La 24e Unité Expéditionnaire de Marines (24th MEU) vient de prendre position dans les Caraïbes en tant que force de réponse immédiate face aux crises en Amérique latine, ont annoncé vendredi les responsables du Corps des Marines américains. Cette relève intervient alors que la 24e MEU remplace la 22e MEU dans la région.
Environ 1 300 Marines de la 24e MEU sont désormais déployés dans la zone, dans le cadre de l’Opération Southern Spear, la mission en cours du Pentagone visant à freiner le trafic de drogue dans la région. Habituellement, les MEU s’embarquent à bord de navires amphibies de la Marine, mais cette fois la 24e MEU est déployée sous l’appellation Littoral Combat Force-24 (LCF-24) depuis la base navale de Roosevelt Roads, à Porto Rico, récemment rouverte.
« Les Marines et marins de la LCF-24 sont prêts à exécuter l’ensemble des missions prescrites par nos instances supérieures, pour dissuader les menaces pesant sur notre hémisphère aujourd’hui », a déclaré le colonel Ryan Lynch, commandant de la force de combat littorale, dans l’annonce officielle du Corps des Marines. « À travers la transition avec la 22e MEU, nous avons pris la relève sans interruption. Notre posture est active, nos forces sont intégrées, et nous nous engageons à rester le partenaire régional de sécurité privilégié. »
Les Marines auront pour tâche de perturber « les réseaux utilisés par les organisations terroristes désignées et les narco-terroristes », un terme employé par le Département de la Défense pour désigner les trafiquants de drogue. Toutefois, les contours précis de ces opérations restent flous dans le cadre d’une campagne principalement axée sur des frappes aériennes contre des vedettes transportant de la drogue.
Depuis quelques mois, plusieurs cartels de la drogue ont été officiellement catalogués comme groupes terroristes par les États-Unis, ouvrant ainsi la voie à des actions militaires légales contre leurs réseaux. Le Corps des Marines a également précisé que cette force est certifiée pour mener diverses missions, notamment le soutien aux ambassades et le sauvetage de personnels d’aéronefs abattus.
Le déploiement de la 24e MEU coïncide avec la fin programmée de la mission de la Task Force amphibie Iwo Jima, qui a opéré pendant dix mois dans la région. Cette force embarquait auparavant la 22e MEU et avait amorcé sa présence dans les Caraïbes en août 2025 dans le cadre du renforcement militaire initial des États-Unis dans la zone. À son apogée, cette mission mobilisait plusieurs destroyers de la Marine, le plus grand porte-avions américain, ainsi qu’un « vaisseau-mère » pour opérations spéciales. Plusieurs unités aériennes ont également été déployées depuis des bases réouvertes en Amérique latine.
Les Marines de la 22e MEU sont restés plusieurs mois dans la région, alors que les forces américaines lançaient des dizaines de frappes aériennes contre des petites embarcations accusées de transporter de la drogue. Selon le Pentagone, ces frappes ont causé la mort d’au moins 190 individus depuis septembre 2025.
La force amphibie Iwo Jima a aussi participé à l’Opération Absolute Resolve, la mission du 3 janvier 2026 qui a conduit à la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro.
Le navire de transport amphibie USS Fort Lauderdale, qui appartenait au groupe Iwo Jima, reste dans la région pour soutenir les Marines. Un porte-parole de la Force opérationnelle conjointe Southern Spear a indiqué que le commandement est basé à Roosevelt Roads, avec une « large composante » embarquée à bord du Fort Lauderdale.
Le volet aérien de la force de combat littorale repose principalement sur le Marine Medium Tiltrotor Squadron 365 (VMM-365) Renforcé, opérant des MV-22B Ospreys. Un détachement d’hélicoptères UH-1Y Venom du Marine Light Attack Helicopter Squadron 269 (HMLA-269) complète la force en assurant des capacités d’appui aérien rapproché.
Ce renfort des Marines intervient alors que les États-Unis renforcent leur présence militaire dans les Caraïbes, en réaction à l’intensification des menaces visant Cuba. Le porte-avions USS Nimitz a rejoint la zone cette semaine.
Le général Francis Donovan, commandant actuel du SOUTHCOM, avait lui-même dirigé la 24e MEU entre 2011 et 2013. Il a rencontré cette semaine certains des Marines déployés à Porto Rico.
Un récent rapport de l’inspecteur général sur l’Opération Southern Spear indique que l’armée américaine a mené au moins 47 frappes contre des embarcations entre septembre 2025 et mars 2026, causant au moins 156 décès (ce nombre s’élevant désormais à près de 200). Deux tiers de ces frappes ont eu lieu dans le Pacifique Est, le reste dans la mer des Caraïbes.
Le rapport précise que Southern Spear se distingue des opérations d’interdiction non létale, des saisies de navires pétroliers sanctionnés, de l’attaque contre le Venezuela et du soutien militaire contre les trafiquants en Équateur. Il souligne également que le SOUTHCOM n’a pas pu rendre publiques ses mesures d’efficacité concernant cette opération.
Enfin, la mission et le mandat de l’Opération Southern Spear demeurent classifiés, assurant une forte discrétion autour des objectifs spécifiques de cette campagne.
Le lieutenant-général Calvert L. Worth, commandant de la II Marine Expeditionary Force, a déclaré que la force de combat littorale « n’est pas seulement une force de réponse aux crises ; elle offre des options au commandant combat et sert d’outil pour renforcer les capacités des partenaires et sécuriser l’avantage dans tous les domaines ».