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Le Royaume-Uni devrait se considérer comme étant déjà engagé dans une confrontation prolongée avec l’État russe. C’est ce qu’a déclaré Graeme Downie à la Chambre des communes, en énumérant dix activités hostiles russes dirigées contre le Royaume-Uni et en défiant le gouvernement de préciser laquelle, le cas échéant, franchirait le seuil du conflit.

Le député travailliste de Dunfermline and Dollar, intervenant mercredi à la Chambre des communes, a décrit « non pas une guerre conventionnelle avec tirs, mais une campagne prolongée d’activités hostiles visant nos citoyens, nos infrastructures, notre économie et nos institutions démocratiques ». Il a posé la question clé : « On entend souvent parler de ‘sous le seuil’. Mais qu’est-ce que ce seuil exactement ? La réponse est importante car elle détermine la ligne de défense ferme et est essentielle dans la perspective de réarmement. »

Se référant à la réponse écrite qu’il avait reçue du ministère de la Défense cette semaine – dans laquelle un ministre expliquait ne pas pouvoir détailler la réponse face à certaines activités pour ne pas aider les adversaires – Graeme Downie a choisi de ne pas multiplier les questions écrites. Il a plutôt exposé ses exemples directement aux députés. Il a interrogé : est-ce sous ce seuil d’utiliser une cyberattaque pour voler le registre électoral, pour pirater les adresses mail de diplomates du Foreign Office, pour recourir à un ransomware perturbant les soins du NHS et causant la mort de patients britanniques, pour utiliser des lasers menaçant la sécurité des pilotes de la RAF, ou encore pour cibler une grande entreprise britannique par une cyberattaque coûtant des centaines de millions de livres et influençant significativement les décisions relatives aux taux d’intérêt de la Banque d’Angleterre ?

« Il faut supposer que le gouvernement considère toutes ces actions comme sous le seuil puisque la Russie les a déjà menées récemment, » a-t-il ajouté, poussant plus loin son questionnement : serait-il également sous ce seuil d’empoisonner des citoyens britanniques sur le territoire national, de lancer des drones depuis des navires clandestins pour surveiller des bases aériennes du Royaume-Uni, de recruter via des applications de messagerie des activistes pour commettre des incendies criminels, de mettre en danger un porte-avions britannique en déployant des sonobuoys à proximité immédiate, ou encore de tenter une attaque incendiaire contre le Premier ministre britannique ? « Là encore, toutes ces actions ont été attribuées à la Russie. »

Chaque élément de cette liste correspond à des événements sans précédent, allant des empoisonnements de Salisbury à l’attaque par ransomware contre Synnovis attribuée à un décès patient, en passant par les tirs de lasers dirigés contre les équipages des P-8 de la RAF surveillant le navire russe Yantar, jusqu’à l’attaque informatique contre Jaguar Land Rover revendiquée par un groupe russe, et plus récemment le bombardier Tu-142 qui a largué des dizaines de sonobuoys à proximité du HMS Prince of Wales en mer de Norvège. Graeme Downie a invité son auditoire à suivre les analyses d’Emma Burrows de l’Associated Press pour mieux appréhender le schéma des activités hostiles russes en Europe et a terminé sur la question sous-jacente à ces dix exemples : « À quel moment les gouvernements britanniques diront-ils que c’en est trop ? »

Il a souligné que la clarté est une composante essentielle de la dissuasion, déclarant : « La préparation à la guerre n’est pas une provocation. La préparation au combat débute bien avant le premier coup de feu, mais elle doit commencer par une évaluation honnête et une prise de conscience des menaces que nous affrontons. » Il a appelé le gouvernement à clarifier auprès du public et des adversaires la définition de ce qui est « sous le seuil », car la préparation et la transparence publique « sont les meilleurs moyens d’assurer que Vladimir Poutine et son entourage ne jugent jamais que le Royaume-Uni manque de capacités ou de détermination pour se défendre. »

Dans sa réponse, Calvin Bailey, sous-secrétaire d’État parlementaire à la Défense et ministre chargé des anciens combattants et du personnel, a partagé cet avis et défendu une plus grande ouverture vis-à-vis du public. « Je pense qu’il a tout à fait raison. L’un des moyens pour renforcer la confiance dans le gouvernement et dans sa réponse aux crises est de faire confiance au peuple en partageant l’information, » a déclaré le député travailliste de Leyton and Wanstead. « C’est le public qui peut nous pousser à prendre les mesures nécessaires. Nous devons mieux utiliser nos secrets. »

Le ministre a insisté pour que le débat dépasse la question des pourcentages, déclarant : « La question centrale ne peut pas se limiter à savoir si nous dépensons 3 % ou 3,5 % du PIB, ou un autre pourcentage. La vraie question est : quelles capacités construisons-nous ? » Il a salué le Plan d’investissement dans la défense, malgré son retard, comme « un engagement à préparer le combat de demain et non celui d’hier », mentionnant les améliorations des salaires, du logement et du soutien aux personnels en service et à leurs familles, qui selon lui dynamisent le recrutement, la fidélisation et le moral. Il a également salué la décision de construire six navires de combat communs comme une avancée vers une guerre hybride.

Ce discours intervient après la pression exercée par Graeme Downie tout au long de la semaine, à la suite de ses questions écrites demandant au ministère de la Défense de définir ce qu’il entend par « sous le seuil » et quelles actions franchiraient cette limite. La réponse reçue soulignait que divulguer davantage d’informations pourrait aider les adversaires. Ses remarques au UK Defence Journal, après le vol de données d’identification gouvernementales, appelaient à une montée rapide de la préparation britannique et à informer clairement le public de l’impact de ces attaques sur leur quotidien.