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Le porte-avions américain USS Abraham Lincoln est en mer au Moyen-Orient depuis plus de 200 jours consécutifs, battant le précédent record établi en 2020 par l’USS Dwight D. Eisenhower. Ce déploiement exceptionnel est marqué par un rythme opérationnel soutenu, sans escale significative, et soulève des questions quant au bien-être des marins engagés dans cette mission.

Le lundi 26 juin, l’USS Abraham Lincoln a atteint 207 jours consécutifs en mer, battant ainsi le record précédent détenu par l’USS Dwight D. Eisenhower durant la pandémie de COVID-19 en 2020. Depuis son départ de San Diego le 21 novembre dernier, le porte-avions n’a effectué qu’une courte escale à Guam les 11 et 12 décembre. Sa mission principale se concentre sur les opérations dans le golfe d’Oman et la mer d’Arabie, visant à contraindre l’Iran à libérer le détroit d’Ormuz et à freiner ses ambitions nucléaires.

Les opérations américaines comprennent des frappes aériennes ciblées contre des installations militaires iraniennes, la protection des navires dans des zones à haute tension et, jusqu’au mois dernier, le maintien d’un blocus naval sur certains ports iraniens. Cette présence continue s’inscrit dans une posture stratégique visant à empêcher toute action hostile des milices soutenues par Téhéran dans la région.

Cependant, les conditions de vie à bord, notamment le manque de contacts familiaux prolongé et la pression permanente des opérations 24 heures sur 24, commencent à peser sur la santé mentale et physique des marins. « Notre santé mentale et physique est en danger », a récemment exprimé anonymement un membre de l’équipage dans un message à sa famille, « nous avons besoin d’aide ».

Ce cri d’alerte a été relayé par des proches inquiets, qui redoutent une crise sanitaire chez certains marins. « C’est préoccupant et un peu déchirant », confie un membre de famille, « on ne peut rien faire ». Malgré ces tensions, la résilience de la troupe est soulignée. La lieutenant-commandant Alexis Travis a ainsi publié sur Instagram le 16 juin : « Nous sommes fatigués. Cette équipe démontre courage, élégance, résilience, flexibilité, bienveillance et une capacité inégalée à mener à bien sa mission. »

L’USS Abraham Lincoln est intégré dans un dispositif naval étendu de plus de 20 navires déployés au Moyen-Orient, regroupant également le porte-avions USS George H.W. Bush et le groupe amphibie d’attaque Boxer. Selon le Commandement Central américain (CENTCOM), plus de 50 000 militaires américains, incluant forces aériennes et unités au sol, sont déployés dans la région.

En temps normal, les navires de guerre effectuent des escales régulières toutes les 30 à 45 jours, permettant au personnel de bénéficier de repos, entretenir le matériel et se réapprovisionner. Ces pauses sont essentielles pour le moral des marins, leur offrant la possibilité de quitter temporairement le navire pour se détendre et renouer avec la vie civile.

Toutefois, les exigences opérationnelles peuvent contraindre ces routines. En 2024, l’USS Eisenhower a passé plus de cinq mois en mer Rouge sans escale, dans un contexte de protection contre les attaques des milices houthis appuyées par l’Iran au Yémen. En 2020, ce même porte-avions avait déjà cumulé 206 jours en mer en raison des restrictions sanitaires liées au COVID-19.

Pour améliorer le quotidien des marins dans ces périodes prolongées, diverses initiatives ont été mises en place, comme l’installation de connexions Wi-Fi à bord, facilitant les contacts avec les proches. Des activités récréatives – ateliers d’art, soirées bingo, concours de chant – sont également organisées pour atténuer le stress permanent causé par la pression opérationnelle.

Malgré ces efforts, certains signes de tension et d’insatisfaction subsistent. Un article paru en avril dans la presse américaine avait évoqué des inquiétudes sur la qualité de la nourriture à bord, une accusation réfutée par l’Amiral Darryl Caudle, chef des opérations navales, précisant que les images utilisées ne concernaient pas un navire de la Marine mais un cantonnement terrestre.

Dans ce contexte, la lieutenant-commandant Travis a également pris la parole pour rejeter les critiques minimisant les difficultés vécues par les marins durant ces longs déploiements. Elle souligne que personne ne choisit volontairement ces conditions, rappelant la nécessité de solidarité entre équipages et une meilleure intégration civilo-militaire pour soutenir la communauté des anciens combattants.