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Le 15 août 2021, lors de l’évacuation chaotique de Kaboul, un jeune soldat américain a vécu l’amertume d’une mère afghane, qui lui reprochait la mort de son enfant, incarnant une dette morale laissée en suspens par les décisions politiques prises à des milliers de kilomètres. Cinq ans après la chute de Kaboul, cette période reste une cicatrice profonde pour une génération américaine qui n’a pas choisi ce conflit mais en a payé le prix humain.

Une évacuation sous tension extrême
La chute de Kaboul s’est produite plus rapidement que prévu : alors que les services de renseignement anticipaient encore une chute dans six jours, la chute eut lieu en six heures. Cette rapidité est en grande partie due à l’accord conclu en février 2020 entre l’administration Trump et les Talibans, qui a fragilisé le gouvernement afghan en condamnant au retrait brutal les forces américaines. En juillet 2021, la base américaine de Bagram a été remise aux forces afghanes, tombant sans combat. Malgré les recommandations de maintien de 2 500 soldats, l’administration Biden a décidé un retrait total, accélérant la débâcle.

Au sol, de jeunes soldats américains, souvent nés après les attentats du 11 septembre 2001, se sont retrouvés à tenir les portes de l’aéroport de Kaboul face à des foules désespérées, agissant avec discipline malgré la fatigue et la pression. Le 26 août, un attentat suicide a fait 13 morts américains et 170 Afghans. Pourtant, ces soldats, les derniers représentants de la présence américaine, incarnaient un paradoxe douloureux : la promesse d’aide faite aux alliés afghans était brisée sur le terrain, et personne, parmi les décideurs politiques, ne semblait prêt à en assumer la responsabilité.

Une dette morale éclipsée
Alors que l’administration américaine a évacué environ 124 000 personnes lors de l’Opération Allies Refuge, les dettes morales envers ces alliés et envers les soldats américains restent ignorées. Plus de 23 000 demandes de visa de réfugiés afghans sont en attente, alors qu’aucune solution pérenne n’a été mise en œuvre pour ceux évacués. Sur le plan moral, les soldats qui ont tenu les portes de Kaboul portent une blessure invisible : celle de devoir exécuter des ordres contraires aux valeurs qu’ils portent.

Le Congrès américain a prolongé en 2026 le mandat de la Commission de la guerre en Afghanistan, chargée d’évaluer cet épisode, mais à ce jour, aucun haut responsable politique n’a assumé publiquement la responsabilité de ces décisions. Le modèle néerlandais, où la ministre des affaires étrangères Sigrid Kaag a démissionné sur le principe de responsabilité politique liée à la gestion de la crise, contraste avec l’absence de telles démissions aux États-Unis.

Leçons à tirer pour l’avenir
Le souvenir amer des soldats américains morts à Kaboul rappelle la tragédie du bombardement de Beyrouth en 1983, où la responsabilité politique fut clairement assumée et où des normes et doctrines ont été établies pour protéger les forces engagées. En revanche, la chute de Kaboul souligne l’absence de doctrine claire pour mettre fin à une intervention militaire et d’une prise en compte sérieuse des conséquences humaines des décisions politiques.

Pour reconstruire la confiance, il est essentiel d’offrir un soutien médical et psychologique aux soldats ayant participé à l’évacuation et de tenir les engagements envers les alliés afghans, en traitant cette dette morale comme une responsabilité collective. Enfin, cette tragédie invite à instaurer des mécanismes de responsabilité politique plus fermes et transparents pour les décisions militaires et humanitaires, évitant que les jeunes soldats ne portent seuls le poids des erreurs stratégiques.

Alors que le pays commémore les cinq ans de la chute de Kaboul, il est urgent que la nation américaine reconnaisse à la fois l’échec stratégique et le courage des hommes et femmes envoyés sur le terrain. Sans cela, le déficit moral risque de compromettre la capacité démocratique à gérer et conclure les conflits futurs avec honneur et responsabilité.

Sources : Warontherocks