Article de 735 mots ⏱️ 4 min de lecture

Le programme F-35 Joint Strike Fighter, lancé en 2001 par Lockheed Martin, reste aujourd’hui au cœur de nombreuses controverses politiques et budgétaires. Initialement conçu pour unifier plusieurs versions d’un même chasseur de cinquième génération destiné à remplacer la majorité de la flotte américaine, il concerne désormais une quinzaine de pays. Cependant, quelques décennies après son lancement, le F-35 fait face à des surcoûts importants et à des problèmes majeurs de disponibilité.

Coûts et dérives financières : Depuis décembre 2023, le coût d’achat des avions et de leurs moteurs F-135 a augmenté de 10 %, passant de 485,2 à 536,2 milliards de dollars, selon les données de 2026. Ces surcoûts sont principalement dus à des problèmes techniques dans le logiciel, la disponibilité des avions, la pénurie de pièces détachées, ainsi qu’à des adaptations des moteurs. Le maintien en condition opérationnelle jusqu’en 2088 est estimé à 1,58 trillion de dollars, soit une hausse de 44 % par rapport à 2018, portant le coût total du programme à plus de 2 trillions de dollars.

Disponibilité opérationnelle et performances réduites : En 2025, la disponibilité des F-35 capables d’effectuer au moins une mission est tombée à 44,1 %, contre 66,8 % en 2021. La capacité à remplir toutes les missions assignées, appelée Full Mission Capable (FMC), a chuté de 38,1 % à 24,6 %. Cela signifie que près de 75 % des appareils ne peuvent que partiellement accomplir leurs tâches. Ce déclin est attribué au retard dans la mise en œuvre du logiciel Technology Refresh 3 (TR-3), aux problèmes d’approvisionnement en pièces et à la corrosion des structures.

Comparaisons et implications industrielles : De manière embarrassante, en 2026, un F-35A âgé de sept ans présente la même disponibilité qu’un F-16 de 36 ans. De plus, 158 F-35 ont été livrés avec une configuration TR-3 incomplète, sans capacités de combat améliorées. Le coût horaire de vol d’un F-35A est d’environ 42 000 dollars, bien supérieur à celui d’un F-16 (25 000 à 27 000 dollars), ce qui pose un défi pour la viabilité opérationnelle et budgétaire.

Conséquences stratégiques et ajustements internationaux : Plusieurs pays révisent leurs stratégies d’acquisition et de flotte. L’Australie a réduit ses commandes de 100 à 76 F-35, réaffectant une partie des fonds pour moderniser ses F-18. Israël a acquis des F-15IA en complément du F-35, et le Japon investit massivement dans la modernisation de ses F-15 âgés. La Belgique a commandé 34 F-35A, puis 11 supplémentaires, bien que certains opposants dénoncent l’impact sur le débat politique. La Suisse a revu son objectif initial de 36 à 30 appareils pour des raisons budgétaires.

Au Canada, une réorientation vers une flotte mixte comprenant environ 30 F-35A et 60 Gripen E/F est envisagée pour maîtriser les coûts, tandis que la Grande-Bretagne prévoit d’acheter 27 F-35 supplémentaires pour compenser la faible disponibilité de ses appareils. De son côté, l’Allemagne a commandé 35 F-35A et envisage une extension.

Limites du concept de flotte unique : Initialement approuvé pour ses promesses de standardisation et d’économies d’échelle, le concept d’un unique type d’appareil a montré ses limites, notamment en raison de la complexité technique engendrée par des exigences divergentes entre les branches américaines. Un défaut technique ou cyber pourrait immobiliser une flotte entière, un risque non négligeable pour la souveraineté des pays utilisateurs.

Mesures de soutien et transparence limitée : Face à ces défis, une opération ‘Global Support Solution Reset’ a été lancée avec l’objectif ambitieux d’améliorer la disponibilité à 80 % d’ici 2030, avec un investissement de 13,7 milliards de dollars d’ici 2031. Par ailleurs, l’accès aux rapports détaillés sur le programme est de plus en plus restreint, notamment aux États-Unis, où des documents complets sont réservés aux comités de défense du Congrès, tandis que le Pentagone limite l’accès public aux évaluations opérationnelles sous prétexte de sécurité liée à l’intelligence artificielle.

En résumé, le F-35 reste un élément central des forces aériennes mondiales mais traverse une phase critique marquée par des défis techniques majeurs, des surcoûts, et des stratégies nationales qui tendent vers des flottes mixtes pour mieux équilibrer performances, coûts et risques.

Sources : galaxiamilitar