La Force aérienne des États-Unis a entamé une collecte d’informations auprès de l’industrie pour son futur Système de Ravitaillement Aérien de Nouvelle Génération (NGAS). Parmi les concepts envisagés figurent des avions ravitailleurs conventionnels, des appareils à voilure combinée ainsi que des dérivés d’avions commerciaux.
Dans ce contexte, Embraer a confirmé qu’elle explore la possibilité d’assembler son KC-390 sur le sol américain, tout en adaptant l’appareil aux exigences spécifiques des États-Unis, notamment via une version dotée d’une perche de ravitaillement. La firme brésilienne envisagerait un investissement d’environ 500 millions de dollars pour soutenir la part locale de fabrication et renforcer ses chances lors d’éventuelles sélections sur le marché américain.
Embraer souligne qu’elle dispose déjà d’une assise industrielle importante aux États-Unis, avec plus de la moitié des composants de l’appareil fournis par 59 sous-traitants américains. Cette stratégie vise à faciliter la transition vers un assemblage local et à répondre à une exigence répétée à Washington : assurer une origine américaine significative des matériaux, et pas seulement localiser la production.
Initialement, Embraer avait conclu un accord aux États-Unis avec L3Harris pour une version tactique de l’avion ravitailleur, une option aujourd’hui abandonnée. Selon des sources industrielles, Northrop Grumman pourrait désormais devenir un partenaire, bien qu’aucune annonce officielle n’ait encore été faite. La principale évolution consiste en la volonté affirmée de rassembler la production sur le sol américain et d’assurer une chaîne d’approvisionnement conforme aux règles de contenu national dès le départ.
Le KC-390 : un appareil polyvalent et performant
Le KC-390 est un avion de transport militaire de taille moyenne, propulsé par deux turboréacteurs à haut taux de dilution, conçu pour opérer sur des pistes courtes et semi-préparées. Il dispose d’une rampe de chargement arrière permettant une manutention rapide. Embraer indique une charge utile maximale de 26 tonnes métriques pour les charges concentrées et 23 tonnes réparties, avec une capacité en carburant utile d’environ 23,9 tonnes logée dans les ailes.
Son allure de croisière peut atteindre jusqu’à 470 KTAS (environ 870 km/h), soit Mach 0,80, avec un plafond opérationnel de 36 000 pieds. La cabine est pressurisée pour une altitude équivalente à 8 000 pieds à la hauteur maximale de vol.
La soute permet d’embarquer des palettes standard OTAN en configurations allant jusqu’à 7 palettes 463L, jusqu’à 24 conteneurs CDS de 122 x 122 cm, de 3 à 4 véhicules légers, 1 à 2 véhicules lourds, ou même un hélicoptère de type Black Hawk. L’avionique est entièrement numérique, avec système de commandes de vol électrique (fly-by-wire) offrant protection de l’enveloppe de vol et compensation des turbulences. Le système de gestion du fret optimise les délais au sol, tandis que l’architecture de communication assure une conscience situationnelle numérique et l’interopérabilité avec d’autres plateformes et alliés.
La version ravitailleur et les capacités spéciales
La configuration ravitailleur intègre des modules de ravitaillement sous-aile et un système de gestion du carburant permettant le ravitaillement en vol des chasseurs et hélicoptères, ainsi que des transferts de carburant massifs pour les avions de transport et les appareils de missions spéciales. Conçu pour répondre aux exigences les plus strictes, le KC-390 bénéficie d’une structure renforcée, apte à opérer sur pistes austères ou endommagées et dans des environnements extrêmes, allant des conditions humides de l’Amazonie aux climats polaires et désertiques.
Au niveau des systèmes de défense, l’avion est câblé pour accueillir des équipements de survie et d’autoprotection, notamment radar d’alerte et détecteurs de missiles, ainsi que des consommables. Son architecture électrique et ses marges d’intégration autorisent l’ajout de systèmes supplémentaires de guerre électronique. Le vol par fil améliore la précision lors des phases de ravitaillement en vol et de pilotage à basse altitude, tandis que les systèmes de mission facilitent les largages aériens précis de matériel et de parachutistes.
Une plateforme multimissions orientée vers la croissance
Le KC-390 a été conçu dès l’origine comme un appareil multimissions. En configuration transport de personnel, il peut accueillir jusqu’à 80 passagers et embarquer 64 parachutistes prêts à sauter. Pour répondre au cahier des charges américain, Embraer mise sur des marges d’évolution importantes. Une ligne d’assemblage installée aux États-Unis faciliterait l’intégration de radios et liens de données américains, de systèmes cryptographiques locaux, de suites de guerre électronique américaines, ainsi que d’une configuration de ravitaillement adaptée aux spécifications NGAS, si nécessaire.
Positionné entre les petits transports tactiques et les grands avions ravitailleurs ou stratégiques opérant déjà aux États-Unis, le KC-390 peut ravitailler en carburant des chasseurs, offrir des recharges légères aux hélicoptères ou soutenir des avions d’opérations spéciales sans mobiliser une plateforme lourde.
Des exigences élevées pour le programme NGAS
Pour NGAS, les besoins en survie seront renforcés. La vision de l’US Air Force anticipe des opérations dans des espaces aériens plus hostiles dans les années 2030, impliquant des caractéristiques furtives, des capacités de ravitaillement à distance, ou les deux, ainsi que des systèmes d’autoprotection améliorés. Embraer présente le KC-390 comme une référence adaptable pouvant intégrer des capteurs et protections supplémentaires conformes à cette trajectoire, tout en soulignant que les seuils et objectifs du programme restent en cours d’ajustement.
Une concurrence solide sur le marché américain
Les concurrents attendus sont bien établis. Boeing produit le KC-46A et dispose d’une forte présence nationale. Lockheed Martin pourrait revenir sur le segment des avions ravitailleurs via des partenariats, tandis qu’Airbus s’appuie sur le succès export de son A330 MRTT. Pour un avion non américain, un assemblage local, la création d’emplois et une participation significative au contenu national sont des conditions sine qua non.
Embraer semble avoir intégré cette réalité, s’appuyant sur sa base industrielle établie aux États-Unis autour de ses avions régionaux et d’affaires. La nouveauté concerne ici la défense et l’ampleur d’un programme de ravitailleurs. Le Congrès américain examinera l’implantation des usines et des fournisseurs, ainsi que la capacité à atteindre rapidement une maturité opérationnelle pour cette nouvelle ligne.
Un contexte international favorable
Plusieurs forces aériennes européennes et asiatiques exploitent ou ont commandé le KC-390, fournissant des données opérationnelles précieuses que l’US Air Force pourra analyser. Le Brésil et les États-Unis ont déjà collaboré sur des technologies de défense, et pour Brasilia, une chaîne d’assemblage américaine constituerait un gage de crédibilité pour l’avion, tout en limitant les frictions politiques liées aux règles d’importation.
Pour Washington, disposer d’un second fournisseur dans le segment des avions ravitailleurs tactiques apporterait une résilience appréciable, pour peu que les coûts, les performances et la survie opérationnelle répondent aux exigences du programme NGAS. L’enjeu est élevé. Aujourd’hui, les informations indiquent la mobilisation d’un constructeur anticipant les demandes, sélectionnant ses implantations et se préparant à respecter les normes de contenu national. Sans ces mesures, aucune offre crédible ne pourrait émerger.