Le dirigeant chinois Xi Jinping recevra le Premier ministre indien Narendra Modi pour la première fois depuis sept ans, marquant une nette amélioration des relations tendues entre les deux voisins, un apaisement largement favorisé par la guerre commerciale mondiale menée par le président américain Donald Trump.
Modi participe à partir du dimanche 31 août au sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). Plus de vingt chefs d’État, dont Vladimir Poutine pour la Russie et Masoud Pezeshkian pour l’Iran, seront également présents à ce forum régional.
La participation de Modi, en tant que dirigeant de la plus grande démocratie mondiale et d’un pays qui entretenait jusqu’à récemment des relations diplomatiques et commerciales cordiales avec les États-Unis, illustre comment l’approche de Trump a éloigné certains alliés tout en rapprochant certains adversaires.
Xi Jinping, qui se présente comme un leader fiable dans un ordre mondial multipolaire, entend tirer parti lors de ce sommet des inquiétudes suscitées par l’imprévisibilité et le caractère colérique de Trump.
L’administration Trump a imposé des droits de douane à hauteur de 50 % sur les exportations indiennes, doublant ainsi le tarif initial en représailles à l’achat par l’Inde de pétrole russe. Si Pékin reste officiellement en trêve commerciale avec Washington, les tensions demeurent élevées.
« Trump a créé un contexte qui amène les deux parties à se montrer plus disposées à s’accommoder mutuellement », analyse Manoj Kewalramani, président du programme sur l’Indo-Pacifique au sein du think tank Takshashila Institution à Bengaluru.
Pour Xi, ce sommet est une opportunité de consolider son influence grandissante. Il souhaite que Modi montre qu’Inde ne suit pas le leadership américain dans la politique de containment vis-à-vis de Pékin, en particulier dans le Sud global, selon les experts.
Les relations entre les deux puissances nucléaires ont atteint leur point le plus bas depuis des décennies après un affrontement mortel en 2020 dans l’Himalaya. Ce conflit a marqué un tournant : de nombreuses applications chinoises, y compris le très populaire TikTok, ont été interdites en Inde, accompagnées d’appels au boycott des produits chinois.
Sur leur front commun long de 3 500 km, la Chine a construit plusieurs villages à différents points stratégiques pour affirmer son influence et fournir un appui logistique à ses forces armées.
Le gel des relations a commencé à se dénouer en octobre 2024, un mois avant la réélection de Trump, lorsque Modi avait rencontré Xi en marge du sommet des BRICS en Russie.
Début 2025, les deux pays ont décidé de reprendre les vols directs suspendus depuis la pandémie, et la Chine a rouvert un site de pèlerinage tibétain aux Indiens après cinq ans d’interruption.
Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, en visite à New Delhi la semaine dernière, a appelé à ce que les deux nations se considèrent « comme des partenaires et des opportunités, non comme des rivaux ou des menaces ».
Modi s’est montré tout aussi optimiste : « Des liens stables, prévisibles et constructifs entre l’Inde et la Chine contribueront de manière significative à la paix et la prospérité régionales et mondiales », a-t-il déclaré sur les réseaux sociaux.
La carte Trump
Ce rapprochement timide gagne en dynamisme, notamment en raison de l’approche non conventionnelle de Trump à l’égard tant des alliés que des rivaux.
Inde, cinquième puissance économique mondiale et un des plus importants partenaires commerciaux des États-Unis, est particulièrement affectée par cette guerre commerciale, affichant l’un des taux de droits de douane les plus élevés au monde.
Malgré cela, Modi a maintenu sa position et a déclaré début août qu’il était prêt à « payer un lourd tribut » pour protéger les secteurs agricoles, de la pêche et des produits laitiers indiens.
Pékin, premier acheteur de pétrole russe, a pris la défense de New Delhi face à ces tarifs. « Dans de telles circonstances, le silence ou le compromis ne font que renforcer l’intimidateur », a souligné l’ambassadeur chinois en Inde, Xu Feihong, la semaine dernière, en désignant implicitement Washington.
Cette démarche chinoise envers l’Inde traduit la volonté de Pékin d’assurer une stabilité à ses frontières dans un contexte de relations plus tendues avec les États-Unis.
Globalement, la Chine cherche à stabiliser ses liens avec ses voisins. Le désescalade des tensions avec l’Inde est à ce jour l’effort le plus fructueux.
Cette détente commence à porter ses fruits. Contrôlant la majeure partie de l’extraction et quasi toute la transformation des terres rares, un secteur dans lequel elle exerce un quasi-monopole, la Chine aurait consenti une concession à l’Inde en promettant de répondre aux besoins des entreprises indiennes en matériaux de terres rares.
Les terres rares sont indispensables à plusieurs industries clés, dont l’automobile, la défense, la santé et l’électronique. Or les récentes restrictions à l’exportation chinoises avaient entravé l’approvisionnement en aimants à terres rares nécessaires à l’industrie automobile indienne.
Au terme de la visite de Wang à New Delhi, l’Inde et la Chine ont également défini des mesures afin de coordonner leurs efforts sur les questions frontalières, un point de friction récurrent dans leurs relations.