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La Suisse confirme la livraison de ses premiers avions de chasse F-35A prévue pour le milieu de l’année 2027, une étape cruciale à la fois pour la sécurisation de son espace aérien et pour la maîtrise des coûts liés à ce programme ambitieux.

Lors d’une déclaration officielle le 16 septembre 2025, le porte-parole d’Armasuisse a confirmé que la Suisse recevra ses F-35A à partir de 2027, directement livrés depuis les installations du constructeur américain Lockheed Martin. Pour le gouvernement fédéral à Berne, il est désormais trop tard pour revenir en arrière, car les F/A-18 Hornet approchent de la fin de leur cycle opérationnel. Les premières livraisons seront effectuées depuis Fort Worth en 2027, suivies des livraisons en provenance de l’usine de Cameri en 2028.

Le contrat signé en septembre 2022 prévoit l’acquisition de 36 F-35A pour un montant de 6,035 milliards de francs suisses. Toutefois, le cadre des ventes militaires à l’étranger des États-Unis ne garantit pas un prix fixe par lot de production, ce qui fait craindre une hausse de la facture finale pouvant atteindre 650 millions supplémentaires, soit jusqu’à 1,3 milliard de francs.

Ce dépassement budgétaire soulève une vive controverse en Suisse, où la limite des 6 milliards de francs a été approuvée par référendum en 2020. L’application de tarifs douaniers additionnels par les États-Unis accentue encore les tensions, en particulier dans un pays très sensible aux questions de souveraineté industrielle et budgétaire.

Le débat public s’est intensifié autour de la taille et de la composition de la flotte. L’ex-astronaute Claude Nicollier plaide pour une flotte élargie à 50 avions afin de répondre aux besoins à long terme de la défense aérienne suisse. D’autres, en revanche, proposent des solutions plus radicales, comme la délégation de la surveillance aérienne à un pays voisin européen. Entre ces positions, le ministre de la Défense Martin Pfister adopte une ligne médiane, maintenant le F-35 comme choix privilégié, tout en se montrant prêt à adapter la taille de la flotte afin de respecter le budget initial, ce qui pourrait réduire le nombre d’appareils commandés à entre 30 et 32 unités.

La Suisse s’est portée sur le F-35A en version Block 4, visant à bénéficier d’un armement élargi, d’une meilleure fusion des données et d’une puissance de calcul accrue. Cependant, un rapport publié par le Government Accountability Office (GAO) des États-Unis le 3 septembre 2025 indique de nouveaux retards ainsi qu’une limitation temporaire des capacités, car le moteur F-135 et le système de refroidissement PTMU n’ont pas encore reçu les mises à jour prévues.

Par ailleurs, Lockheed Martin accuse des délais de livraison plus longs que par le passé, ce qui oblige la Suisse à synchroniser soigneusement l’arrivée du F-35 avec la mise hors service progressive des Hornet.

Le F-35A Lightning II est un chasseur furtif polyvalent conçu pour assurer la supériorité aérienne et le bombardement de précision. Son fuselage est optimisé pour réduire la signature radar, tandis que le radar AESA AN/APG-81, le système de ciblage EOTS et le Système d’Ouverture Distribuée garantissent une couverture à 360 degrés et une détection avancée des menaces.

Le système de visualisation casque projette les données de combat directement dans le champ de vision du pilote, améliorant ainsi la réactivité en combat rapproché et les missions hors ligne de vue. Propulsé par un moteur Pratt & Whitney F135 développant une poussée de 43 000 livres avec postcombustion, l’avion peut atteindre Mach 1,6 et opérer à plus de 15 000 mètres d’altitude, avec un rayon d’action de 2 200 km en carburant interne.

Son armement témoigne de sa grande polyvalence. Il embarque un canon interne M61A2 Vulcan de 20 mm et est capable d’employer les missiles air-air AIM-120 AMRAAM et AIM-9X Sidewinder, ainsi que des munitions guidées JDAM et des bombes à petit diamètre GBU-39. Il peut également lancer le missile AGM-88 HARM destiné à neutraliser les systèmes radar ennemis. Les armes sont stockées en interne pour préserver son invisibilité radar, mais le F-35 peut aussi utiliser six points d’emport externes à condition d’accepter une signature radar plus importante. Cette flexibilité lui permet d’accomplir une large gamme de missions, allant de l’interception à la surveillance aérienne, en passant par le soutien aérien rapproché et la suppression des défenses adverses.

La confirmation des premières livraisons en 2027 place la Suisse parmi les rares États européens à faire du F-35 la colonne vertébrale de leur force aérienne pour plusieurs décennies. L’interopérabilité avec d’autres utilisateurs, la formation conjointe, l’assistance partagée ainsi que l’accès à un réseau logistique continental constituent de sérieux atouts pour ce choix stratégique.

Sur le plan industriel, le projet RIGI, piloté par RUAG, prévoit l’assemblage et les essais de quatre exemplaires en Suisse, générant environ 500 millions de francs suisses en retombées économiques attendues. Au total, les compensations représentent environ 60 % de la valeur totale du contrat, un facteur clé pour le secteur aéronautique national. Cette implication industrielle devrait renforcer l’autonomie en matière de maintenance, garantir l’accès à la chaîne logistique européenne du F-35 et créer des emplois hautement qualifiés.

La question qui demeure concerne la position future de la Suisse dans le cadre des programmes européens de chasseurs. Le GCAP (Global Combat Air Program) d’une part, et le FCAS (Future Combat Air System) d’autre part, proposent deux orientations différentes pour l’ère post-F-35. En favorisant une intégration immédiate au standard occidental dominant, la Suisse pourrait néanmoins réduire son influence et sa participation dans ces projets de nouvelle génération. La décision finale devra harmonieusement concilier trois contraintes majeures : assurer une capacité aérienne crédible, respecter le plafond budgétaire validé par référendum et préserver une flexibilité stratégique dans un environnement où la supériorité aérienne évolue rapidement.