Les gouvernements de l’Inde et du Japon, rappelant la vision politique et les objectifs du Partenariat stratégique spécial et global Inde-Japon fondé sur des valeurs partagées et des intérêts communs, soulignent le rôle indispensable de leurs deux pays pour une région indo-pacifique libre, ouverte, pacifique, prospère et sans coercition, respectant un ordre international fondé sur des règles.
Conscients des progrès notables réalisés dans leur coopération bilatérale en matière de sécurité ainsi que de l’évolution des perspectives stratégiques et des priorités politiques de part et d’autre ces dernières années, et reconnaissant la complémentarité de leurs forces en termes de ressources et de capacités technologiques, ils s’engagent à renforcer leur coopération pratique, dans l’intérêt de leur sécurité nationale et du dynamisme économique continu.
Cherchant à approfondir leur coordination sur les questions de sécurité d’intérêt commun dans la région indo-pacifique et au-delà, et attachés à la préservation d’un ordre international basé sur le respect du droit, ils ont adopté cette Déclaration conjointe sur la coopération en matière de sécurité, marquant une nouvelle étape de leur partenariat. Ils conviennent notamment de :
1. Renforcer leurs capacités et leur préparation à la défense mutuelle en favorisant l’interopérabilité et la synergie entre leurs forces armées, notamment par :
- La conduite d’exercices bilatéraux dans un large éventail de domaines avec une complexité et une sophistication accrues, ainsi que la participation réciproque à des exercices multilatéraux organisés par chacun des deux pays ;
- L’exploration de la création d’un cadre de dialogue global entre leurs états-majors conjoints ;
- L’organisation possible d’exercices interarmes en préparation d’opérations humanitaires et de secours en cas de catastrophe dans la région indo-pacifique ;
- La collaboration entre unités des opérations spéciales ;
- Le renforcement de l’utilisation de l’Accord Indo-Japonais relatif à la fourniture réciproque de matériel et de services logistiques entre les Forces japonaises d’autodéfense et les Forces armées indiennes ;
- L’identification d’opportunités de coopération dans des domaines spécialisés tels que la lutte contre le terrorisme, les opérations de maintien de la paix et la cyberdéfense ;
- Le partage d’informations et d’évaluations concernant les risques émergents en matière de sécurité ;
- La promotion de l’usage mutuel des infrastructures pour la réparation et l’entretien de plateformes militaires ;
- L’exploration d’une collaboration dans la défense chimique, biologique et radiologique, avec un accent mis sur la détection, la décontamination, les contre-mesures médicales, les équipements de protection et les stratégies de réponse pour protéger les forces et la population.
2. Avancer leurs objectifs communs en matière de sécurité maritime et promouvoir la coopération entre forces navales et garde-côtes pour un environnement maritime pacifique dans la région indo-pacifique, notamment par :
- Des visites et escales plus fréquentes des navires des Forces japonaises d’autodéfense, des Forces armées indiennes et de leurs garde-côtes respectifs ;
- Une meilleure connaissance de la situation maritime et une coopération bilatérale et régionale pour une image maritime commune via le Centre de Fusion d’Information – Région de l’Océan Indien (IFC-IOR) et le Partenariat Indo-Pacifique pour la Connaissance du Domaine Maritime (IPMDA) ;
- Un renforcement de la coopération en matière d’application de la loi contre la piraterie, le vol à main armée et autres crimes transnationaux en mer, bilatéralement et via des initiatives régionales telles que l’Accord régional de coopération pour la lutte contre la piraterie et le vol à main armée en Asie (ReCAAP) ;
- Une collaboration bilatérale et multilatérale incluant la Coalition pour les Infrastructures Résilientes aux Catastrophes et le Centre asiatique de réduction des risques de catastrophe, visant à réduire et à mieux préparer la région aux risques de catastrophe par le partage de connaissances et le renforcement des capacités ;
- La coordination de leur assistance respective dans les domaines de la sécurité maritime et de l’application de la loi maritime auprès de pays tiers dans et au-delà de la région indo-pacifique.
3. Promouvoir une collaboration technologique et industrielle entre leurs institutions gouvernementales et acteurs privés afin de renforcer la résilience dans les secteurs clés de la sécurité nationale, par :
- L’exploration d’opportunités de coopération dans le cadre du mécanisme de Coopération en matière d’équipement et de technologie de défense pour le co-développement et la co-production d’équipements et technologies adaptés à leurs besoins actuels et futurs ;
- Des visites régulières d’échanges industriels dans le domaine de la défense et de la sécurité, axées sur les capacités spécifiques, les start-ups et les PME pour répondre aux besoins actuels et à venir ;
- Le partage technologique dans de nouveaux domaines soutenant efficacement leurs approches opérationnelles ;
- Une meilleure compréhension mutuelle des politiques et pratiques relatives au contrôle des exportations afin de favoriser la coopération dans les technologies et équipements de pointe et les chaînes d’approvisionnement ;
- Une coopération sur les enjeux clés de la sécurité économique, notamment la réduction des vulnérabilités dans les domaines stratégiques, la lutte contre la coercition économique, les pratiques non concurrentielles et les capacités excessives qui en résultent, ainsi que le renforcement de la résilience des chaînes d’approvisionnement ;
- L’exploration de la coopération en médecine militaire et en sécurité sanitaire pour améliorer la préparation et la résilience face aux diverses menaces ;
- Le renforcement de la coopération en R&D en défense entre la Defense Research and Development Organisation de l’Inde (DRDO) et l’Acquisition, Technology and Logistics Agency du Japon (ATLA) ;
- La coopération dans le domaine des minéraux critiques, incluant l’échange d’informations et de technologies pour l’exploration, la transformation et le raffinage.
4. Moderniser leur coopération en matière de sécurité face aux menaces traditionnelles et non traditionnelles majeures, et répondre aux défis technologiques émergents, notamment par :
- La lutte contre le terrorisme, l’extrémisme radical et la criminalité transnationale organisée, y compris dans le domaine numérique et par l’usage des systèmes sans pilote et des technologies de communication modernes, au moyen du partage de renseignement et d’expériences ;
- La promotion de la recherche-développement conjointe, la collaboration académique et industrielle, en phase avec les progrès dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la robotique, de la quantique, des semi-conducteurs, des technologies autonomes, des réseaux du futur, des biotechnologies et de la cybersécurité, tout en garantissant leur sécurité et intégrité ;
- Le renforcement de leur résilience cybernétique, y compris la protection des infrastructures critiques de l’information via le partage d’informations ;
- L’expansion de l’usage de leurs systèmes spatiaux respectifs pour la sécurité nationale, la navigation par satellite, l’observation de la Terre et d’autres domaines spatiaux mutuellement définis ;
- La tenue de consultations pour une collaboration en matière de surveillance de la situation spatiale, incluant le suivi, la surveillance et la gestion des débris spatiaux.
5. Promouvoir des objectifs communs de sécurité régionaux et mondiaux et coordonner leurs positions dans les groupes multilatéraux et plurilatéraux pertinents, notamment par :
- Le soutien à la centralité et à l’unité de l’ASEAN, aux cadres dirigés par l’ASEAN et à la Vision indo-pacifique de l’ASEAN, tout en contribuant aux priorités stratégiques respectives telles que l’Initiative Indo-Pacifique des Océans et un Indo-Pacifique Libre et Ouvert (FOIP) ;
- La promotion d’investissements fiables, durables, résilients et de qualité dans les infrastructures de la région, respectant la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale ;
- L’opposition à toute action déstabilisatrice ou unilatérale cherchant à modifier le statu quo par la force ou la coercition, ainsi que le soutien à la résolution pacifique des différends, à la liberté de navigation et de survol, et à l’usage légal des mers conformément au droit international et à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM) ;
- Le renforcement de la coopération au sein du Quad et la promotion de son agenda positif et pragmatique pour la paix et le progrès dans la région indo-pacifique ;
- La promotion de la réforme du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU), y compris l’élargissement des membres permanents et non permanents, et le soutien mutuel à leurs candidatures respectives en qualité de membres permanents d’un CSNU élargi ;
- La condamnation du terrorisme sous toutes ses formes, y compris le terrorisme transfrontalier, et le travail commun pour mettre fin immédiatement aux soutiens matériels et financiers aux activités terroristes, à travers les forums multilatéraux, ainsi que les efforts pour l’adoption de la Convention globale sur le terrorisme international à l’ONU ;
- La réaffirmation de leur engagement partagé pour l’élimination totale des armes nucléaires, la fin de la prolifération et du terrorisme nucléaire, ainsi que pour le lancement et la conclusion rapides des négociations d’un Traité multilatéral, non discriminatoire, internationalement et efficacement vérifiable sur la coupure du matériel fissile, selon le mandat Shannon et la Conférence sur le désarmement ;
- La poursuite de leurs travaux communs pour l’adhésion de l’Inde au Groupe des fournisseurs nucléaires (NSG), dans le but de renforcer les efforts mondiaux de non-prolifération.
6. Consolider et renforcer le dispositif existant de consultations et d’échanges bilatéraux par le biais notamment de la réunion ministérielle 2+2 des ministres des Affaires étrangères et de la Défense, ainsi que divers dialogues officiels sur la sécurité, dont :
- Un dialogue annuel entre leurs conseillers à la sécurité nationale pour faire le point sur la situation sécuritaire commune ;
- Un dialogue sur la sécurité économique, y compris le commerce stratégique et la technologie, entre le secrétaire aux Affaires étrangères de l’Inde et le vice-ministre des Affaires étrangères du Japon, visant à renforcer la sécurité économique mutuelle et la coopération dans les industries et technologies stratégiques ;
- Un dialogue de haut niveau axé sur la coopération conjointe et interarmées entre les Forces japonaises d’autodéfense et les Forces armées indiennes ;
- Une réunion au niveau de leurs commandants des garde-côtes, fondée sur le protocole de coopération entre la Garde-côtes indienne et la Garde-côtes japonaise ;
- Une relance du Forum de l’industrie de défense Indo-Japonais visant à identifier des possibilités de collaboration économique ;
- Un dialogue de niveau « Track 1.5 » réunissant des think tanks indiens et japonais pour mieux appréhender les défis sécuritaires et suggérer de nouvelles pistes de coopération.