Dans une avancée majeure vers l’autonomie énergétique, l’Organisation de Recherche et de Développement pour la Défense (DRDO) a inauguré en octobre 2024 la Land Based Test Facility (LBTF) à Visakhapatnam. Ce centre de pointe est dédié à la validation des modules de batteries au lithium-ion destinés à la flotte de sous-marins de la Marine indienne. Conçue pour simuler les exigences énergétiques en immersion, cette installation comprend une réplique de compartiment de batterie sous-marine équipée de dispositifs de charge et de décharge avancés, permettant des démonstrations rigoureuses des performances dans des conditions contrôlées. La LBTF accélérera l’intégration de ces batteries à haute densité dans les sous-marins du projet 76, renforçant ainsi l’endurance et la furtivité dans les ambitions navales indiennes.
La LBTF constitue une étape clé dans la volonté de la DRDO de développer des solutions énergétiques indigènes, particulièrement pour la transition de la Marine qui remplace ses batteries traditionnelles au plomb-acide par des batteries lithium-ion offrant une densité énergétique 2 à 3 fois supérieure. Ce changement, déjà validé sur des plateformes telles que la classe Kalvari, permet une réduction du poids d’environ 40 %, prolonge les patrouilles sous-marines à plus de 21 jours, améliore la capacité d’accélération pour les manœuvres d’évasion, tout en réduisant considérablement la signature acoustique qui pourrait trahir la position du sous-marin. Située au sein du Naval Science and Technological Laboratory (NSTL) de Visakhapatnam, cette installation a été inaugurée en présence des plus hauts responsables de la DRDO et de la Marine, témoignant d’une collaboration étroite avec des tests initiaux déjà lancés pour certifier les modules sous des pressions extrêmes simulant des plongées jusqu’à 300 mètres.
Le cœur de la LBTF est une reproduction d’un compartiment batterie de sous-marin, conçue pour reproduire les conditions d’humidité et de vibrations intenses propres à la coque résistante d’un véritable submersible. Les stations de charge tirent leur énergie d’un réseau terrestre simulant une source nucléaire, tandis que les dispositifs de décharge reproduisent les charges de propulsion observées lors de navigations silencieuses ou à grande vitesse. Des protocoles de sécurité stricts, incluant suppression automatique des incendies et détecteurs de surchauffe, sont mis en place pour contrer les risques spécifiques aux batteries lithium-ion, en tirant parti des enseignements retirés d’incidents internationaux afin d’assurer une exploitation totalement sécurisée.
Peu après son inauguration, la LBTF a déjà réalisé plusieurs cycles complets, avec plus de 500 boucles de charge-décharge validant une durée de vie opérationnelle dépassant les 1 000 cycles – un seuil décisif pour la viabilité en conditions réelles. Un directeur du NSTL a souligné lors de la cérémonie : « Ce crucible terrestre limitera les risques lors des essais en mer, garantissant une alimentation silencieuse sans compromis », mettant aussi en avant le système de télémétrie en temps réel qui accélère l’analyse des données, réduisant les délais de validation de plusieurs mois à quelques semaines.
La pièce maîtresse de la LBTF est le projet 76, la ambitieuse initiative de la Marine indienne pour développer six sous-marins d’attaque conventionnels (SSK) indigènes destinés à remplacer la flotte vieillissante de la classe Sindhughosh d’ici 2035. D’un coût estimé à plus de 40 000 crores de roupies, ce programme, attribué à des chantiers navals nationaux tels que Mazagon Dock, prévoit la construction de sous-marins de 2 000 tonnes dotés de systèmes de lancement vertical pour missiles BrahMos, de torpilles indigènes et de la propulsion indépendante de l’air (AIP) permettant des missions immergées de trois semaines. Les batteries lithium-ion validées par la LBTF donneront un élan décisif à ces sous-marins, leur offrant des transits plus rapides à travers la mer d’Arabie et des incursions stratégiques renforcées dans des zones comme la mer de Chine méridionale.