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Le Pentagone a récemment annoncé que les militaires auront désormais accès à une thérapie de remplacement de la testostérone. Cette initiative intervient dans un contexte où les troubles liés aux déficiences hormonales, souvent regroupés sous le terme de « syndrome de l’opérateur » chez les forces spéciales, suscitent une attention croissante. Toutefois, les experts soulignent que la prise en charge de ces problèmes de santé est plus complexe qu’une simple administration de testostérone, qui comporte également des risques.

Le mercredi 12 juillet, le secrétaire à la Défense Pete Hegseth a indiqué que l’examen médical annuel systématique des militaires de plus de 30 ans inclura désormais un dépistage du taux de testostérone, que les plus jeunes pourront également demander. Dans une vidéo publiée sur le réseau social X, Hegseth a précisé que si un professionnel de santé recommande un traitement, c’est le militaire qui décide librement d’accepter ou non une thérapie de remplacement de la testostérone.

Cette annonce traduit une préoccupation grandissante dans le monde des opérations spéciales ces dernières années, où la notion de « syndrome de l’opérateur » est largement discutée, tant parmi les vétérans que les spécialistes médicaux. Ce phénomène, mentionné par Hegseth dans un mémo officiel, a été initialement décrit dans un article publié en 2020 dans l’International Journal of Psychiatry Medical par le Dr Chris Frueh.

Le Dr Frueh définit ce syndrome comme un ensemble récurrent de troubles de santé et de déficiences hormonales fréquemment observés chez les opérateurs spéciaux de plus de 30 ans, constatés au cours de son travail avec des militaires en activité ainsi que des vétérans à travers les États-Unis et d’autres pays. Des cas similaires ont également été rapportés chez des policiers et des pompiers, souligne-t-il.

« L’enchaînement des opérations à haute intensité, la privation de sommeil, la perturbation du cycle circadien, les expositions répétées à des ondes de choc, tout cela a un impact profond sur les hormones », explique Frueh. « Le manque de sommeil altère la libération et la régulation hormonale. Cette interaction est bidirectionnelle : elle affecte non seulement le sommeil mais aussi la santé cérébrale et le métabolisme si les hormones ne sont pas équilibrées. »

Un traitement souvent plus complexe qu’une simple injection

Les experts insistent sur le fait que corriger un déséquilibre en testostérone nécessite une approche bien plus globale que la simple administration orale ou injectable de cette hormone. Le traitement doit aussi tenir compte d’autres facteurs de santé tels que le sommeil, le stress, la consommation de substances, l’alimentation, entre autres.

« Notre prise en charge médicale reste compartimentée. Mon spécialiste du sommeil ne communique jamais avec mon oncologue ou mon podologue. Chaque problème est traité isolément », déplore Frueh, soulignant que le « syndrome de l’opérateur » regroupe justement des problèmes interconnectés qui réclament une approche holistique.

Face à ces limites des voies médicales traditionnelles, un secteur non conventionnel a émergé pour proposer des protocoles de soin alternatifs. Le Dr Mark Gordon, spécialiste en neuroendocrinologie, applique ses recherches à des traitements destinés aux opérateurs spéciaux et vétérans qui financent eux-mêmes leurs consultations.

« Se concentrer uniquement sur la testostérone, c’est comme gonfler un seul pneu de votre voiture pendant que les trois autres restent à plat. Il faut optimiser toutes les hormones clés », explique Gordon. « C’est pourquoi certains patients ne s’améliorent pas avec la thérapie de remplacement de la testostérone (TRT) : on a simplement négligé les autres hormones. »

Il est important de noter que la TRT comporte des risques, notamment une diminution du nombre de spermatozoïdes — cette thérapie a d’ailleurs été étudiée comme méthode de contraception masculine — ainsi qu’une réduction de la capacité du corps à produire naturellement la testostérone.

Le Dr Gordon confie qu’il recommande rarement la TRT. Lorsqu’un patient suit ce protocole, il s’engage en réalité pour un traitement à vie, sans pour autant traiter la cause initiale de la carence.

Le Dr Richard Auchus, chef du service d’endocrinologie au VA Ann Arbor Healthcare System et membre du conseil de la Seal Future Foundation, souligne les tensions persistantes entre, d’une part, l’expansion du recours à la testostérone et, d’autre part, la prise en charge des causes sous-jacentes pouvant expliquer les faibles taux hormonaux, comme l’apnée du sommeil.

« Si vous mettez quelqu’un sous CPAP (appareil à pression positive continue) et qu’il récupère un sommeil profond, notamment du sommeil paradoxal (REM), alors la pulsation hormonale naturelle revient à la normale. C’est un exemple de cause réversible. Traiter seulement par testostérone sans corriger la cause reviendrait à ne pas faire son travail », explique-t-il. « Donner de la testostérone sans régler le problème sous-jacent, comme l’apnée, ne rétablit pas une santé normale et peut même aggraver la condition. »

En arrière-plan du nouveau programme de dépistage et de traitement du Pentagone, subsiste une histoire troublée autour de certains opérateurs spéciaux, marquée par des cas d’abus de stéroïdes et d’autres substances dopantes.

Les tests de dépistage de drogue courants dans l’armée ne ciblent pas ces substances, bien que les commandants de la Marine puissent demander des analyses spécifiques en cas de suspicion. L’usage non réglementé de stéroïdes est formellement interdit dans toutes les forces armées, avec des sanctions prévues par le Code de justice militaire.

« Les gens utilisent régulièrement de la testostérone parce que c’est un agent d’amélioration des performances », reconnaît Auchus. « La frontière entre un traitement pour revenir à une santé normale et un dopage est très floue en ce qui concerne la testostérone. »

Ancien membre du corps médical de l’US Air Force, Auchus explique qu’une part de son travail consistait à évaluer l’éventuel abus d’androgènes — dont la testostérone fait partie — chez les militaires. Il souligne l’importance de la transparence des patients pour assurer un suivi approprié.

« Il y a un risque inhérent à la prise d’androgènes. Si vous ne révélez pas vos usages passés, je ne peux pas vous aider correctement », avertit-il. « L’absence d’honnêteté ne fera que perpétuer le problème. »