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La rivalité en mer de Chine méridionale a éclipsé les débats lors du sommet de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) à Manille, alors qu’un affrontement récent a entraîné la condamnation ferme des États-Unis à l’encontre des actions « dangereuses » de la Chine dans cette zone maritime disputée.

La déclaration américaine est intervenue quelques minutes seulement après l’arrivée du secrétaire d’État Marco Rubio aux Philippines, où les 11 membres de l’ASEAN se réunissent pour aborder, entre autres enjeux, le maintien du statut de paria du Myanmar, plongé dans une guerre civile.

Un responsable du Département d’État américain a indiqué que Rubio rencontrerait son homologue chinois Wang Yi mercredi en marge du sommet de l’ASEAN à Manille. Cette entrevue survient dans un contexte de vives critiques américaines envers les manœuvres chinoises en mer de Chine méridionale, exacerbées par les accusations du président américain Donald Trump prétendant une ingérence chinoise dans les données électorales des États-Unis.

Dans une tribune publiée mardi aux Philippines, Marco Rubio a réaffirmé l’engagement de Washington « en faveur de la liberté de navigation en Asie du Sud-Est » et la protection régionale offerte par cette présence militaire américaine.

« Cette liberté n’est en aucun cas garantie. Si ces eaux venaient à être contrôlées par une puissance prête à utiliser le commerce comme une arme géopolitique, tant les États-Unis que les États membres de l’ASEAN feraient face à de graves menaces à leur souveraineté, leur sécurité et leur avenir économique », a-t-il écrit, évoquant clairement la Chine.

Pékin revendique la souveraineté sur près de la totalité de la mer de Chine méridionale, une voie commerciale mondiale stratégique, malgré une décision internationale invalidant ses prétentions.

Lundi, des marins philippins et chinois se sont affrontés sur le Second Thomas Shoal en mer de Chine méridionale, marquant le premier incident maritime sérieux depuis plusieurs mois. Les autorités de Manille ont dénoncé une agression commise par des gardes-côtes chinois envers des marins philippins proches d’un navire échoué utilisé comme poste de surveillance sur ce banc contesté. De son côté, Pékin a accusé les Philippines d’avoir provoqué l’incident en envoyant des hommes à bord de petites embarcations en caoutchouc vers leur navire.

Cette altercation jette une ombre sur les espoirs d’adoption prochaine d’un Code de conduite entre l’ASEAN et la Chine pour réguler les tensions dans cette mer disputée. Néanmoins, l’ambassadeur chinois à Manille a estimé mardi soir qu’un accord restait envisageable d’ici la fin de l’année.

Par ailleurs, la reprise des hostilités dans un autre détroit stratégique, celui d’Hormuz, continue de préoccuper, dans un contexte où le conflit ravivé avec l’Iran met à rude épreuve les alliés traditionnels des États-Unis, sur le plan économique.

Dépendantes des importations, les Philippines ont déclaré en mars l’état d’urgence énergétique nationale et ont dû diversifier leurs sources d’approvisionnement en carburant, incluant désormais l’achat de pétrole russe. Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov, est attendu mardi à Manille. Plusieurs initiatives visant à renforcer la sécurité énergétique régionale sont prévues pour cette semaine.

« Un retour dans le giron »

La réintégration du Myanmar demeure l’un des dossiers les plus épineux pour les ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN. L’État membre est officiellement exclu des sommets comme celui de cette semaine depuis la prise de pouvoir par la junte militaire en 2021.

En mai, les dirigeants régionaux s’étaient quittés à l’issue d’une réunion à Cebu, chargée en émotions, où le président philippin Ferdinand Marcos avait plaidé pour un ajustement du plan en cinq points, longtemps bloqué, destiné à mettre fin à la guerre civile meurtrière au Myanmar.

La Thaïlande, pays limitrophe hébergeant des millions de réfugiés birmans, mène la campagne en faveur d’une réintégration complète du Myanmar.

Dans une interview accordée mardi à l’AFP, le ministre thaïlandais des Affaires étrangères Sihasak Phuangketkeow a indiqué avoir demandé à ses homologues de l’ASEAN de réfléchir à « la manière de mesurer les progrès » lors d’une récente réunion à Bangkok, à laquelle participait aussi le ministre birman.

« Nous avons souligné la nécessité d’être réalistes. Les progrès ne seront pas immédiats, mais viendront de manière progressive », a-t-il déclaré.

Cependant, plusieurs États membres de l’ASEAN se montrent réticents à assouplir leur position, après cinq années infructueuses à tenter de faire avancer ce plan de paix.

En mai, le ministre malaisien des Affaires étrangères Mohamad Hasan avait déclaré aux journalistes que son pays restait opposé à tout dialogue de haut niveau tant que « l’oppression se poursuit ».