La Royal Navy a testé un système permettant aux opérateurs de recevoir des données et de contrôler à distance plusieurs aéronefs sans pilote sur plus de 320 kilomètres dans le sud de l’Angleterre.
Cette expérimentation, menée sur une semaine et nommée Exercise Dragon Rider, a mobilisé un hélicoptère Wildcat maritime spécialement modifié, des pilotes de drones, des Royal Marines ainsi que du personnel opérant depuis un centre de contrôle implanté à la base aéronavale de Yeovilton, dans le Somerset.
Cette campagne visait à explorer comment des appareils pilotés, des navires et des forces terrestres pouvaient échanger des informations avec des drones aériens évoluant au-delà de la portée habituelle de leurs liaisons radio.
L’activité s’est déroulée entre la péninsule du Lizard en Cornouailles, le Somerset et la plaine de Salisbury. Un Wildcat équipé de capteurs supplémentaires a servi de relais de communication en transmettant les données de plusieurs drones aux opérateurs à Yeovilton. Ces derniers ont pu consulter des flux vidéo en direct, échanger des messages sécurisés et s’exercer à l’identification de cibles via ce réseau. Ils ont également pris le contrôle distant des drones, autorisant ainsi la direction d’appareils évoluant dans différentes zones du sud de l’Angleterre depuis un poste centralisé.
Les essais ont été réalisés par le Maritime Aviation Strike Operational Advantage Group, anciennement appelé Wildcat Maritime Force. Cette unité, basée à Yeovilton, exploite les hélicoptères Wildcat HMA2 de la Royal Navy et est chargée du développement des tactiques et technologies associées à l’aviation maritime. Dragon Rider faisait suite à l’expérimentation Eagles Eye menée en Cornouailles en janvier, lors de laquelle des drones avaient transmis des données en temps réel aux équipages Wildcat pour localiser et suivre un véhicule en mouvement. Des éléments du système avaient également été testés en Norvège dans le cadre de l’exercice Tamber Shield.
Cette dernière phase a étendu le nombre de systèmes impliqués ainsi que la distance de fonctionnement. En utilisant le Wildcat comme relais aérien, la Royal Navy a cherché à dépasser les limitations des liaisons radio en ligne de vue, qui empêchent habituellement le contrôle de drones sur de longues distances. Les communications reposaient sur un réseau mobile ad hoc (MANET), dans lequel chaque radio ou émetteur joue le rôle de nœud pour transmettre l’information sans dépendre d’un point fixe unique.
La Royal Navy a indiqué que ce réseau pouvait rerouter les données si l’un des segments devenait indisponible. La technologie employée a déjà été utilisée en Ukraine et a été conçue pour fonctionner dans des environnements perturbés par des interférences électroniques.
Le lieutenant-commandant Rhydian Edwards, responsable de l’intégration des systèmes sans pilote avec la force Wildcat, a déclaré : « Cet essai a démontré que ce système peu coûteux est prêt à être déployé par la Royal Navy dès maintenant. »
Il a ajouté : « Ce test réussi représente une avancée majeure pour la sécurité des équipages humains, en permettant aux drones de réaliser des missions à risque en avant des forces principales, tout en augmentant considérablement le nombre d’unités que nous pouvons engager simultanément. »
Plusieurs petites et moyennes entreprises spécialisées dans les technologies de drones et les communications en réseau, venues du Royaume-Uni, des États-Unis et de Norvège, ont contribué à ce programme.
La Royal Navy développe une Marine hybride combinant navires classiques, sous-marins et aéronefs avec des systèmes autonomes et télé-opérés. Ce concept permettrait aux drones aériens et navals de faire office d’éclaireurs en avant des formations, d’étendre la couverture des capteurs ou de réaliser des missions dans des zones trop dangereuses pour des plateformes avec équipage.
Les hélicoptères Wildcat remplissent déjà des missions de surveillance, de désignation de cibles et de lutte anti-surface depuis les frégates et destroyers de la Royal Navy. Connecter ces appareils à des groupes distribués de drones offrirait la possibilité de partager les informations collectées par les petits systèmes avec la flotte et les centres de commandement sur de plus grandes distances.
La phase suivante du programme prévoit l’intégration des communications satellitaires dans le réseau. Selon la Royal Navy, cela permettrait à terme aux commandants de diriger à distance des systèmes sans pilote déployés à l’étranger depuis des centres de contrôle situés au Royaume-Uni.