Des exercices de guerre simulant la transition prévue de la Royal Navy vers des systèmes mixtes, habités et non habités, ont révélé une capacité de missiles multipliée par trois en cas de conflit dans l’Atlantique Nord, selon un ancien officier supérieur de la Royal Navy.
Ces exercices d’entraînement, qui ont testé le concept de Marine Hybride de la Royal Navy, auraient permis une augmentation significative de la puissance de feu, avec une capacité de missiles environ trois fois supérieure pour une confrontation en Atlantique Nord, selon les informations du UK Defence Journal.
L’analyse émane du contre-amiral (à la retraite) James Parkin CB CBE, ancien directeur du développement à la Royal Navy, qui a publié ses réflexions dans la revue Britain’s World, éditée par le Council on Geostrategy. Parkin souligne que l’association de navires de guerre habités hautement performants avec un nombre plus important de systèmes autonomes et télécommandés représente l’une des rares solutions réalistes pour accroître la puissance navale sans augmenter les effectifs ni le coût considérable lié à la construction de nouveaux bâtiments majeurs.
Il précise que les simulations réalisées dans le cadre des exercices hybrides ont démontré une « augmentation substantielle de la puissance de combat et une capacité de missiles multipliée par trois lors d’un affrontement dans l’Atlantique Nord ». Bien que ce résultat provienne de jeux de guerre et non d’une capacité opérationnelle réelle, il donne une idée de l’enjeu recherché à travers la future structure des forces navales britanniques.
Le concept de Marine Hybride a été officiellement introduit dans la revue stratégique de défense 2025, qui prévoit une flotte composée de sous-marins, navires et avions habités très performants opérant de concert avec un nombre bien plus important de systèmes non habités. Le plan d’investissement de défense 2026 a ensuite décrit ce réseau interconnecté de navires habités et d’engins de surface et submersibles autonomes, baptisé Maritime Fighting Web, ainsi que les projets VANQUISH et PANTHEON prévoyant la mise en service d’au moins six navires de combat communs et d’aéronefs autonomes collaboratifs.
James Parkin met en garde contre une interprétation simpliste consistant à voir la Marine Hybride comme un simple remplacement des navires classiques. Il insiste sur la différence entre la lutte pour empêcher l’adversaire de contrôler une mer relativement fermée, comme la mer Noire dans le cas ukrainien, et le contrôle océanique étendu nécessaire pour la Grande-Bretagne et l’OTAN dans l’Atlantique Nord.
« Les systèmes économiques, nombreux et précis ont leur importance, mais le Royaume-Uni doit protéger les routes commerciales océaniques, les bastions de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et les groupes de frappe de l’OTAN opérant loin de leurs ports alliés », écrit-il. La Marine Hybride doit donc rester centrée sur des plateformes habitées haut de gamme, tandis que les systèmes non habités renforcent les capacités de détection, d’armement et de présence persistante.
Le mémoire souligne également des freins réglementaires potentiels. D’après Parkin, les autorisations nécessaires pour faire opérer régulièrement des navires de surface non habités de plus de 24 mètres dans les eaux britanniques ne sont pas encore clairement établies. Aucun engin autonome supérieur à cette taille n’a pour l’instant obtenu l’agrément des autorités maritimes, qu’il s’agisse de la Maritime and Coastguard Agency ou du Defence Maritime Regulator, et ni les sociétés de classification civiles ni les instances techniques navales n’ont validé un tel modèle.
Pour lui, résoudre cette problématique implique plus que de simples modifications réglementaires. Il appelle le ministère de la Défense à exploiter davantage les marges de manœuvre existantes pour expérimenter, à autoriser une approche « apprendre en faisant » et à accepter des échecs maîtrisés lors du développement, plutôt que de laisser des procédures d’approbation lourdes ralentir la mise en œuvre de ces nouveaux systèmes.
Un second obstacle pointé concerne la rapidité avec laquelle les retours d’expérience issus des essais et opérations sont intégrés dans le développement des équipements. Parkin oppose les cycles d’acquisition britanniques traditionnels, pouvant prendre plusieurs mois voire années, à la capacité de développement rapide démontrée en Ukraine. Il évoque la « règle des six » : six heures pour faire remonter un retour utilisateur au fabricant, six jours pour une mise à jour logicielle, six semaines pour des modifications matérielles et six mois pour un remplacement complet si nécessaire.
Ce modèle de retour continu sera indispensable pour que la Marine Hybride tienne sa promesse d’augmenter puissance de feu et masse critique. Parkin prévient également que la réussite du programme nécessitera une expertise maritime spécialisée à chaque étape de l’acquisition et du développement, et ne pourra pas être traitée comme un chantier classique de gestion de projet.
Le principal défi de la Royal Navy demeure le nombre et le coût. Parkin rappelle que les grands navires européens complexes coûtent désormais entre 2 et 2,5 milliards de livres par unité, tandis que les avions navals spécialisés approchent les 100 millions de livres pièce. Le modèle hybride vise donc à répartir les capacités, traditionnellement concentrées à bord de bâtiments individuels, sur un réseau élargi de plateformes habitées et autonomes.
James Parkin, avec 28 ans de service dans la Royal Navy, dont un mandat de directeur du développement à Navy Command Headquarters entre 2021 et 2025, livre ici une analyse approfondie. Si son point de vue n’est pas une déclaration officielle du ministère britannique de la Défense, il éclaire tant les gains opérationnels potentiels que les défis réglementaires, culturels et techniques que la Marine Hybride devra relever pour devenir une force opérationnelle effective.