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Le projet de mémorial dédié à la Guerre mondiale contre le terrorisme (GWOT), imaginé par l’architecte Kengo Kuma, a suscité une vive controverse dès son annonce. Les critiques se concentrent principalement sur trois points : son design abstrait, l’absence d’un hommage clairement héroïque, et l’absence d’un « registre » avec les noms des disparus. Le représentant Derrick Van Orden, ancien Navy SEAL, a qualifié le monument de « spectacle de jazz pour nos frères et sœurs tombés ». Le sénateur Jim Banks, autre vétéran de la Navy passé en politique et ayant servi en Afghanistan, a décrit l’ouvrage comme une « œuvre d’art abstraite déconnectée ». En ligne, de nombreux vétérans s’étonnent de l’absence d’un espace dédié aux plus de 7 000 morts dans ces conflits.

Certaines critiques adressées à Kuma et au comité consultatif de 23 personnes à l’origine du design sont justifiées, mais cela ne doit pas nous empêcher d’examiner de plus près ce que propose réellement ce mémorial.

Ayant servi dans une brigade Stryker lors de la sursaut de 2007 en Irak, je suis aujourd’hui chercheur et enseignant sur l’expérience des anciens combattants américains et leur retour à la société. Chaque cours donné, chaque rencontre avec un vétéran apporte une nouvelle perspective sur la signification de la GWOT. Si un récit central devait émerger après vingt ans de conflit, il est encore en construction.

Le plus intéressant dans ce projet ne réside pas dans ce qu’il inclut, mais dans ce qu’il omet. Le design de Kuma refuse de glorifier une guerre dont les objectifs ont évolué pendant deux décennies et dont les résultats restent contestés. Il évite de réduire vingt années de combats complexes à des récits héroïques traditionnels, centrés sur les opérations spéciales ou l’infanterie, si fréquents dans la culture populaire actuelle. Il privilégie l’espace ouvert plutôt que la clôture architecturale.

Cette retenue est importante. La majorité des mémoriaux établissent une position claire dès la première visite. Le Marine Corps War Memorial, avec son drapeau en bronze levé, incarne un symbole national unanimement accepté, dont le message est clair et sans équivoque. De même, le National World War II Memorial, avec ses arcs et ses étoiles d’or, illustre l’ampleur du conflit et la mobilisation américaine. Ces mémoriaux ne laissent guère de place à l’interprétation, ils délivrent une conclusion.

Un design qui refuse une conclusion facile parie sur la capacité des visiteurs à accueillir l’ambiguïté. C’est une démarche pertinente, car l’héritage de la GWOT est toujours en train de s’écrire.

Une des représentations du projet montre des personnes rassemblées de manière informelle sur une pelouse, évoquant davantage une réunion qu’un monument. Si cette vocation devient réalité, s’il s’agit d’un lieu où se rencontrent, discutent et échangent des récits sur un conflit qui a profondément impacté la société américaine, alors le mémorial réussira plus qu’un simple acte commémoratif : il offrira un espace de dialogue.

Cependant, ces choix importants ne doivent pas occulter certaines faiblesses du projet. Les sentiers marqués par des empreintes variées – bottes, chaussures, talons aiguilles, voire pattes d’animaux – semblent insuffisants pour supporter le poids symbolique que le mémorial leur attribue. De même, l’orientation de l’arche vers la section 60 du cimetière d’Arlington paraît forcée, évoquant un sens sans réellement le mériter. D’autant que la construction future de l’« Arc triomphal des États-Unis » pourrait rompre la ligne de vue envisagée.

La longue ombre du Mur

Le véritable problème du mémorial réside malheureusement dans son emplacement. L’installer à proximité immédiate du Vietnam Veterans Memorial, connu sous le nom du Mur, s’avère maladroit. Le Mur, avec ses panneaux de granit, porte un poids symbolique et émotionnel immense, fruit de décennies et d’un récit national bien établi : une guerre impopulaire, des retours difficiles et une reconnaissance tardive.

Cette proximité invite à comparer, et la comparaison engendre des attentes. Imaginez le visiteur qui, en quelques centaines de mètres, passe d’un mémorial à l’autre. La proximité avec le Mur ne facilitera pas la compréhension du message du mémorial GWOT.

Les attentes sont déjà palpables, avec des revendications pour des noms gravés et un style graphique plus clair. Nombreux sont ceux qui projettent sur ce mémorial à venir l’intensité émotionnelle du Mur.

Mais l’emplacement étant fixé, la vraie question ne porte plus sur le design, mais sur ce qui se passera sur le site après l’inauguration. La réussite de la commémoration de la Guerre mondiale contre le terrorisme dépendra essentiellement de cette dimension.

La pierre et l’acier définissent un lieu, mais ils ne créent pas la compréhension. Celle-ci réclame une interprétation, et cette interprétation nécessite des acteurs : un personnel formé, des programmes organisés, et la volonté d’aborder les conversations difficiles autour des coûts, des bénéfices, des choix politiques et tactiques. Sans cela, ce mémorial risque de se réduire à une version élaborée du simple « merci pour votre service ».

Il est donc légitime de se montrer sceptique face au projet actuel. Ce scepticisme est en partie justifié, mais il ne doit pas mener à un rejet pur et simple. Malgré ses défauts, le design tente de relever un défi ardu : honorer une guerre avant que la nation ne se soit entendue sur sa signification.

Jim Craig, professeur de sociologie et d’études sur les anciens combattants à l’Université de Missouri-St. Louis, est également vétéran de la Guerre mondiale contre le terrorisme. Il est membre fondateur de la Veterans Studies Association.