Article de 1132 mots ⏱️ 6 min de lecture

L’Armée de l’air indienne (IAF) s’apprête à renforcer considérablement ses capacités de combat aérien grâce à l’intégration des missiles air-air à très longue portée indiens Astra Mk3 (Gandiva) et européens MBDA Meteor sur ses chasseurs Tejas Mk1A et les futurs Tejas Mk2. Cette évolution majeure, confirmée par Hindustan Aeronautics Limited (HAL), est appelée à modifier l’équilibre aérien en Asie du Sud.

La portée supérieure de ces missiles, combinée aux performances avancées des plateformes Tejas, pourrait contraindre l’Armée de l’air pakistanaise (PAF) à adopter une posture défensive, reculant jusqu’à 200 km à l’intérieur de son propre espace aérien. Cette reconfiguration serait d’autant plus problématique que le Pakistan dispose d’une profondeur stratégique limitée à moins de 400 km dans des zones clés, fragilisant la capacité de la PAF à protéger ses bases aériennes et ses installations militaires contre d’éventuelles frappes indiennes.

Le missile indigène Astra Mk3 “Gandiva” : Dernier-né des missiles air-air à très longue portée (BVRAAM) développés par l’Organisation indienne de recherche et développement en défense (DRDO), le Gandiva offre une portée pouvant atteindre 340 km dans des conditions optimales. Propulsé par un système à ramjet à propergol solide (SFDR), il atteint des vitesses de l’ordre de Mach 4,5.

Le Gandiva surpasse ainsi la plupart des missiles contemporains, notamment le chinois PL-15 (200–300 km) et l’américain AIM-120D AMRAAM (120–160 km). Son système de guidage radar actif, sa capacité à engager des cibles en variations d’altitude verticales (±10 km) et sa résistance aux brouillages électroniques en font une arme redoutable contre les cibles à haute valeur comme les chasseurs, les AWACS et les ravitailleurs à longue distance. Sa « zone sans échappatoire » (no-escape zone – NEZ) est nettement plus étendue que celle des missiles actuellement en service dans la PAF, conférant à l’IAF un avantage décisif en première frappe.

Le missile européen MBDA Meteor : Déjà en service sur les Rafale de l’IAF, ce missile à propulsion ramjet offre une portée dépassant 200 km, pouvant atteindre 300 km en conditions optimales. Grâce à sa vitesse maintenue, sa manœuvrabilité élevée et une NEZ importante, le Meteor permet des engagements à longue distance avec une précision accrue via un data-link bidirectionnel et un radar actif. L’intégration prévue du Meteor sur les Tejas Mk1A (à partir du 41e appareil, équipé du radar AESA Uttam indien) et sur le futur Tejas Mk2 marque un saut qualitatif dans la capacité de frappe aérienne à longue portée de l’IAF.

Tejas Mk1A et Mk2 : des plateformes de domination aérienne

Le Tejas Mk1A est un chasseur multirôle léger de 4,5e génération. Doté du radar AESA Uttam avec 912 modules TRM, il peut suivre plus de 50 cibles à plus de 150–200 km. Son système de guerre électronique, incluant des brouilleurs de protection propre, améliore sa survivabilité face aux radars ennemis et aux missiles. L’intégration des Gandiva et Meteor, en complément des Astra Mk1 (100–110 km) et ASRAAM pour le combat rapproché, fait du Mk1A une plateforme polyvalente, capable de dominer tant au-delà de la portée visuelle (BVR) qu’en combat rapproché (WVR). L’IAF a commandé 123 exemplaires, avec un second lot envisagé de 97 appareils, soulignant son rôle stratégique.

Le Tejas Mk2, un chasseur moyen prometteur attendu pour 2030, accentuera cette supériorité. Propulsé par un moteur GE F414 plus puissant, il offrira une capacité d’emport de 6,5 tonnes contre 3,5 tonnes pour le Mk1A, ainsi que des équipements avioniques avancés. Conçu pour remplacer des avions plus anciens comme le Mirage 2000 et le MiG-29, il exploitera pleinement la portée et la précision des Gandiva et Meteor, renforçant sa capacité en supériorité aérienne, frappes au sol et lutte électronique. Sa cellule plus grande et son radar étendu optimiseront l’utilisation de ces missiles, faisant du Mk2 un pilier essentiel de la flotte de l’IAF.

Cette montée en puissance contrarie lourdement la PAF, qui s’appuie principalement sur ses JF-17 Block III équipés des missiles PL-15E (portée d’environ 145 km) et un nombre plus réduit de J-10CE également compatibles PL-15E. Ces derniers, propulsés par des roquettes classiques, perdent de l’énergie en phase finale, contrairement aux systèmes à ramjet des Gandiva et Meteor. Lors de l’Opération Sindoor en mai 2025, l’emploi des PL-15E par la PAF, depuis des J-10C avec soutien AEW&C, a révélé des faiblesses dans sa défense aérienne, face à la contre-attaque efficace des Rafale et Su-30MKI indiens armés de Meteor et R-77. L’IAF a identifié les limites du PL-15E, notamment sa dépendance à un guidage externe et sa vulnérabilité aux brouillages.

La portée respective de 340 km du Gandiva et de 200–300 km du Meteor permet aux chasseurs indiens d’engager la PAF depuis l’espace aérien indien, ciblant des patrouilles le long de la ligne de contrôle (LoC) ou bien plus profondément à l’intérieur du Pakistan. L’analyste pakistanais Masood, cité par Defence News India, a averti que la portée du Gandiva « dépasse de plus de 200 km le missile à plus longue portée de la PAF », obligeant cette dernière à manœuvrer 200 km à l’intérieur de son territoire pour éviter un engagement précoce. Or, avec une profondeur stratégique limitée à moins de 400 km dans des secteurs clés comme le Pendjab et le Sindh, un recul aussi vaste exposerait des bases cruciales, telles que Sargodha ou Jacobabad, ainsi que des installations de l’armée pakistanaise, à des frappes rapides et difficiles à contrer.

La posture de défense aérienne de la PAF, historiquement centrée sur la protection des bases plutôt que le contrôle intégral du territoire, peine à s’adapter aux capacités de frappe longue portée de l’IAF. L’Opération Sindoor a souligné ces lacunes, avec 11 bases aériennes pakistanaises touchées, ainsi que des damages ciblant radars, dépôts d’armes et pistes d’atterrissage. Le recours aux systèmes chinois LY-80 (HQ-16) et français Mistral VSHORAD, associés à une faible intégration entre la PAF et les unités de défense anti-aérienne de l’armée, restreignent la réaction coordonnée face aux attaques indiennes. Enfin, avec environ 400 appareils de combat, dont seulement 45–50 JF-17 Block III et 20 J-10CE capables d’utiliser le PL-15E, la PAF est nettement désavantagée face à plus de 600 appareils de l’IAF, renforçant l’écart technologique et quantitatif.