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Le moteur GTRE-Safran de 120 kN s’intègre parfaitement dans l’AMCA avec une refonte minimale, marquant une avancée majeure pour les ambitions indiennes en matière de chasseurs de cinquième génération. Selon le Dr Jitendra Jadhav, directeur de l’Aeronautical Development Agency (ADA), ce propulseur co-développé offrira une solution harmonieuse avec le compartiment moteur de l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), conçu à l’origine pour le moteur GE F-414.

Lors d’un récent conclave de l’industrie de la défense, le Dr Jadhav a souligné la prévoyance dans la conception de l’AMCA : « Le compartiment moteur a été minutieusement pensé autour de l’empreinte du F-414, ce qui nous permet de connaître précisément le gabarit pour le nouveau moteur de 120 kN. Cette compatibilité évite une refonte majeure, les modifications restant superficielles, notamment en ce qui concerne les interfaces de fixation et quelques optimisations de flux d’air ». Cette annonce dissipe un point critique du programme AMCA, où l’intégration du moteur est essentielle pour atteindre les performances de supercroisière, de furtivité et de polyvalence multirôle.

La collaboration entre GTRE et Safran, officialisée en 2024 à travers un accord gouvernemental, vise à développer un turboréacteur à faible taux de dilution, spécialement optimisé pour les exigences élevées de l’AMCA. Avec une poussée de 120 kN en postcombustion — surpassant les 98 kN du F-414 — ce moteur offre un cœur sec délivrant 73 kN, capable de maintenir un vol supersonique sans recourir à la postcombustion, caractéristique essentielle des avions de 5e génération comme le F-35. Selon des sources proches du dossier, son architecture modulaire intègre des pales monocristallines avancées et des entrées d’air à géométrie variable, combinant le savoir-faire de Safran issu du M88 et l’expertise de GTRE sur la postcombustion et la gestion thermique.

Cette parfaite intégration ne relève pas du hasard. Le prototype AMCA Mk1 possède un compartiment moteur calibré pour la variante F-414-INS6 (utilisée de façon intérimaire), conçu dès le départ comme un module adaptable. « Nous avons réalisé un rétro-conception du compartiment moteur dès le début, assurant que le futur moteur de 120 kN épouse parfaitement cet espace. Longueur, diamètre et alignements pour le vecteur de poussée sont pré-établis, ce qui réduit les risques et les coûts de développement », explique un expert. Cette méthode évite les écueils rencontrés dans certains programmes internationaux, tels que le Tempest britannique, où des incompatibilités moteur-cellule ont ralenti les calendriers.

Le programme AMCA, doté d’un budget de 15 000 crores de roupies sous la direction du DRDO, prévoit un premier vol en 2028 avec une mise en service ciblée en 2035. Initialement propulsé par deux F-414 pour le Mk1, le passage au moteur national de 120 kN pour la version Mk2 permettra d’exploiter pleinement les capacités furtives, notamment avec des soutes internes à armements et une réduction significative des signatures infrarouges. L’efficacité du cœur sec contribuera également à diminuer la consommation de carburant de 20 %, augmentant ainsi l’endurance lors des missions de supériorité aérienne au-dessus de l’Himalaya ou de patrouille maritime dans l’océan Indien.

Cette annonce du Dr Jadhav intervient alors que HAL (Hindustan Aeronautics Limited) intensifie ses essais à la soufflerie sur le site de Nashik, validant la flexibilité du compartiment moteur. Dans ce partenariat indo-français, Safran bénéficie d’un accès privilégié au marché aéronautique indien en pleine expansion, tandis que GTRE affine ses technologies de postcombustion et prépare des développements vers le vol hypersonique. Certains défis persistent, notamment la certification des coûts sur cycle de vie complet et l’intégration avec le radar AESA Uttam, mais cette harmonie dimensionnelle est un signe prometteur pour la maîtrise technique du projet.