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En 2019, une remise en question importante de la stratégie américaine concernant les missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) a été mise en lumière par Steve Fetter, professeur à l’Université du Maryland. Il s’opposait alors au développement d’un nouveau missile, baptisé Sentinel, estimant que prolonger la vie du missile Minuteman III serait non seulement suffisant, mais aussi plus économique pour maintenir la dissuasion nucléaire terrestre des États-Unis.

Coût et programme Sentinel : Depuis 2020, le coût estimé de Sentinel a presque doublé, passant de 78 milliards à 141 milliards de dollars en 2025. Cette hausse est partiellement due à la nécessité de rénover ou remplacer les silos et autres infrastructures terrestres, travaux qui auraient également été nécessaires pour la prolongation du Minuteman III. Toutefois, il est clair que la prolongation de ce dernier aurait généré des économies substantielles, lesquelles auraient été cruciales dans un contexte budgétaire tendu et en raison des multiples autres programmes de modernisation nucléaire en cours, notamment ceux concernant les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SSBN) Columbia, le bombardier stratégique B-21, les armes à longue portée, ainsi que les systèmes de commandement et contrôle nucléaire.

Le contexte géostratégique : Originellement, la force terrestre visait principalement la dissuasion contre la Russie, mais la montée en puissance du parc nucléaire chinois, incluant environ 350 nouveaux silos d’ICBM, a modifié les enjeux. Des voix s’élèvent pour augmenter le nombre d’ogives nucléaires déployées sur les missiles terrestres, notamment en envisageant des ogives multiples, mais cela soulève plusieurs problèmes : déficit en caractéristiques modernes de sécurité, vulnérabilité accrue des silos, et risques déstabilisants favorisant une frappe préventive. Il est aussi à noter que les missiles balistiques lancés depuis des sous-marins (SLBM) restent plus flexibles, moins vulnérables et mieux adaptés à la stabilité stratégique, notamment pour contrer le développement chinois.

Vulnérabilité et stabilité stratégique : La critique de la force terrestre reste forte. Les silos deviennent de plus en plus vulnérables face aux armes conventionnelles de précision et aux avancées technologiques comme les capteurs quantiques. Cette vulnérabilité accentue la pression sur un président d’agir rapidement en cas d’attaque perçue. À l’inverse, les SSBN en mer sont considérés comme beaucoup plus sûrs, bénéficiant aussi des progrès en matière de guidage et de communications, évitant les contraintes de lancement rapide.

Prolongation de la vie du Minuteman III : Initialement refusée par le Pentagone, cette option a été réévaluée face aux retards et à l’escalade des coûts du programme Sentinel. Un rapport de septembre 2025 indique maintenant que l’Air Force juge possible de maintenir le Minuteman III en service jusqu’en 2050, avec des risques à gérer mais sans détails publics. Fetter plaide toujours pour une extension et une modernisation graduelle au-delà de cette date si nécessaire.

Bilan et perspectives : Avec le recul, Steve Fetter reconnaît que l’envolée des coûts de Sentinel renforce son argument initial. Il estime que les États-Unis maintiendront une force ICBM crédible grâce à l’extension du Minuteman III, mais regrette que cette décision n’ait pas été prise volontairement plus tôt. Par ailleurs, il insiste sur la nécessité d’examiner plus sérieusement les risques liés à la vulnérabilité des missiles basés en silo, compte tenu des évolutions technologiques.

Sources : Warontherocks