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Dans un renforcement stratégique des liens de défense indo-allemands, thyssenkrupp Marine Systems (TKMS) s’apprête à lancer la production locale de son torpilleur antimissile SeaSpider Anti-Torpedo Torpedo (ATT) en Inde, en partenariat avec une entreprise privée indienne dont le nom reste confidentiel. Cette initiative vise à renforcer les défenses sous-marines de la Marine indienne face à l’accroissement des menaces sous-marines dans la région de l’océan Indien (IOR), conformément à la politique « Make in India » de New Delhi, avec une perspective d’exportation vers des alliés en Asie du Sud-Est. Des sources proches du dossier ont confirmé ce projet, soulignant le rôle innovant du SeaSpider dans les systèmes intégrés de protection contre les torpilles.

Cette annonce intervient dans un contexte de tensions maritimes accrues, notamment avec l’expansion de la flotte sous-marine de l’Armée populaire de libération chinoise (PLAN) qui compte désormais plus de 70 unités, incluant des sous-marins avancés Type 039A de la classe Yuan opérant dans le golfe du Bengale. Alors que l’Inde accélère le programme Projet 75I, visant à acquérir six sous-marins conventionnels de nouvelle génération — où TKMS s’est affirmé comme un candidat majeur en septembre dernier — la production locale du SeaSpider garantira une intégration fluide, un approvisionnement rapide et des économies pour les bâtiments de surface tels que le groupe porte-avions INS Vikrant.

Conçu par Atlas Elektronik, la filiale électronique maritime de TKMS, le SeaSpider est le premier intercepteur cinétique contre torpilles prêt à l’emploi sur le marché mondial. Contrairement aux leurres passifs ou brouilleurs qui cherchent à tromper les capteurs d’une torpille, ce torpilleur autonome active traque et neutralise les projectiles entrants, fonctionnant indépendamment du mode de guidage, des algorithmes ou de la propulsion de l’attaque. « C’est une solution de destruction directe — un système « lance et oublie » qui élimine la menace avant qu’elle ne frappe », a expliqué un porte-parole de TKMS lors d’un récent briefing.

Au cœur de ses performances se trouve un réseau sonar haute fréquence, optimisé aussi bien pour les fosses océaniques profondes que pour les eaux littorales peu profondes, où les bruits environnementaux comme les thermoclines ou la faune marine entravent souvent la détection. Ce dispositif limite la perte de performance dans le repérage des torpilles, permettant des temps de réaction rapides, généralement inférieurs à 10 secondes entre l’alerte et le lancement, ainsi qu’une défense efficace à courte portée, entre 500 et 1 000 mètres. Le système excelle contre les torpilles à guidage par sillage, emblématiques des arsenaux modernes tels que le Yu-6 chinois ou le VA-111 Shkval russe, et peut gérer des salves en ciblant chaque menace de manière autonome et séquentielle.

Propulsé par un moteur-fusée à poudre, le SeaSpider génère un niveau de bruit propre très faible sur toutes les fréquences sonar, assurant ainsi de ne pas révéler sa position pendant la poursuite. Il atteint des vitesses sous-marines supérieures à 40 nœuds, comblant rapidement les distances avec une rapidité prédatrice, et détruit sa cible grâce à une charge creuse à l’impact. Des dispositifs de sécurité, dont l’auto-neutralisation en cas d’absence de cible, limitent les risques de dommages collatéraux aux forces amies — une précaution essentielle dans les zones encombrées comme le détroit de Malacca.

Compact mais efficace, le SeaSpider pèse 107 kg, mesure 1,94 mètre de long et possède un diamètre de 210 mm, ce qui facilite son intégration dans des systèmes de lancement vertical (VLS) embarqués sur frégates, destroyers, voire dans les lance-sonobouées du patrouilleur maritime P-8I Poseidon.

Le contrat de fabrication, dont la finalisation est attendue d’ici mi-2026, s’appuiera sur les récents mémorandums d’entente signés par TKMS avec des entreprises indiennes telles que VEM Technologies et Mazagon Dock Shipbuilders Limited (MDL). Ce projet s’inscrit dans la continuité du contrat de 5 milliards d’euros relatif au Programme 75I approuvé en août dernier. La production pourrait être installée dans une usine privée à Hyderabad ou Mumbai, avec une intégration jusqu’à 60 % de composants locaux — des capteurs aux coques composites — tout en transférant l’ensemble du savoir-faire technologique pour assurer le soutien en service.

Des sources proches du dossier indiquent que le SeaSpider sera proposé directement à la Marine indienne comme une amélioration complémentaire pour les plateformes existantes telles que les destroyers classe Delhi et les futures frégates classe Nilgiri, répondant à un besoin doctrinal où les lance-leurres actuels (CMRL) comme le Rheinmetall MASSE ne fournissent que des réponses dites « soft-kill ». « Dans les eaux peu profondes des Andaman ou les environnements acoustiques complexes de la mer d’Arabie, les performances littorales du SeaSpider sont inégalées », souligne un analyste naval ayant suivi les essais. Par ailleurs, le potentiel d’exportation reste important, avec des pays comme le Vietnam, l’Indonésie ou les Philippines — partenaires clés du Quad — qui manifestent un intérêt croissant dans ce type de système face aux tensions en mer de Chine méridionale.

Cette stratégie s’inscrit dans la vision exprimée en septembre par Oliver Burkhard, PDG de TKMS, qui voit l’Inde comme un « centre mondial pour la technologie sous-marine ». L’Allemagne a validé le concept avec une commande initiale de 70 millions d’euros pour des lots SeaSpider à livrer d’ici 2026, tandis que les Pays-Bas ont également manifesté leur intérêt en mai. Pour l’Inde, cette acquisition arrive à point nommé : le déficit actuel de 16 sous-marins impose une défense en profondeur, et la production locale pourrait réduire le coût unitaire de 1,5 million d’euros à moins d’un million d’euros par unité.