Des experts des Nations unies ont révélé que des avions Boeing 727 liés à des entreprises associées à un ancien sous-traitant militaire américain ont été utilisés pour transporter des combattants, des mercenaires étrangers, des armes et des drones au profit des Forces de soutien rapide (RSF) soudanaises.
Ces conclusions figurent dans un projet de rapport du Groupe d’experts de l’ONU sur le Soudan, l’organe du Conseil de sécurité chargé de surveiller l’embargo sur les armes imposé au Darfour. Ce groupe avait déjà accusé les RSF d’atrocités contre des civils pouvant constituer des actes de génocide.
Ce rapport, dont la publication est prévue en septembre, vient compléter les éléments d’enquête révélés plus tôt cette année, quand plusieurs médias ont retracé ce réseau aérien en utilisant des images satellites, des données de téléphonie mobile et du renseignement open-source.
Selon les enquêteurs de l’ONU, des informations issues de multiples sources indépendantes indiquent que ces avions soutenaient des opérations logistiques entre le Tchad et les zones contrôlées par les RSF dans la région du Darfour au Soudan.
Le groupe d’experts a établi que ces appareils servaient à déplacer des personnels des RSF, des mercenaires étrangers, des drones militaires ainsi que d’autres armements vers la zone de conflit.
Reuters précise que ces avions étaient auparavant rattachés à des sociétés liées à Steven Shaulis, un ancien soldat des forces spéciales américaines devenu entrepreneur pour le gouvernement des États-Unis.

Vue aérienne montrant une épaisse fumée au-dessus de l’aéroport international de Khartoum, avril 2023. Photo : AFP
Avions, mercenaires et itinéraires aériens dissimulés
Le rapport de l’ONU indique que trois Boeing 727, dont un acquis au Brésil et deux achetés à l’opérateur américain Kalitta Charters II via des sociétés liées à Steven Shaulis, sont arrivés au Tchad il y a deux ans et ont opéré depuis la zone militaire de l’aéroport de N’Djamena.
Les enquêteurs ont relevé que ces avions ne figuraient pas dans les bases de données habituelles de suivi des vols après leur arrivée au Tchad, ce qui laisse penser qu’ils ont volontairement évité d’être détectés en vol.
Entre janvier et juillet de cette année, le groupe d’experts a documenté de multiples arrivées nocturnes de Boeing 727 ainsi que de transporteurs Ilyushin Il-76 à Nyala, principal centre logistique des RSF au Darfour.
Au-delà du réseau aérien, le rapport évoque une importante implication extérieure en soutien aux RSF.
Le panel estime que 1 500 à 2 000 mercenaires colombiens ont été recrutés via la société Global Security Services Group, basée aux Émirats arabes unis, et déployés au Soudan.
Ces sous-traitants auraient établi une base à Nyala en 2025, d’où ils auraient opéré des drones et appuyé la planification militaire lors de l’offensive des RSF sur El-Fasher, une opération au cours de laquelle le groupe paramilitaire est accusé d’exactions massives contre les civils.
Depuis 2023, le Soudan est plongé dans une guerre civile opposant les Forces armées soudanaises aux Forces de soutien rapide.
Ce conflit a déclenché ce que les Nations unies qualifient de l’une des pires crises humanitaires mondiales, avec près de 20 millions de personnes en insécurité alimentaire sévère, plus de 8,9 millions de déplacés internes et plus de 150 000 morts recensés.

Des hommes se reposent à côté de tentes installées dans une école secondaire transformée en camp de fortune pour les personnes déplacées fuyant les violences au Soudan, juillet 2023. Photo : AFP