Le Pentagone encourage l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA), mais un changement de paradigme s’impose : il faut commander l’IA et non simplement s’en servir comme un outil.
Contrairement à une vision traditionnelle où l’IA n’est qu’un outil d’appoint humain, certains experts militaires insistent sur la nécessité d’organiser des forces IA agentiques soumises à une chaîne de commandement claire et décentralisée. Ces unités d’agents fonctionnent grâce à un modèle d’IA couplé à des outils, une mémoire et des boucles de planification, permettant à l’agent de comprendre et d’exécuter des tâches dans le cadre d’une mission définie par un commandant humain.
La clé repose sur la philosophie du commandement de mission : une planification centralisée combinée à une exécution décentralisée sous l’intention claire d’un commandant, même lorsque la liaison avec celui-ci est interrompue. Ainsi, l’agentic warfare ne se limite pas à exécuter des commandes, mais comprend la capacité d’agir selon l’intention commandée avec une certaine autonomie, une avancée déjà en cours notamment dans les opérations cyber.
Un enjeu majeur est la qualification des agents sur des missions réelles, avec des cadres d’évaluation comme Cybench pour les opérations offensives cyber. Seuls des tests fonctionnels, plutôt que des métriques abstraites, permettent aux commandants de comprendre les capacités et limites des IA subordonnées.
Par ailleurs, l’usage de modèles d’IA ouverts et locaux, même d’origine étrangère, est préféré pour maîtriser les risques liés à la dépendance aux systèmes distants et fournisseurs fermés, qui posent des enjeux de contrôle et de vulnérabilités stratégiques. Ces modèles peuvent tourner sur du matériel courant à moindre coût, autorisant la redondance et l’adaptabilité tactique.
Le commandement reste inévitablement responsable en cas d’échec de ces agents, d’où la nécessité d’une chaîne de commandement rigoureuse encadrant le développement, la qualification et l’emploi des IA. Ce système doit garantir la responsabilité humaine et éviter un écart de responsabilité lié à l’autonomie des agents.
Enfin, des propositions législatives américaines portent sur la création d’un commandement unifié des systèmes robotiques et autonomes, soulignant l’importance croissante de cette approche agentique militaire. La Défense doit commencer par déployer ces forces IA dans des unités spécialisées, notamment en cyber et renseignement, avant d’envisager des domaines plus sensibles comme le combat cinétique.
En conclusion, la victoire dans la compétition globale ne viendra pas de l’usage massif d’IA, mais de la capacité à commander efficacement ces agents pour qu’ils agissent conformément à l’intention humaine dans des contextes complexes et incertains.
