La flotte de sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire de la Royal Navy est actuellement absente des opérations en mer, révélant l’impact considérable des contraintes portuaires sur leur disponibilité. À la fin du premier semestre 2026, aucun des sous-marins de la classe Astute n’est en patrouille maritime.
Le HMS Audacious est arrivé à Devonport en avril 2023 pour des réparations en cale sèche. Selon des sources non officielles, il aurait subi des dommages lors d’une patrouille en Méditerranée fin 2022. Après une attente de 22 mois liée à la rénovation des infrastructures, il a pu entrer dans la cale sèche numéro 15 en février 2025. Sa sortie imminente est un signe encourageant, mais la durée nécessaire avant qu’il redevienne opérationnel reste inconnue.
Le HMS Anson est le seul sous-marin à avoir récemment appareillé, rentrant à Devonport le 27 mai 2026. Son retour anticipé d’une mission dans le cadre de l’alliance AUKUS en Australie a été motivé par l’intensification du conflit entre les États-Unis et l’Iran, avec une probable position prolongée dans la mer d’Arabie avant son retour. Les maintenances simples sont généralement réalisées à la base de Faslane, tandis que Devonport est réservé aux réparations majeures. La durée de son entretien est inconnue, ainsi que sa possible mise en cale sèche.
Le HMS Astute, plus ancien de la série, a rejoint Devonport le 30 juin 2025 pour son Mid-Life Revalidation Period (MLRP), phase de maintenance prévue pour durer plusieurs années. Bien que quelques travaux préliminaires aient commencé, il attend toujours la disponibilité de la cale sèche numéro 15.
Le HMS Ambush est hors service depuis le plus longtemps, sa dernière sortie en mer datant d’août 2022 – soit près de quatre ans. Maintenu à faible niveau opérationnel à Faslane, il a été partiellement cannibalisé pour fournir des pièces détachées aux autres sous-marins.
Le HMS Artful a appareillé pour la dernière fois vers mai 2023, il y a un peu plus de trois ans. Il était considéré comme le plus proche du retour en service, bien que cela ne soit pas confirmé, et il est toujours stationné à Faslane.
Le HMS Agamemnon, sixième sous-marin de la classe, a été officiellement mis en service au chantier naval en septembre 2025. Une réponse parlementaire récente confirme sa livraison à la Royal Navy prévue pour fin 2026, date à laquelle il devrait quitter Barrow pour débuter ses essais en mer.
Le septième et dernier bâtiment de la série, le HMS Achilles, est officiellement en phase avancée de construction, mais son entrée en service a été repoussée à plusieurs reprises. Le ministère de la Défense refuse de communiquer la moindre estimation, invoquant des raisons de sécurité et de protection des capacités militaires.
Il est supposé que le HMS Achilles a été endommagé lors d’un incendie majeur à Barrow en octobre 2024, dont la gravité reste inconnue. Par ailleurs, l’attention prioritaire portée au programme des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (classe Dreadnought) pourrait avoir ralenti sa progression.
Jusqu’à la fin des travaux majeurs sur la cale sèche numéro 10 à Devonport, attendus pour 2027, le Royaume-Uni ne dispose que de trois infrastructures nucléaires capables de sortir des sous-marins de l’eau : l’ancien ascenseur à navire de Faslane et deux cales sèches à Devonport. La cale 9 est actuellement occupée par le HMS Victorious pour une maintenance profonde pluriannuelle, la cale 15 a été libérée par le Audacious, tandis que la cale 14 est en préparation pour le déchargement du combustible et le futur démantèlement des sous-marins hors service, un projet décennal.
Trois initiatives sont en cours pour remédier à ces difficultés. Le projet Submarine Waterfront Infrastructure Future (SWIF) vise à reconstruire la cale 10 à Devonport pour les sous-marins de la classe Dreadnought, Astute et les futurs SSN-AUKUS. Le programme indépendant EUSTON prévoit l’acquisition de cales flottantes pour Faslane, tandis que le Submarine Maintenance Recovery Plan (SMRP), lancé en janvier, cherche à améliorer la productivité globale du maintien en condition opérationnelle.
D’un point de vue opérationnel et stratégique, la situation actuelle est alarmante. La capacité de la flotte de sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire (SSN), qui s’est dégradée drastiquement ces cinq dernières années, est un échec. Ces actifs conventionnels majeurs du Royaume-Uni, dont le coût s’élève à plusieurs milliards de livres, restent inactifs alors que la menace sous-marine russe s’intensifie.
La force SSN est censée constituer un volet essentiel de la dissuasion nucléaire stratégique en protégeant les sous-marins lanceurs d’engins Trident, notamment au début et à la fin de leurs patrouilles. Ce déficit affecte la crédibilité du Royaume-Uni dans le cadre du partenariat AUKUS, suscitant des doutes chez les alliés et partenaires. Le groupe aéronaval britannique est contraint de s’engager sans un élément clé de sa protection, ni d’une part majeure de sa puissance de projection. Par ailleurs, la seule plateforme britannique capable de lancer des missiles Tomahawk à capacité de frappe terrestre est indisponible.
Au-delà des infrastructures, la problématique de la formation du personnel est préoccupante. Les sous-mariniers ne peuvent s’entraîner en mer ni acquérir une expérience opérationnelle réelle. Tandis que les équipages des sous-marins lanceurs d’engins (SSBN) effectuent des patrouilles exceptionnellement longues, ceux des SSN se limitent à des simulations à Faslane ou des missions portuaires répétitives, ce qui affecte leur moral. Une flotte autrefois reconnue mondialement pour son excellence sous-marine ne peut maintenir ce niveau sans exercice pratique. À l’avenir, la Royal Navy risque de manquer de capitaines de sous-marin expérimentés, faute d’officiers ayant accumulé du temps de patrouille. Le cursus Persher, dédié à la formation des commandants, dépend largement de l’aide de submersibles étrangers, comblant ainsi plusieurs lacunes liées à l’absence de moyens britanniques.
