Les marins et marines à bord de l’USS Abraham Lincoln font face à des pénuries alimentaires, des douches moisis et un moral en déclin, selon leurs familles inquiètes pour leur bien-être. C’est la seconde fois cette année qu’un porte-avions en déploiement prolongé connaît de telles conditions difficiles.
Cette situation préoccupante a été révélée cette semaine par plusieurs témoignages de proches des militaires embarqués, ainsi que par des comptes rendus de réunions entre familles et responsables de la Marine. D’après ces sources, l’équipage du porte-avions est fatigué par la durée exceptionnelle de la mission en mer et les longues heures de travail, alors que le navire continue de participer au conflit avec l’Iran. Par ailleurs, ils doivent composer avec des pénuries alimentaires, des files d’attente interminables pour les repas, des toilettes en panne et des problèmes d’hygiène.
Environ 5 000 marins et marines sont déployés à bord depuis neuf mois. L’Abraham Lincoln a passé 208 jours consécutifs en mer, un record parmi les porte-avions de l’ère moderne.
Le déploiement a débuté fin novembre par un départ de San Diego, avec une traversée du Pacifique. En janvier, le porte-avions et son groupe de combat sont arrivés au Moyen-Orient, intégrés dans une « armada » envoyée dans la région alors que l’administration Trump menaçait l’Iran en réponse à la répression des manifestations. Avec le déclenchement de la guerre le 28 février, le navire et son groupe aérien embarqué ont participé aux opérations, menant des frappes aériennes sur des cibles iraniennes. L’Abraham Lincoln a joué un rôle majeur dans le conflit, notamment dans l’opération Epic Fury, le blocus du détroit d’Hormuz et les combats récents qualifiés d’« opérations d’outre-mer » par le Pentagone. Deux autres porte-avions ont également pris part aux actions militaires dans la région, l’un étant déjà reparti tandis que l’autre est arrivé plusieurs semaines plus tard.
Hormis une escale à Guam en décembre et une courte visite à Oman en juin, l’Abraham Lincoln est resté en mer durant ces neuf mois, totalisant 208 jours consécutifs.
Les familles ont aussi exprimé leurs craintes quant à l’impact de ces conditions et du rythme opérationnel sur la performance des équipages, ainsi que sur un risque accru d’accidents. Un proche, lui-même ancien de la Marine, a évoqué des trous visibles sur le pont d’envol causés par l’usure.
Cependant, un porte-parole de la 5e Flotte a démenti ces rapports en assurant que le navire « reste pleinement capable de remplir toutes ses missions ». Il a nié la présence de trous sur le pont d’envol.
Les familles ont également rapporté des pénuries de produits d’hygiène essentiels, tels que savon et dentifrice. Ces problèmes sont aggravés par des toilettes défectueuses, des douches infestées de moisissures et des installations de lavage hors service.
Ce n’est pas la première fois que des difficultés sont signalées sur l’USS Abraham Lincoln lors de ce déploiement. En avril, des clichés diffusés ont montré des repas servis aux équipages de l’Abraham Lincoln et de l’USS Tripoli : plateaux à moitié vides, portions réduites, viande transformée grise. Ces images ont suscité des appels à enquête de la part de plusieurs membres du Congrès.
Le bureau du Chef des opérations navales a toutefois démenti toute pénurie ou mauvaise qualité alimentaire, affirmant que les deux navires disposent de suffisamment de nourriture saine pour leurs équipages.
L’Abraham Lincoln est le second porte-avions ces derniers mois à souffrir de conditions de vie dégradées. L’USS Gerald R. Ford avait notamment connu de graves problèmes sanitaires lors de son déploiement record, allant des Caraïbes au Moyen-Orient, participant entre autres à l’attaque de janvier contre le Venezuela et à l’opération Epic Fury. Ses toilettes se sont fréquemment enrayées, provoquant des débordements, et un incendie dans la laverie a contraint le navire à effectuer une escale portuaire pour réparations.
Cette semaine, des familles de marins de l’Abraham Lincoln ont rencontré les responsables de la Marine, dont le secrétaire par intérim. Lors de ces échanges, les officiels ont reconnu les problèmes liés aux toilettes et ont assuré travailler à résoudre les soucis dans les douches. Ils ont aussi admis un retard dans la livraison des vivres et du courrier, en raison des difficultés d’acheminement depuis Bahreïn, liées au contexte de guerre.
Un troisième porte-avions, l’USS George H.W. Bush, a été déployé au Moyen-Orient en avril. Ce dernier ainsi que l’Abraham Lincoln restent encore présents dans la région.