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Huit ans après que les données de localisation publiques d’applications de fitness comme Strava ont révélé la position des troupes américaines et les plans de leurs bases, des centaines de militaires au Moyen-Orient continuent de partager leurs informations sur ces plateformes, malgré les efforts de l’armée pour l’interdire.

Cette semaine, une enquête a mis en lumière que plus de 1 300 utilisateurs distincts de l’application Strava ont enregistré des séances d’entraînement dans des sites militaires relevant du commandement américain CENTCOM, couvrant plusieurs pays. Plusieurs de ces emplacements ont ensuite fait l’objet d’attaques par l’Iran, parfois mortelles.

Strava est une application populaire de suivi d’activité physique qui permet d’enregistrer en temps réel les itinéraires et emplacements. En 2018, ses fonctions de cartographie globale ont permis de révéler une base américaine jusque-là inconnue au Niger, ainsi que des positions de défense aérienne et des bases avancées au Moyen-Orient. La configuration précise de certaines installations a également été exposée grâce aux trajets enregistrés lors des courses autour des périmètres. Suite à ces révélations, le Département de la Défense américain a interdit aux militaires et civils de désactiver les fonctions de géolocalisation sur leurs appareils personnels et professionnels.

Cependant, l’utilisation de l’application persiste, aussi bien avant le déclenchement qu’au cours du conflit avec l’Iran. De plus, les données publiques ont révélé des habitudes communes. Par exemple, les soldats de la base aérienne Muwaffaq Salti en Jordanie publiaient régulièrement leurs trajets. Après une pause en mars, ils ont repris en avril mais en restant concentrés autour des casernes, qui ont été touchées en juillet lors de la reprise des combats, causant la mort de trois soldats.

Strava et le commandement CENTCOM n’ont pas répondu immédiatement aux sollicitations concernant ces données. Toutefois, Strava a indiqué qu’elle offre des options de confidentialité aux utilisateurs et s’attend à ce que “les personnes exerçant des professions sensibles utilisent les contrôles disponibles.”

Depuis le début du conflit, 18 militaires américains ont été tués et 696 blessés, selon les chiffres du Pentagone. Ces blessures surviennent dans le cadre de l’opération Epic Fury ou lors d’“opérations à l’étranger,” expression employée par le Département de la Défense pour désigner les hostilités engagées depuis le 7 juillet.

Un cas précis concerne un contractant de la Marine américaine basé à Manama, à Bahreïn, où se trouve le quartier général de la 5e flotte. Ce contractant a quitté la base après qu’elle ait été prise pour cible dans les premières heures du conflit. Quelques jours plus tard, l’hôtel où il séjournait a également été visé.

En mai, 14 membres du Congrès ont écrit au Pentagone pour alerter sur l’utilisation par des puissances étrangères de données de localisation accessibles au public, permettant le suivi ou la localisation des troupes au Moyen-Orient. Ils ont demandé au Département de la Défense de mettre en place des mesures de protection adaptées.

D’après cette lettre, une directive de CENTCOM datant du 4 décembre 2025 exigeait que les militaires désactivent les services de géolocalisation lorsqu’ils ne sont pas nécessaires et qu’ils vérifient régulièrement les paramètres de confidentialité de leurs appareils. Cette politique comporte plusieurs niveaux de restriction, le plus strict ayant été appliqué le 28 février 2026, au lancement de l’opération Epic Fury.

Le mois dernier, le média Reuters rapportait que le commandant de CENTCOM mettait en garde ses troupes : l’Iran utilise “les réactions, photos et vidéos prises sur les téléphones portables de nos soldats” pour évaluer ses frappes et cibler le personnel. L’amiral Brad Cooper a appelé à renforcer la discipline et la sécurité opérationnelle, évoquant même, dans certains cas, la remise obligatoire des téléphones portables.

L’usage des applications de géolocalisation pose un problème récurrent, et pas seulement pour les forces américaines. En mars dernier, le porte-avions français Charles de Gaulle a vu sa position exacte dévoilée en cours de mission, après qu’un marin ait publié ses parcours sur Strava.