La marine chinoise connaît une croissance sans précédent depuis le milieu des années 2010, au point où, selon des analyses occidentales basées sur des données ouvertes et imagerie satellitaire, les chantiers navals chinois construisent en cinq ans un nombre de navires de guerre équivalant à toute la flotte française. Cette dernière compte environ 130 navires, toutes catégories confondues, contre plus de 370 bâtiments de combat pour la Chine, sans compter la flotte grise composée de navires à double emploi, de garde-côtes lourdement armés et de flottes de milice maritime.
Un budget en forte hausse et une industrialisation massive
En 2026, la Chine a alloué près de 280 milliards de dollars à son budget de défense, soit une hausse d’environ 7 % par rapport à l’année précédente. Cette enveloppe ne détaille pas spécifiquement les programmes de construction navale, mais des estimations extérieures suggèrent que le véritable effort réel est supérieur aux chiffres officiels.
Les principaux chantiers chinois se sont réorganisés pour produire en série des destroyers, fragates, navires amphibies et ravitailleurs, et disposent de multiples docks secs capables de construire simultanément plusieurs bâtiments lourds, notamment sur l’île de Hainan où la base navale de Yulin est en pleine expansion.
Trois porte-avions, dont un à catapultes électromagnétiques
Depuis 2012, la Chine a mis en service trois porte-avions : le Liaoning et le Shandong, tous deux à rampe d’envol inclinée, et le Fujian, équipé de catapultes électromagnétiques, une technologie améliorant la mise en œuvre d’appareils plus lourds et plus puissants. En comparaison, la France ne dispose que du Charles de Gaulle, unique porte-avions à catapultes en service, entré en opération en 2001, dont le successeur n’est pas attendu avant la fin des années 2030.
Une marine française polyvalente mais dispersée
La Marine française répartit ses moyens sur trois océans à travers ses bases outre-mer, garantissant la dissuasion nucléaire avec quatre SNLE et opérant des sous-marins d’attaque de classe Suffren. En mars 2026, 83 % des 23 principaux navires de surface français étaient déployés simultanément, un taux élevé qui impose une usure rapide des bâtiments.
Le rapport parlementaire souligne la nécessité d’au moins dix-huit frégates lourdes pour maintenir une capacité d’escorte et de présence suffisante, un seuil actuellement menacé par les limitations budgétaires et les délais de production. Les chantiers français livrent entre une et deux frégates par an dans les meilleures années, loin de pouvoir rivaliser avec le rythme chinois.
Des objectifs stratégiques distincts
La stratégie navale chinoise vise à dominer les mers proches, imposer un contrôle sur Taïwan, la « première chaîne d’îles » de l’Asie de l’Est, et contrer la présence américaine dans la région Indo-Pacifique. À l’inverse, la France concilie des missions de dissuasion nucléaire, de présence maritime mondiale, de protection des espaces ultramarins et d’interopérabilité avec ses alliés. Cette dispersion implique une gestion complexe des forces et des moyens.
Une supériorité quantitative à relativiser
Si la supériorité numérique de la flotte chinoise est indéniable, la valeur militaire ne se mesure pas uniquement au nombre de coques. La compétence des équipages, le maintien opérationnel, la capacité de déploiement prolongé, et l’expérience des opérations complexes constituent des atouts majeurs. La marine française bénéficie d’une longue expérience dans ces domaines, avec un déploiement permanent de ses sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et des opérations internationales impliquant son porte-avions.
Enfin, la croissance rapide de la construction navale chinoise matérialise une évolution géopolitique majeure dans l’équilibre des forces maritimes en Asie et dans le monde.
