La Chine a érigé dans le désert du Taklamakan une réplique tridimensionnelle grandeur nature d’un destroyer lance-missiles de classe Arleigh Burke, un navire emblématique de la marine américaine. Cette maquette sert au renseignement militaire chinois pour affiner ses tactiques d’attaque contre l’un des piliers de la défense aérienne et de la guerre antimissile américaine déployés autour de Taïwan.
Cette structure reproduit fidèlement plusieurs caractéristiques visibles d’un destroyer Arleigh Burke, un bâtiment qui escorte régulièrement les porte-avions américains et mène des opérations de liberté de navigation dans le Pacifique occidental. Contrairement aux cibles planes utilisées auparavant dans les champs de tirs chinois, cette maquette en trois dimensions permet d’évaluer les capteurs, les systèmes de visée et l’efficacité des armes de précision contre une réplique plus réaliste d’un navire de guerre américain opérationnel. Les analystes considèrent ce développement comme le signe d’un intérêt soutenu de Pékin pour se préparer à des scénarios de conflit maritime intense dans le détroit de Taïwan.
Longue d’environ 155 mètres, la maquette reproduit le profil détaillé du destroyer, incluant la coque, la position des canons avant, la superstructure, la cheminée ainsi que la plateforme héliport. Cette élévation confère à la cible des signatures radar, infrarouge et électro-optiques plus proches de celles d’un bâtiment réel, contrairement aux silhouettes auparavant identifiées dans le désert.
Le 13 juillet 2026, des images satellitaires obtenues par la société américaine Vantor ont confirmé l’existence de cette construction dans une zone d’essais de missiles au Xinjiang. D’autres clichés analysés le 15 juillet par un média britannique montrent que cette maquette fait partie d’un réseau plus vaste de cibles reproduisant des navires de guerre et installations militaires américaines. Pékin n’a pas confirmé publiquement les objectifs précis de cette réplique ni les armes testées contre elle.
Les images indiquent que la construction a démarré vers octobre 2025. Installée entre d’imposantes dunes, à plus de 1 000 kilomètres de la côte la plus proche, la position isolée offre à la Chine un espace sécurisé pour des essais d’armes et de capteurs en conditions contrôlées, exempt de trafic maritime, de variations météorologiques et d’observations étrangères inhérentes aux essais en mer.
La structure semble correspondre aux dimensions générales d’un destroyer Arleigh Burke Flight IIA ou Flight III, bien que les images ne permettent pas de déterminer le modèle exact. Ces destroyers mesurent environ 155 mètres de long et affichent un déplacement variant entre 9 000 et près de 10 000 tonnes selon la configuration. Les variantes Flight IIA et III sont équipées de 96 cellules de lancement vertical Mk 41, pouvant embarquer un arsenal diversifié incluant les missiles sol-air Standard, les missiles de croisière Tomahawk, les missiles évolués Sea Sparrow ainsi que des armes antisubmarines.
Le système de combat Aegis dont ils disposent offre une défense aérienne et antimissile avancée aux groupes d’attaque des porte-avions américains, tout en assurant des missions antisubmarines, antisurface et d’attaque terrestre. Plusieurs destroyers de la classe Arleigh Burke sont basés en permanence à Yokosuka, au Japon, au sein du Destroyer Squadron 15 et de la 7e flotte américaine. La réplique du désert a été comparée par les observateurs au USS Fitzgerald, un destroyer Flight I affecté à cette force avancée.
Choisir un destroyer de la classe Arleigh Burke revêt donc un intérêt opérationnel évident. Dans un contexte de conflit autour de Taïwan, ces destroyers joueraient un rôle crucial en protégeant les porte-avions, groupes amphibies, navires logistiques et bases avancées des menaces aériennes et de missiles chinoises. Ils seraient également capables de lancer des frappes avec des Tomahawk et de contribuer à la défense antimissile balistique. Neutraliser ces bâtiments escorte exposerait davantage les navires plus grands, moins manœuvrables, à des attaques ultérieures tout en réduisant la capacité de la marine américaine à maintenir une protection intégrée.
Erwan Halna du Fretay