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Le différend franco-allemand autour du programme européen phare de futur avion de combat de sixième génération, le Future Combat Air System (FCAS), menace de se transformer en rupture totale. Alors que Dassault Aviation, leader français du projet, a récemment annoncé sa capacité à avancer seul, l’Allemagne envisage même d’abandonner le partenariat. Pendant ce temps, l’Inde, engagée dans le développement de son avion de cinquième génération AMCA, lorgne déjà vers la prochaine génération.

Initié en 2017, avec l’Espagne en tant que partenaire secondaire, le programme FCAS, évalué à 100 milliards d’euros, vise à concevoir d’ici 2040 un système aérien de combat connecté et piloté par intelligence artificielle, destiné à succéder aux Rafale et Eurofighter. Cependant, les disputes sur le partage industriel, notamment la demande française de détenir 80 % du développement de l’avion piloté, freinent sérieusement les avancées.

Pour l’Inde, qui poursuit activement le développement de l’AMCA de cinquième génération tout en préparant l’avenir du combat aérien, ces tensions européennes pourraient ouvrir une porte. Le programme en crise laisse entrevoir une opportunité pour New Delhi de se positionner comme partenaire de choix dans ce secteur stratégique.

Ce qui devait symboliser l’unité de la défense européenne est aujourd’hui sur le point de s’effondrer. Le 23 septembre 2025, Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, a surpris en affirmant que la France pouvait développer seule le futur chasseur, un ultimatum déguisé face à l’impasse sur la direction industrielle. De son côté, l’Allemagne, agacée par la domination française, explore d’autres options, notamment une possible alliance avec le programme britannique Global Combat Air Programme (GCAP) ou un partenariat bilatéral avec l’Espagne. Cette incertitude remet en question le calendrier du démonstrateur FCAS.

Ce désaccord, loin d’être nouveau, fait écho à l’échec du prédécesseur FCAS des années 1980. Parmi les points de tension récents figure la volonté allemande d’octroyer à Airbus la priorité sur le moteur et les drones, en opposition au monopole français sur la cellule de l’avion.

Un rapport de juillet 2025 a déclenché une controverse en révélant la revendication française de 80 % du contrôle, poussant Berlin à retarder des décisions clefs jusqu’à la fin de l’année. Les analystes avertissent qu’une séparation ferait grimper les coûts d’au moins 30 %, fragmenterait les exportations européennes et offrirait un avantage concurrentiel aux programmes américains NGAD ou chinois J-XX. Néanmoins, Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont assuré vouloir préserver la coopération, du moins pour l’instant.

Sur les réseaux spécialisés en défense, les spéculations vont bon train. Certains évoquent une possible orientation de l’Inde vers l’Allemagne, mais soulignent les liens étroits entre New Delhi et la France autour du Rafale comme un frein. D’autres préconisent une collaboration indo-française, en s’appuyant notamment sur la commande imminente de 114 Rafale Marine comme tremplin.

L’Inde n’est pas novice en matière de chasseurs de sixième génération. Samir Kamat, chef du DRDO (organisme indien de recherche et développement en défense), a confirmé en juillet 2025 que le pays était prêt à intégrer l’intelligence artificielle et les armes à énergie dirigée dans ses futurs appareils. Un prototype à aile volante est prévu autour de 2035. Toutefois, le développement actuel de l’AMCA reste focalisé sur la cinquième génération, laissant un vide face aux menaces post-2040. L’Inde avait d’ailleurs décliné une invitation au GCAP en janvier 2025 et avait repoussé les propositions autour du FCAS, privilégiant le développement indigène.

La crise du FCAS change la donne. Avec Safran déjà partenaire sur le moteur de 110 kN de l’AMCA prévu entre 2035 et 2037, l’Inde dispose d’un levier pour approfondir la coopération. Une initiative française en solo ou une relance allemande du programme pourrait inciter New Delhi à investir, à injecter de la technologie et à soutenir les exportations, sur un modèle similaire à celui d’Israël avec le NGAD américain. Sur un forum défense, un participant souligne : “Le FCAS est qualitativement supérieur au GCAP, et en plus compatible avec le porte-avions,” soulignant son intérêt pour l’intégration indienne.

Les avantages sont nombreux : accès à des systèmes aboutis comme les essaims de drones et les armes laser, accélération du calendrier indien, partage des coûts de R&D estimés à environ 20 000 crores de roupies, et renforcement des effectifs de l’Indian Air Force face à une pénurie de escadrons. Une analyse vidéo plaide en faveur d’un FCAS indo-français, considérée comme une “option évidente,” prolongeant la lignée Rafale jusqu’à la sixième génération avec des obligations de transfert de technologie (ToT). Sur le plan géopolitique, ce partenariat affaiblirait la montée en puissance chinoise avec le J-36 tout en renforçant les liens avec le QUAD.

Les sceptiques sont néanmoins nombreux. S’engager dans un programme FCAS fracturé expose à retards, déjà repoussés à 2030 pour le démonstrateur, et aux querelles sur la répartition des travaux. Un utilisateur sur le réseau X ironise : “L’Inde ne rejoindra aucun programme ; elle construira son propre avion, même en collaboration avec la France.” Par ailleurs, l’Indian Air Force est critiquée pour sa dépendance aux importations, avec le risque d’un appel d’offres similaire au MRFA qui pourrait éclipser les efforts de l’Aérospatiale et Développement Authority (ADA). Enfin, l’indépendance française (se référant aux compensations Rafale) et le scepticisme allemand en matière d’exportation pourraient limiter les transferts technologiques.

Cependant, une lueur d’espoir apparaît : en quête de partenaires, l’Europe pourrait proposer des parts au capital auxquelles l’Inde avait auparavant refusé d’adhérer. Avec des prototypes AMCA validés d’ici 2029, une entrée précoce dans la sixième génération est un pari stratégique face aux avancées technologiques, garantissant un parc de 250 à 300 appareils à l’horizon 2050.