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La Royal Navy a longtemps mis à l’épreuve la préparation de ses équipages grâce à la « guerre du jeudi », un entraînement hebdomadaire redouté qui déterminait si un navire et son équipage étaient aptes à être déployés. Aujourd’hui, cette évaluation a été profondément transformée par la Fleet Operational Standards and Training (FOST), qui adapte méthodes et technologies pour répondre aux défis modernes.

Commodore Andy Ingham, connu sous le nom de COMFOST, décrit ainsi son organisation : « La Fleet Operational Standards and Training est l’organisme collectif de formation pour la Royal Navy. J’ai des équipes chargées de l’assurance et de la formation pour nos navires, nos sous-marins, nos groupes opérationnels. Nous fournissons aux commandants opérationnels des garanties que les navires, les embarcations, les sous-marins et les groupes sont sûrs à l’emploi et, surtout, sont des unités de combat efficaces. Je couvre tout, depuis la construction des navires jusqu’à leur déploiement mondial. »

Une évolution des méthodes : des évaluateurs aux coachs

Si la finalité reste la même, la manière de répondre à cette question a radicalement changé. Ingham, rarement accordant d’interviews, souligne l’ampleur de cette transformation : « FOST a énormément changé ces dix dernières années. Si je ramenais quelqu’un du passé dans un navire en entraînement aujourd’hui, il serait complètement perdu. » Il explique que l’approche s’est déplacée vers un style plus axé sur le coaching, le mentorat et le développement des compétences humaines : « Avant, on se souvient des fameux Green Fowlies – les évaluateurs de FOST qui venaient à bord, souvent redoutés. À présent, FOST est centré sur la culture, le leadership et la construction d’équipe. » Ces Green Fowlies, reconnaissables à leurs vestes imperméables vertes, étaient synonymes d’inspections anxiogènes pour les équipages.

Le retour d’information est également devenu beaucoup plus rapide. Les leçons tirées des opérations réelles sont intégrées aux scénarios d’entraînement avec une célérité accrue. Au cœur des entraînements live se trouve Sharpshooter, décrit comme la plus grande innovation de la décennie : « Il s’agit de tirs réels sur un champ de tir instrumenté. Nous utilisons des cibles sans pilote, qui évoluent contre le navire en conditions de sécurité de guerre. C’est probablement le plus grand changement en matière de formation en direct introduit par FOST ces dix dernières années. »

La transformation virtuelle : une nouvelle étape

L’autre volet majeur de la transformation s’incarne dans l’exercice Virtual Warrior, organisé sur le camp de Salisbury Plain. Il s’agit de la première mise en œuvre du nouveau système de formation synthétique MCAST, un programme d’une valeur de 25 millions de livres britanniques développé par QinetiQ. De la signature du contrat à la capacité opérationnelle initiale, moins d’un an s’est écoulé, un succès attribué à une collaboration étroite entre militaires et industrie.

Ingham précise que la Royal Navy pouvait déjà réaliser des exercices virtuels avant MCAST, mais celui-ci structure et donne la propriété du processus : « La nouveauté réside dans ce que le contrat MCAST permet : une meilleure maitrise et évolution de la formation virtuelle. » Selon lui, l’avenir repose sur une approche mixte, combinant formation live et formation synthétique : « Certaines compétences ne peuvent s’acquérir qu’en conditions réelles, d’autres uniquement via la simulation. Le futur est hybride. »

Cet outil virtuel offre deux avantages majeurs selon COMFOST : la géographie – le scénario peut se dérouler n’importe où, ici le Grand Nord en hiver, alors que les participants sont dans un camp sous une canicule dans le Wiltshire – et surtout la possibilité de contrôle total sur l’entraînement : « Je peux augmenter ou réduire la complexité, accélérer ou ralentir, voire répéter certains éléments. Contrairement à l’entraînement live où l’on avance inexorablement jusqu’à la fin, ici je peux mettre sur pause, faire un retour en arrière, rejouer un combat. »

La difficulté majeure : l’articulation entre niveaux

Le défi principal réside dans la jonction entre les différents niveaux d’entraînement. Les navires et sous-marins s’exercent individuellement, les groupes opérationnels comme formations collectives. Cette coordination s’est longtemps faite presque par hasard : « Auparavant, les groupes rassemblaient plusieurs navires qui, de fait, apprenaient à opérer ensemble. Aujourd’hui, cette séparation est nette, et il faut travailler sur ce pont, cette intégration intermédiaire, qui est la principale leçon de ces exercices. »

Il admet que la réponse n’est pas encore définitive : « Nous cherchons encore le bon équilibre entre formation live et synthétique pour combler ce fossé. »

Cette évolution va de pair avec la flotte que la Royal Navy met en place. Alors que la marine hybride mêle des navires habités et des plates-formes sans équipage dans le cadre du Plan d’investissement de la Défense, Ingham confirme que la formation synthétique prendra de plus en plus d’importance : « Elle deviendra bien plus essentielle. » L’objectif officiel est d’atteindre un équilibre d’environ 50 % d’entraînement live et 50 % virtuel d’ici 2030.

La « guerre du jeudi » a inculqué des générations de marins que la préparation se prouve sur le terrain. Son successeur conserve ce principe, tout en révolutionnant presque tout le reste. La nouveauté majeure est qu’aujourd’hui, pour la première fois, les équipages peuvent arrêter le temps, revenir en arrière et recommencer le combat.