuation réussie des civils des zones de combat que l’intensification des bombardements terroristes russes contre des populations civiles loin du conflit direct.
Les victimes décédées ont majoritairement été touchées par des armes à longue portée : 45 % par des missiles et drones, 64 personnes par des drones à courte portée, 57 par des bombardements aériens, 28 par de l’artillerie et des lance-roquettes multiples, et 10 du fait d’engins explosifs improvisés (EEI) et de mines. Les régions les plus touchées sont Kiev, Zaporizhzhia, Kherson et Dnipro.
Du côté russe, les pertes sont également considérables. Selon l’état-major ukrainien, 626 véhicules de transport ont été détruits en une seule journée, un record. Les forces russes ont également perdu 1 390 soldats, 74 pièces d’artillerie, une pièce d’artillerie rare, huit équipements spécifiques, sept chars et véhicules blindés de transport de troupes. Par ailleurs, 1 851 drones de taille moyenne ont été neutralisés à l’échelle opérationnelle et tactique.
Concernant le missile Tsirkon, présenté par la Russie comme une arme hypersonique révolutionnaire, une analyse OSINT récente indique qu’il s’agirait en réalité d’un missile semi-balistique. Contrairement aux missiles hypersoniques qui utilisent un moteur à réaction ou un scramjet avec admission d’air, le Tsirkon ne semble pas disposer d’un tel système, fonctionnant plutôt avec une propulsion classique à propergol solide embarquant son propre comburant, caractéristique des missiles balistiques.
Cette distinction a des implications importantes pour la défense : le Tsirkon serait moins maniable et plus prévisible sur sa trajectoire que les véritables missiles hypersoniques, qui peuvent accélérer tout au long de leur vol grâce à leur moteur à réaction et effectuer des manœuvres complexes pour échapper aux systèmes antimissiles.
Lors d’un séminaire récent, le chef du Service de renseignement militaire suédois (Must), le général Thomas Nilsson, a souligné que la menace sécuritaire régionale demeure grave et complexe. Il a rappelé que la Russie, en conflit stratégique déclaré avec l’Occident depuis 2007, poursuit son ambition de contrôler l’Ukraine afin d’empêcher son orientation vers l’Ouest. Toutefois, la Russie est aujourd’hui confrontée à d’importantes difficultés militaires et logistiques.
Cette montée des tensions s’accompagne d’une intensification de la guerre hybride russe contre l’Europe et l’OTAN, visant à désinformer, déstabiliser et diviser les sociétés occidentales, notamment par des attaques ciblées sur les vulnérabilités nationales, y compris la Suède. Ces opérations incluent sabotage, violences sous faux drapeaux et tentatives d’ingérences électorales.
« Il est dans l’intérêt de nos adversaires que nous doutions de l’alliance et de l’engagement américain en Europe. » – Général Thomas Nilsson, Must
Le responsable suédois a également abordé la coopération transatlantique, précisant que le retrait partiel des troupes américaines d’Europe se fait dans des conditions ordonnées, sans remise en cause de la garantie de défense collective de l’article 5 de l’OTAN. L’Europe, appuyée par le Canada, est appelée à prendre une part accrue dans la défense du continent.
Enfin, face à la pérennité de la confrontation avec la Russie, Must a affirmé que ce défi ne sera pas temporaire, mais devrait marquer le paysage stratégique à long terme, voire pour la génération à venir :
« Si mon évaluation est correcte, cette menace est un état dans lequel nous devrons vivre durablement. » – Général Thomas Nilsson, Must
En marge du conflit, l’Ukraine affiche sa détermination. Sa diplomate auprès des Nations Unies a déclaré que Kiev reste ouverte à des négociations directes avec Moscou, mais que sa patience a des limites et qu’elle pourrait retirer sa proposition de cessez-le-feu.
Sur le plan opérationnel, l’armée ukrainienne a récemment détruit plusieurs drones russes de type Orion, des appareils de reconnaissance classiques comparables aux MQ-1 Predator américains, évalués à plusieurs dizaines de millions de couronnes suédoises. Ces frappes témoignent de la capacité d’Ukraine à cibler des équipements coûteux et stratégiques de l’adversaire.
Le conflit reste donc marqué par une intensité élevée des combats, des pertes humaines sévères parmi les civils, et une dynamique stratégique resserrée mêlant innovations technologiques, guerre psychologique et enjeux géopolitiques majeurs.
