Les forces de sécurité indiennes doivent faire face à une insurrection de basse intensité persistante dans la région du Nord-Est, où plus de 50 groupes militants actifs opèrent dans un terrain accidenté, souvent sans défenses aériennes sophistiquées. Dans ce contexte, l’armée de terre et l’aviation indienne recherchent une puissance de feu aérienne agile et abordable pour frapper avec précision les repaires et les convois insurgés.
Le HTT-40 de Hindustan Aeronautics Limited (HAL), nouvel avion d’entraînement basique indien dont le premier vol de série a eu lieu récemment à Bengaluru, pourrait bien remplir ce rôle. Bien que conçu pour la formation des pilotes, cet appareil à turbopropulseur simple pourrait également être adapté pour lancer des munitions traqueuses à longue portée, offrant une solution économique pour intervenir dans des zones dépourvues de défense antiaérienne, sans mobiliser des matériels sophistiqués comme les Tejas ou les hélicoptères Apache.
Dans une région où les avions de chasse consomment beaucoup de carburant et peuvent représenter un recours excessif, la simplicité et l’endurance du HTT-40 en font une plateforme idéale pour le largage de drones kamikazes traqueurs, capables de rester en vol plusieurs heures avant de s’autodétruire sur leurs cibles. Cette approche, inspirée d’exemples internationaux tels que l’A-37 Dragonfly des États-Unis pendant la guerre du Vietnam, s’inscrit dans la politique d’autonomie stratégique indienne (« Aatmanirbhar Bharat »), en mettant à profit des équipements indigènes pour délivrer une puissance de feu à distance à moindre coût.
Le Nord-Est indien, qui regroupe huit États et environ 45 millions d’habitants, reste une zone de tensions ethniques et d’instabilités, malgré des accords de paix conclus avec certains groupes armés comme le NSCN-IM. Les affrontements ethniques de 2025 dans le Manipur, issus de rivalités entre Meitei et Kuki, ont provoqué le déplacement de 60 000 personnes et attiré des insurgés basés au Myanmar, selon le ministère de l’Intérieur. Ces opérations exigent une capacité de réaction rapide, avec des raids menés à 100-300 km des bases de Tezpur ou Jorhat, dans des zones de jungle difficiles d’accès. Or, engager des Rafale ou des Su-30MKI pour ces missions serait financièrement disproportionné, chaque sortie coûtant entre 5 et 10 crores de roupies (environ 600 000 à 1,2 million d’euros) en carburant et maintenance, tandis que les hélicoptères Dhruv sont vulnérables aux embuscades dans les vallées escarpées.
Les munitions traqueuses (loitering munitions) apportent une solution adaptée. Ces drones suicides, transportables à la main ou lancés depuis un véhicule, comme le Nagastra-1 du DRDO (portée 15-30 km) ou le Rudrastra à venir (portée jusqu’à 100 km), permettent une surveillance persistante et frappent avec des ogives de 1 à 5 kg, limitant les dommages collatéraux. Des start-up comme Flying Wedge Defence and Aerospace ont présenté un modèle avec une portée de 100 km lors du salon Aero India 2025, tandis que Solar Industries développe un système capable d’atteindre 900 km, dans le cadre d’appels d’offres de l’armée. Le lancement aérien de ces munitions depuis un avion d’entraînement étend cette portée à 200-400 km, assurant la sécurité de l’équipage face à des menaces comme les MANPADS ou les armes légères dans des secteurs peu protégés.
L’armement du HTT-40 est envisageable. Son fuselage tout métal, avec une dérive en T et un cockpit à bulle, peut supporter des points d’emport sous les ailes, comme l’Embraer EMB-312 Tucano utilisé dans des missions de lutte contre-insurrectionnelle à travers le monde. HAL pourrait installer des pylônes pour 2 à 4 pods de munitions traqueuses, à l’instar de la version armée du Pilatus PC-21 suisse. Des améliorations avioniques, notamment un cockpit « glass » avec radar ELTA optionnel, permettraient d’intégrer des systèmes EO/IR pour le ciblage, connectés au réseau Akashteer de l’armée pour un guidage en temps réel. Le coût d’un HTT-40 est d’environ 100 crores de roupies (~12 millions d’euros), contre 500 crores pour un Tejas, avec un coût à l’heure de vol estimé entre 50 000 et 100 000 roupies (~600 à 1 200 euros), adapté à des patrouilles longues de 4 à 6 heures.
| Caractéristique | HTT-40 de base | Potentiel version COIN armée |
|---|---|---|
| Charge utile | N/A (avion d’entraînement) | 500-800 kg (2-4 pods de munitions) |
| Rayon d’action / Endurance | 1 000 km / plus de 4 h | 1 300 km avec réservoirs additionnels |
| Coût horaire | ~50 000 roupies | ~100 000 roupies (munitions incluses) |
| Munition adaptée | – | Nagastra-1/3 (30-50 km), drone FWDA (100 km) |
| Exemple mondial | – | A-37 Dragonfly, EMB-312 Tucano |
L’adoption du HTT-40 pour cette double fonction présente plusieurs avantages majeurs. Premièrement, la sécurité à distance : lancer des munitions traqueuses depuis 150 km place l’avion hors de portée des armes légères, un facteur crucial dans des combats asymétriques où les insurgés se dissimulent parmi la population civile. Deuxièmement, la persistance : une seule mission pourrait déployer quatre drones de 100 km de portée, chacun pouvant rester en vol 2 à 4 heures pour des missions ISTAR (Renseignement, Surveillance, Acquisition de cibles, Reconnaissance) avant de recevoir l’ordre de frappe, surpassant ainsi la limite de 40 km de l’artillerie tube. Troisièmement, l’économie : chaque munition coûte entre 10 et 20 lakhs de roupies (~12 000 à 24 000 euros), bien moins cher que les missiles BrahMos évalués à environ 50 crores, rendant cette solution évolutive pour les opérations dans le Nord-Est et libérant les Apaches pour des missions à plus haut risque au long de la Ligne de Contrôle Actuel (LAC).
Techniquement réalisable, le système de commandement-et-contrôle IACCS de l’IAF relie les avions d’entraînement aux contrôleurs au sol, tandis que les essais de l’armée, comme l’appel d’offres d’avril 2025 sur des drones mobiles à 300 km de portée, pourraient intégrer le HTT-40 dans des exercices conjoints. Dans le cadre des opérations aux frontières avec le Myanmar, où les insurgés nord-est indiens trouvent refuge, la capacité de frappes à distance depuis le ciel permet de contrer efficacement les flux transfrontaliers sans provoquer d’escalade.
Cependant, certains évoquent des limites : les avions d’entraînement comme le HTT-40 ne disposent pas de sièges éjectables adaptés au combat intensif (même si le HTT-40 offre des options « zero-zero »), ni de cockpit blindé, ce qui les expose aux tirs au sol. Le redéploiement vers des missions armées pourrait aussi perturber la formation, la flotte étant limitée à 70 exemplaires, et une certification pour armement nécessiterait 12 à 18 mois. Néanmoins, ces inconvénients restent modestes au regard des bénéfices : les données mondiales sur la lutte contre-insurrectionnelle montrent que les avions d’entraînement armés subissent jusqu’à 70 % moins de pertes que les chasseurs en raison de leur faible signature.