La DRDO et l’Agence de développement aéronautique (ADA) envisagent de transformer les premiers prototypes de l’avion de combat léger (LCA) Tejas en plates-formes sans pilote afin de tester des systèmes de contrôle de vol autonomes de nouvelle génération, des capteurs spécialisés et des liaisons de données avancées pour opérations à distance. Cette initiative vise à renforcer les capacités aérospatiales de l’Inde dans un contexte technologique en rapide évolution.
Alors que le programme Tejas approche de la fin de sa phase de production prévue, avec environ 220 appareils des variantes Mk1 et Mk1A devant être livrés dans les 6 à 7 prochaines années, la DRDO et l’ADA souhaitent réutiliser les anciens prototypes. Ces derniers ne peuvent pas être modernisés au standard Mk1A en raison de changements importants dans la cellule et l’architecture interne. Leur reconversion en bancs d’essai autonomes permettra de développer des technologies avancées d’intelligence artificielle (IA) visant le niveau 5 d’autonomie, étape majeure vers les futurs systèmes de combat aérien au-delà des programmes AMCA et Ghatak, avec une vision à 20-30 ans.
La conversion proposée portera sur plusieurs axes :
- Systèmes autonomes de contrôle de vol : L’objectif principal est de concevoir un système de contrôle autonome de niveau 5, capable d’exécuter des missions complètes sans intervention humaine, incluant la planification, la prise de décision en temps réel et l’adaptation aux conditions changeantes. À ce jour, les systèmes d’autonomie exploités se situent aux niveaux 2 ou 3, nécessitant une supervision humaine pour les décisions critiques. Le niveau 5 permettrait à l’avion d’opérer indépendamment des missions complexes, telles que le combat air-air, la reconnaissance ou les frappes, tout en répondant aux menaces comme les défenses ennemies ou la guerre électronique.
- Capteurs spécialisés : Les plateformes Tejas sans pilote intégreront des capteurs avancés, tels que les radars à balayage électronique actif (AESA), les systèmes électro-optiques/infrarouges (EO/IR) et les radars à synthèse d’ouverture (SAR). Ces équipements amélioreront sensiblement la conscience situationnelle, la navigation autonome, la détection des cibles et l’évaluation des menaces sans intervention humaine.
- Liaisons de données pour le contrôle à distance : Bien que l’objectif final soit une autonomie complète, la mise en place de liaisons données sécurisées à haut débit permettra la surveillance à distance et une intervention humaine optionnelle. Ces connexions assureront une communication fiable avec les centres de commande au sol ou aéroportés, essentielle pour valider le comportement autonome dans des environnements de guerre connectés.
Le niveau 5 d’autonomie : un saut technologique pour la guerre aérienne future
Ce projet ambitionne de dépasser les systèmes pilotés à distance – comme les drones Rustom de l’Inde – et les systèmes semi-autonomes actuels. Un appareil autonome de niveau 5 peut planifier et mener ses missions seul, s’adapter à des contextes dynamiques et prendre des décisions indépendantes telles que contourner les défenses adverses, sélectionner les cibles prioritaires ou coordonner des opérations en essaim ou réseau. La DRDO et l’ADA envisagent de développer une intelligence artificielle plus performante et coûteuse que celles des drones télépilotés, marquant une avancée significative dans le domaine.
À noter que cette démarche se distingue des programmes en cours, comme le chasseur furtif de 5e génération AMCA ou le drone de combat autonome Ghatak en développement. Les bancs d’essai autonomes Tejas sont conçus pour préparer les plateformes de la génération d’après 2045, intégrant des concepts tels que la coopération homme-machine (MUM-T), les essaims de drones ou des avions entièrement autonomes capables de fonctionner dans des environnements contestés avec un minimum d’intervention humaine.
À l’échelle mondiale, le développement de systèmes aériens autonomes progresse rapidement, avec des projets comme le Collaborative Combat Aircraft (CCA) de l’US Air Force, le Future Combat Air System (FCAS) en Europe ou le drone furtif chinois GJ-11. L’ambition indienne de maîtriser l’autonomie de niveau 5 vise à s’insérer dans cette dynamique, ouvrant la voie à d’éventuelles exportations de plateformes sans pilote. Ces prototypes Tejas serviront également à valider des technologies destinées au drone Ghatak, attendu dans les années 2030, et à orienter la conception de futurs chasseurs de 6e génération dotés d’intelligence artificielle avancée et de capacités MUM-T.
Le projet reste toutefois confronté à des défis majeurs. La réalisation d’une autonomie complète implique des avancées en IA, apprentissage automatique et algorithmes de prise de décision en temps réel, domaines dans lesquels l’Inde développe encore ses compétences. L’adaptation de capteurs et liaisons vers des prototypes Tejas anciens nécessitera des modifications importantes, compte tenu des différences structurelles et internes avec les modèles actuellement produits. Par ailleurs, le développement du moteur Kaveri (KDE), malgré ses progrès, doit surmonter les difficultés historiques liées à sa fiabilité et ses performances.
Selon les informations disponibles, la mise en œuvre concrète de la transformation est planifiée à moyen terme, dans un horizon de 5 à 7 ans, en phase avec la fin de la production Tejas autour de 2030-2032. Ce calendrier permettra à la DRDO et l’ADA de perfectionner les technologies grâce aux programmes parallèles comme le drone Ghatak ou le moteur de 25 kN pour les drones HALE développés par HAL. Les contraintes budgétaires, la complexité technique et la nécessité de coopérer avec des acteurs privés tels que Tata Advanced Systems ou des partenaires internationaux dans les domaines de l’IA et des capteurs impacteront également le rythme des avancées.