Malgré un ordre de dernière minute du président Donald Trump visant à réduire drastiquement la participation américaine, un exercice militaire majeur conjoint a débuté lundi en Corée du Sud. Cet événement annuel, essentiel pour la coopération militaire entre Washington et Séoul, se déroule donc comme prévu.
Dimanche soir, Trump a publié sur son réseau social Truth Social, qu’il contrôle majoritairement, un message indiquant avoir demandé au secrétaire à la Défense Pete Hegseth de « réduire substantiellement » l’implication américaine dans ces exercices militaires conjoints. Ce message est intervenu à la veille du lancement de cet exercice annuel majeur sur la péninsule coréenne.
Dans son post, Trump a rappelé sa “très bonne relation avec Kim Jong Un, de la Corée du Nord”, et exprimé son mécontentement quant à la participation traditionnelle des États-Unis à ces exercices en coopération avec la Corée du Sud. Il a également laissé entendre que cette décision était liée à ses ressentiments persistants concernant la guerre en Iran, un conflit auquel la Corée du Sud ne participe pas. Le président a en outre critiqué les coûts liés à ces manœuvres, tout en indiquant qu’il était trop tard pour annuler définitivement la participation américaine cette année.
Un responsable du Pentagone a confirmé que le Département de la Défense travaille “activement à l’exécution des directives du commandant en chef”, sans préciser dans quelle mesure l’exercice serait impacté ni à partir de quand les changements pourraient intervenir.
Le ministère sud-coréen de la Défense a, pour sa part, annoncé lundi que l’exercice Ulchi Freedom Shield 2026, d’une durée de 11 jours, se déroule “comme prévu”.
Ulchi Freedom Shield est un exercice annuel combinant des forces américaines et sud-coréennes. Celui-ci a débuté lundi et doit se poursuivre jusqu’au 27 août. Les forces américaines en Corée décrivent cet exercice comme un environnement opérationnel “combiné, joint, tous domaines et inter-agences”. En 2025, environ 3 000 soldats américains faisaient partie des 20 000 participants à ce grand rendez-vous militaire.
Cette année, l’accent est mis davantage sur la guerre par drones, ainsi que sur les opérations électroniques et cybernétiques, selon des responsables américains. L’exercice mobilise environ 18 000 soldats sud-coréens accompagnés de milliers de membres des forces américaines.
La semaine dernière, le colonel Ryan Donald, porte-parole des forces américaines en Corée (USFK) et du Commandement combiné sud-coréen, avait annoncé que cet exercice prendrait en compte les évolutions des modes de guerre. Il a également souligné que la Corée du Nord, impliquée indirectement dans l’invasion russe de l’Ukraine, a tiré des enseignements de ce conflit qu’elle a “intégrés à ses capacités, ce qui modifie la menace représentée par la RPDC”, nécessitant une adaptation des entraînements.
Les questions sur l’ordre de Trump ont été renvoyées par l’USFK au Département de la Défense, lui-même renvoyant les demandes d’éclaircissements à la Maison Blanche.
Comme à son habitude, la Corée du Nord a condamné ces exercices en qualifiant l’édition de cette année “de nouveau niveau de menace”, annonçant qu’elle y répondrait avec un “nouveau degré de dissuasion”.
Un lien possible avec la guerre en Iran
Le message de Trump laisse entrevoir un lien avec le contexte du conflit en Iran, soulignant la réticence du président sud-coréen à engager son pays dans les opérations militaires américaines contre Téhéran. L’administration Trump a menacé ses alliés qui refusent de participer ou de permettre l’utilisation de leurs infrastructures par les forces américaines, comme l’Espagne, qui en mars dernier s’est vue sanctionnée par la suspension de tous ses échanges commerciaux avec les États-Unis.
En mai, le Pentagone a annulé certains déploiements prévus en Europe et annoncé le retrait partiel de ses troupes en Allemagne, après de vives critiques de la part des autorités allemandes vis-à-vis du conflit iranien.
Les États-Unis et leurs alliés ont régulièrement organisé des exercices autour de la Corée du Sud, notamment des opérations aériennes conjointes destinées à présenter une posture dissuasive à l’égard de la Corée du Nord. Ces derniers mois, la présence militaire américaine y a été renforcée, avec la création d’une “super escadrille” de l’aviation de chasse et l’envoi de drones de reconnaissance. Ces initiatives sont vues à la fois comme des moyens de pression sur Pyongyang et comme un levier pour contrer la montée en puissance chinoise dans la région.
Lors du premier mandat de Donald Trump, les exercices conjoints Foal Eagle et Key Resolve avaient été retardés en 2018 puis annulés en 2019. En 2023, les forces américaines et sud-coréennes ont repris les exercices de grande envergure sur la péninsule.