Trois semaines après sa prise de fonction, Wes Streeting a déjà donné une allocution au salon de Farnborough, participé aux côtés du Premier ministre à Barrow à l’annonce d’un contrat de 8,4 milliards de livres pour un sous-marin, visité le hall dédié aux frégates à Rosyth, tout en refusant à plusieurs reprises de garantir l’objectif budgétaire qui avait conduit à la démission de son prédécesseur. Ce résumé illustre à la fois l’énergie qu’il déploie dans son rôle et la question majeure qui plane toujours sur son action.
Entré au ministère de la Défense le 20 juillet, nommé par le Premier ministre Andy Burnham dans son premier gouvernement, il devient le troisième secrétaire d’État en quelques mois après la démission de John Healey le 11 juin et l’intérim de Dan Jarvis. Healey, qui avait quitté son poste en dénonçant la réticence du Trésor à allouer les ressources nécessaires face à la montée des menaces, est désormais Chancelier de l’Échiquier. Cette situation place donc celui qui a claqué la porte du ministère de la Défense en raison du financement à la tête des finances publiques, un contexte que Wes Streeting met en avant comme un motif d’optimisme.
Sa nomination a suscité des réactions mitigées, certains anciens chefs de l’armée britannique se déclarant déçus du choix et une partie du milieu de la défense doutant des apports d’un politicien sans expérience militaire dans un département dédié à la conduite des opérations. Pourtant, cette lecture minimise le parcours dont il dispose.
Wes Streeting a dirigé le ministère de la Santé pendant deux ans et en a assuré le rôle de porte-parole durant trois ans auparavant, une formation plus longue dans un grand ministère que celle de la plupart des secrétaires à la Défense. Son passage à la Santé a notamment impliqué la négociation et la mise en œuvre d’un important plan de dépenses tout en réduisant les taux de postes vacants, une expérience précieuse pour le ministère de la Défense où le recrutement, la fidélisation du personnel et la gestion de vastes budgets d’acquisition restent des enjeux cruciaux.
Lors de sa nomination, son discours fut franc : maintenir la sécurité du pays est la première responsabilité du gouvernement, et les forces armées disposeront des ressources nécessaires, avec une insistance particulière sur l’engagement ferme aux côtés des alliés et de l’Ukraine. Il a maintenu cette ligne sans déviation depuis.
Sa première vraie apparition publique s’est tenue deux jours plus tard lors du sommet AGF Defence à Farnborough, où il a annoncé que plus de 11,8 milliards de livres de contrats avaient été conclus dans les dix jours suivant la publication du Plan d’investissement de la Défense. Il a déclaré que la défense britannique était de nouveau en marche.
Parmi ces engagements figurent plus d’un milliard pour la modernisation des Typhoon et la poursuite du programme GCAP d’un coût de 8,6 milliards, élaboré en coopération avec l’Italie et le Japon. Il a également évoqué le développement de l’avion de combat collaboratif Storm Fighter ainsi qu’une ambition de voir un prototype de l’appareil sans pilote Brontanax effectuer son vol d’essai l’an prochain, tout en remerciant l’industrie pour sa persévérance face aux retards du plan d’investissement, reconnaissant que ce document avait été publié tardivement et suscité des tensions.
Les interrogations principales portent sur le financement. Interrogé à Farnborough puis à plusieurs reprises depuis lors sur l’atteinte de l’objectif de 3 % du PIB consacré à la défense d’ici 2030, Wes Streeting a refusé de s’engager fermement. Son argument est d’ordre budgétaire plutôt que stratégique : annoncer un chiffre sans expliquer son financement peut nuire à la confiance des marchés et augmenter le coût de l’emprunt, une erreur qu’il impute aux gouvernements précédents. Il affirme que ce gouvernement associera toujours tout engagement nouveau à une stratégie de financement claire. Il exprime son soutien à la démission de Healey, qualifiant le nouveau Chancelier de « soutien solide de la défense ». Il assure sa confiance dans le financement complet du plan d’investissement, sans toutefois exclure la possibilité de hausses d’impôts.
Cette position ne convainc pas entièrement ses détracteurs, d’autant que John Healey avait démissionné affirmant clairement la nécessité d’atteindre les 3 % d’ici 2030, alors que son successeur défend l’absence de cet engagement précis. Il faut noter cependant qu’Andy Burnham lui-même refusait la veille de la visite à Barrow de s’engager sur ce chiffre. Les partisans de Streeting soutiennent qu’un engagement assorti d’un mécanisme de financement vaut beaucoup plus qu’une promesse flottante. En toile de fond, il y a aussi l’objectif de l’OTAN d’atteindre 3,5 % du PIB en 2035, ainsi que l’évaluation du Bureau pour la responsabilité budgétaire qui estime à 17,3 milliards de livres supplémentaires le coût en 2029-2030 pour atteindre les 3 %.
En matière de réalisation, les annonces majeures reprises jusqu’à présent ont été lancées avant son arrivée : le contrat de 8,4 milliards pour le sous-marin Dreadnought avec BAE Systems ainsi que le Plan d’investissement de la Défense, publié trois semaines avant sa nomination, qui traduit la Revue stratégique de défense 2025 en engagements concrets incluant la modernisation des bases navales, les programmes de frégates, l’achat de F-35A et la Marine hybride. Cette observation relève du calendrier plus que d’un reproche, tout nouveau secrétaire d’État devant nécessairement mettre en œuvre un plan établi par ses prédécesseurs. Sa visite de Rosyth et Édimbourg le 7 août, où il a découvert les chantiers des Type 31 et les logements pour familles de militaires, s’inscrit dans une démarche classique visant à souligner que le budget de la défense bénéficie à toutes les régions du pays, au-delà du sud-est de l’Angleterre.
Les véritables défis de son mandat restent à venir : la pérennité du plan d’investissement face aux exigences du Trésor, le respect des calendriers des programmes de frégates et de sous-marins, l’amélioration du recrutement et de la rétention, et enfin la clarification de la question du financement des 3 %.
Au terme des trois premières semaines, le bilan est plus encourageant qu’à craindre. Wes Streeting s’est montré visible là où il le fallait, notamment devant des publics industriels souvent sceptiques, exprimant clairement que sa priorité est la dissuasion, soutenue par une capacité réelle à intervenir si besoin. Un ministère ayant connu trois secrétaires d’État depuis juin avait besoin d’un dirigeant capable de prendre rapidement la main et de défendre la cause de la défense en termes compréhensibles pour le Trésor, sur ces points il a bien commencé. Le fait que le Chancelier, anciennement secrétaire d’État à la Défense, siège désormais à ses côtés à la table des négociations, et qu’un Premier ministre se soit engagé à financer intégralement le plan, sont des facteurs majeurs.
Les engagements restent à concrétiser, mais les bases semblent bien posées.