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En 2025, les chercheurs Ofek Riemer, Daniel Wajner et Ehud Eiran alertaient sur les conséquences potentiellement graves qu’entraînerait la relation entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et les services de renseignement israéliens pour la démocratie du pays. Un an plus tard, ils réévaluent cette dynamique et ses implications pour la gouvernance et la sécurité nationale d’Israël.

Un apaisement apparent entre Netanyahu et les services de renseignement

Comparativement à l’année précédente, les relations entre Netanyahu et les chefs des agences de renseignement israéliennes, notamment le Shin Bet, sont moins confrontationales ouvertement. Cependant, cet apaisement traduit surtout un déplacement dans l’équilibre des pouvoirs plutôt qu’une résolution des tensions de fond. Les auteurs soulignent que les dirigeants populistes tendent à passer de la critique des agences de renseignement à leur délégitimation publique, puis à une volonté accrue de contrôle politique direct. Cette évolution s’est particulièrement accentuée en Israël au cours des derniers mois.

Quelques mois après un affrontement juridique évoqué précédemment, le Général de division (réserviste) David Zini a été nommé à la tête du Shin Bet. Sous sa direction, les rapports de l’agence semblent davantage alignés sur les intérêts politiques et personnels de Netanyahu. Ainsi, le Shin Bet a produit un avis rendu public qui a permis de reporter la comparution du Premier ministre lors de son procès pour corruption, invoquant un risque sécuritaire. L’agence a également modifié sa position traditionnelle en soutenant la loi proposée par le parti d’extrême droite Otzma Yehudit, légalisation de la peine de mort pour terroristes, adoptée en mars 2026.

Parallèlement, cette tendance s’étend au-delà du Shin Bet. Avec le déplacement de l’attention stratégique d’Israël de Gaza et du Liban vers l’Iran, le Mossad a attiré les projecteurs, et son directeur David Barnea, auparavant considéré comme un allié important de Netanyahu, est devenu un bouc émissaire lorsque les ambitions de changement de régime iranien n’ont pas abouti. En juin 2026, Barnea a été remplacé par Roman Gofman, aide de camp militaire de Netanyahu et officier des Forces de défense israéliennes, mais sans expérience notable dans le renseignement. Les médias pro-gouvernementaux justifient cette nomination comme une réforme nécessaire suite aux prétendues lacunes du Mossad dans la gestion de la menace iranienne.

Une intelligence de plus en plus alignée politiquement, un risque pour la démocratie

Du point de vue du Premier ministre, les relations avec les services de renseignement sont donc plus conciliantes qu’auparavant. Néanmoins, cette convergeance politique pose un risque majeur pour la sécurité nationale, l’état de droit et le système démocratique israélien. L’alignement croissant des agences de renseignement sur le gouvernement fragilise leur indépendance et leur capacité à fournir des évaluations stratégiques objectives.

Des signes de vulnérabilités accrues pour la sécurité nationale

Deux exemples révèlent les conséquences possibles de cette politisation sur l’efficacité opérationnelle.

  • La campagne contre l’Iran : Contrairement aux pratiques habituelles où le public bénéficie d’indications indirectes sur les analyses du renseignement, cette fois, les voix dissidentes semblent absentes. Après les annonces solennelles de victoire « historique » et de destruction complète du programme nucléaire iranien en juin 2025, aucune autre évaluation concurrente n’a émergé. De même, les débats sur la faisabilité des objectifs militaires et politiques avant et après l’offensive en février 2026 sont restés muets dans l’espace public, instaurant un climat de consensus apparent mais opaque, susceptible d’indiquer autocensure ou marginalisation des opinions divergentes.
  • La violence des extrémistes israéliens en Cisjordanie : Ce problème paraît moins lié à des défaillances du renseignement qu’à des choix politiques. Des rapports montrent que le Shin Bet ne considère pas ces violences comme une menace terroriste majeure. Cette sous-évaluation conduit à une baisse des ressources et de la priorité donnée à la lutte contre cette violence, ce qui entame la motivation et l’efficacité des personnels chargés de cette mission.

La remise en cause d’un principe fondamental : la mamlachtiut

Leur analyse souligne la dégradation de la mamlachtiut, la tradition israélienne de neutralité politique et de service non-partisan de l’État, qui constitue l’un des piliers de l’équilibre civil-militaire. En témoignage, une lettre controversée envoyée par Naomi Zini, épouse du directeur du Shin Bet, à « aux épouses du personnel de l’organisation » émergeant sur un ton connoté religieusement, qui méconnaît la présence de nombreuses femmes au sein même des forces de sécurité, valorisant uniquement un rôle traditionnel. Ce geste, anecdotique en apparence, illustre une redéfinition contestée des valeurs professionnelles du renseignement, combinée à des réformes judiciaires internes réduisant le contrôle légal, une politisation des nominations de hauts responsables et une minoration de la gravité des menaces internes.

La restauration de cette norme dépendra davantage de la reconstruction d’une culture institutionnelle favorisant l’indépendance professionnelle, la neutralité politique et la loyauté envers l’État dans son ensemble, plutôt qu’envers un gouvernement particulier.

Une posture populiste en cycle

Enfin, les auteurs rectifient leur analyse initiale qui présentait la relation populiste-renseignement comme une progression linéaire. Ils observent désormais un cycle auto-renforcé : les dirigeants populistes marginalisent les experts au profit d’alliés partisans, ce qui augmente le risque d’échecs politiques et stratégiques. Ces échecs alimentent le blâme porté aux agences, permettant des interventions politiques supplémentaires dans leur fonctionnement, affaiblissant encore plus leur indépendance. Ce cercle vicieux contribue à une forme de capture politique durable des organes du renseignement.

Ofek Riemer est professeur assistant à l’Institut Ben-Gurion pour l’étude d’Israël et du sionisme à l’Université Ben-Gurion du Néguev et fondateur de l’Israeli Forum for Intelligence Studies.

Ehud Eiran dirige le département des relations internationales de l’École des sciences politiques de l’Université de Haïfa et est chercheur senior à l’Institut pour la recherche méthodologique en renseignement.

Daniel F. Wajner est professeur assistant en relations internationales à l’Université hébraïque de Jérusalem et coéditeur du livre Populist Foreign Policy: Regional Perspectives of Populism in the International Scene (Springer, 2023).