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Dans un contexte où les véhicules de défense entrent souvent en service déjà dépassés, IDV a conçu ses engins sans pilote pour s’adapter précisément à cette problématique. En effet, les capteurs et systèmes informatiques embarqués doublent approximativement de performances tous les dix-huit mois.

Le Dr Geoff Davis, directeur général de IDV au Royaume-Uni, a expliqué au UK Defence Journal que le rythme d’évolution du lidar, des caméras et des capacités de traitement détermine désormais celui de l’ensemble du secteur. « Ces capteurs et cette puissance de calcul doublent effectivement leurs capacités » tout au long de ce cycle, précise-t-il. « Le lidar le plus récent que j’utilise possède deux fois plus de lasers que celui d’il y a dix-huit mois, et son coût diminue également. »

Ce phénomène correspond en pratique à l’application de la loi de Moore sur le champ de bataille. Cette loi, formulée en 1965 par Gordon Moore, cofondateur d’Intel, prédisait que le nombre de transistors intégrés à une puce microélectronique doublerait environ tous les deux ans, tandis que le coût de fabrication diminuerait. Cette dynamique a accompagné cinquante ans d’évolution vers des ordinateurs toujours plus compacts, rapides et économiques. La progression observée dans les capteurs et processeurs du Viking suit un rythme proche d’un doublement tous les dix-huit mois, et IDV affirme qu’un véhicule conçu pour évoluer selon cette courbe ne sera jamais laissé à la traîne.

Le Dr Davis émet un jugement critique sur les pratiques classiques d’acquisition dans la défense, issues de son expérience industrielle. « C’est une très bonne analogie pour l’ancienne industrie de la défense, où l’on passe cinq ans à concevoir un système, cinq ans à le tester, et finalement on le met en service avec un retard technologique de dix ans. Notre approche consiste à ce que la plateforme puisse être mise à jour et modernisée plusieurs fois, simplement en remplaçant les capacités de calcul et les capteurs au fur et à mesure de leur évolution », explique-t-il. « Si vous achetez ce véhicule aujourd’hui et revenez dans trois ans, nous pourrons y installer un lidar de nouvelle génération, des caméras améliorées, une toute nouvelle puissance de calcul, et vous aurez un véhicule terrestre sans pilote (UGV) qui sera passé d’obsolète à ultramoderne. »

Le dernier modèle du Viking incarne cette philosophie : il conserve un aspect globalement familier pour ceux qui ont vu les versions précédentes, mais il a été profondément remanié après une décennie d’essais utilisateurs. Ses capteurs ont été repositionnés et améliorés, son système de calcul modernisé, et sa motorisation a évolué d’un hybride parallèle à un hybride en série.

Cette logique d’adaptabilité se retrouve également dans la facilité de réparation sur le terrain, un enjeu mis en lumière par le conflit en Ukraine où des drones bon marché neutralisent des véhicules coûteux. Interrogé sur la possibilité pour des mécaniciens en première ligne de réparer un Viking endommagé sans retour en usine, Andrew Maloney, responsable technique et ingénieur en chef chez IDV Robotics, souligne ses racines automobiles. « Il est conçu pour être facile à entretenir. Changer une roue revient à faire la même opération que sur une voiture », assure-t-il en précisant que le véhicule repose sur des modules remplaçables rapidement. « On peut débrancher quelques conduits de refroidissement et connecteurs électriques, sortir la batterie usagée, et en insérer une neuve. Comme pour le moteur, c’est très modulaire. »

Les charges utiles du Viking suivent la même logique de modularité : des connecteurs standards d’alimentation et de données permettent d’installer rapidement un nouveau système de mission, ensuite automatiquement reconnu par le logiciel, qui affiche alors les menus et fonctionnalités associés. Par ailleurs, les modèles d’intelligence artificielle utilisés pour la détection sont conçus pour être régulièrement recalés et rechargés, y compris avec la collaboration des pays du réseau Five Eyes.

En résumé, IDV propose un véhicule qui vieillit comme une flotte de smartphones, où le châssis perdure tandis que tous les éléments déterminants ses performances sont renouvelés. La grande question reste de savoir si les procédures d’acquisition de la défense, aujourd’hui centrées sur des programmes pluriannuels longs, sauront évoluer au point d’acheter à ce rythme, un défi dont le Plan d’Investissement de la Défense devra se saisir.