Alors que le Pakistan envisage d’intégrer un escadron des chasseurs furtifs de cinquième génération chinois Shenyang J-35A pour contrer la flotte indienne de Rafale, le moteur provisoire WS-21 de cet appareil, capable de développer jusqu’à 93 kN de poussée, promet un bond significatif en matière de furtivité aérienne et de polyvalence multirôle. Toutefois, des analystes de la défense mettent en garde : ce moteur d’origine chinoise et son fuselage de 28 tonnes, conçu initialement pour des opérations depuis un porte-avions, pourraient montrer leurs limites dans les conditions difficiles des théâtres d’opérations sud-asiatiques. Optimisé pour le niveau de la mer, le J-35A pourrait en effet subir des restrictions de charge utile en haute altitude, notamment à Skardu, ainsi qu’une perte de performance dans les plaines humides et poussiéreuses du Pendjab, ce qui pourrait réduire son efficacité face aux forces aériennes adaptées au terrain comme l’Indian Air Force (IAF).
Le J-35A, dérivé terrestre du chasseur embarqué J-35, a vu sa mise en production accélérée après sa présentation au Salon aéronautique de Zhuhai en novembre 2024. Le Pakistan serait le premier client avec une livraison prévue dès le premier trimestre 2026. Propulsé par deux turboréacteurs WS-21, évolution de la série WS-13, ce moteur fournit une poussée de 87 à 93 kN avec postcombustion, permettant d’atteindre Mach 1,8 et un plafond opérationnel de 16 000 mètres. Une future amélioration avec le moteur WS-19 pourrait porter cette poussée à 98 kN, mais à ce stade, la fiabilité du WS-21 en contexte terrestre, loin des environnements maritimes, reste à démontrer.
La conception du J-35A est héritée de sa version embarquée, avec un train d’atterrissage renforcé et des matériaux résistants à la corrosion, optimisée pour des frappes à basse altitude au-dessus de la mer. Cependant, ces caractéristiques exposent l’appareil à certaines faiblesses lorsqu’il opère à l’intérieur des terres. Avec un poids maximal au décollage de 28 tonnes, il peut emporter une charge utile respectable de 7 tonnes dans ses soutes internes, composée de missiles PL-15 ou de bombes à guidage laser. Mais en conditions « hot and high » – chaud et en haute altitude – la densité de l’air réduite diminue considérablement l’efficacité des moteurs, provoquant une chute de poussée de 20 à 30 % et limitant la capacité en carburant et armement embarqué.
Cette réalité affecte directement la force aérienne pakistanaise (PAF), notamment ses bases avancées comme Skardu située à 7 500 pieds (2 286 mètres) d’altitude, stratégique pour la surveillance du Gilgit-Baltistan, mais redoutable pour un appareil non optimisé. Des exercices récents à haute intensité ont démontré l’importance de cette base pour contrer les incursions indiennes, toutefois le calibrage du J-35A pour des opérations au niveau de la mer pourrait le contraindre à réduire sa charge utile à la moitié, limitant ainsi son rayon d’action. Ce problème rappelle celui rencontré par les chasseurs embarqués adaptés aux plateaux tibétains. « Cet avion de 28 tonnes ne pourra pas emporter de grosses charges en haute altitude car ses moteurs et sa cellule ont été conçus pour une utilisation maritime », notent les analystes. Cette contrainte pourrait pousser les pilotes pakistanais à renoncer aux munitions à longue portée pour privilégier le combat rapproché, domaine où les Su-30MKI de l’IAF, éprouvés dans la région du Ladakh, conservent un avantage certain.
Même dans les plaines du Pendjab, le J-35A fait face à de lourdes contraintes environnementales. Ce cœur opérationnel, avec les bases PAF de Sargodha et Rafiqui, est souvent traversé par des tempêtes de poussière persistantes et une humidité marquée en saison de mousson. Ces conditions accélèrent l’usure des moteurs, provoquant des dommages dus à l’ingestion de corps étrangers et des arrêts du compresseur. Des études mondiales démontrent que les aérodromes poussiéreux peuvent diviser par deux la durée de vie des moteurs à réaction, le passage du sable fondant les pales des turbines en quelques heures seulement. Bien que robustes, les moteurs chinois WS-21 ne bénéficient pas des technologies avancées de séparation des particules présentes sur certains moteurs occidentaux, comme les séparateurs inertiels du F135, ce qui expose le motoriste à des révisions fréquentes dans le climat sec et abrasif pakistanais.
« D’autres défis surgiront lors des opérations dans le Pendjab et régions similaires, où les conditions humides et poussiéreuses provoqueront une perte de puissance », souligne une évaluation. L’humidité favorise la corrosion des revêtements furtifs tandis que les décollages chargés en poussière pourraient réduire le temps moyen entre deux révisions (MTBO) du WS-21, déjà un point faible reconnu de cette famille de moteurs. Lors de l’ »Opération Sindoor » en mai 2025, les J-10C de la PAF ont obtenu de bons résultats dans le ciel du Pendjab, mais un déploiement à grande échelle des J-35A nécessiterait des infrastructures adaptées, comme des hangars filtrés et des prises d’air humidifiées, contraintes budgétaires qu’Islamabad pourrait avoir du mal à assumer.
Avec une poussée de 93 kN, le WS-21 place le J-35A comme un concurrent crédible au F-35 sur le papier : moteur bi-réacteur pour la redondance et la survie, radar AESA pour le combat au-delà de la portée visuelle (BVR). Cependant, les contraintes opérationnelles réduisent l’ambition d’un « chasseur supérieur mondial ». Face à une IAF combinant Rafale (rapport poussée/poids de 1,13) et variantes Tejas adaptées à la haute altitude, le J-35A pourrait exceller dans les pénétrations à basse altitude mais céder du terrain dans les zones montagneuses contestées, un écho aux difficultés rencontrées par le FC-31 lors des premiers essais à l’export.