Près d’un mois après le crash d’un hélicoptère MH-60R Seahawk et d’un avion F/A-18F Super Hornet opérant depuis le porte-avions USS Nimitz dans la mer de Chine méridionale, la Marine américaine a annoncé le lancement d’opérations de récupération. Les deux appareils ont été victimes d’incidents survenus à une demi-heure d’intervalle le 26 octobre. Le président Donald Trump avait émis l’hypothèse d’un possible carburant avarié, mais la cause exacte des accidents reste inconnue.
Le commandant Matthew Comer, porte-parole de la 7e Flotte, a indiqué jeudi que le navire de sauvetage USNS Salvor (T-ARS 52), de la classe Safeguard et opéré par le Commandement du Transport Maritime Militaire, était engagé dans la zone pour appuyer les opérations de récupération. Il n’a toutefois pas précisé l’emplacement exact du Salvor, ni si l’un ou l’autre des appareils avait déjà été localisé, ni le délai attendu pour la récupération. Dans un courriel daté du 14 novembre, le commandant Comer avait précisé que la Marine déployait des moyens pour vérifier la zone afin de récupérer les aéronefs.
Selon le site de suivi maritime MarineTraffic.com, la position la plus récente du Salvor était juste à l’est de l’île philippine de Palawan, en mer de Chine méridionale. Le navire avait appareillé des Philippines en direction de Guam, mais sa localisation actuelle demeure incertaine.
La situation géopolitique exacerbe l’enjeu de la récupération
Étant donné la situation tendue et les conflits territoriaux récurrents dans la mer de Chine méridionale, ainsi que la proximité immédiate de la Chine, cette opération de récupération revêt une importance stratégique majeure. Il est crucial d’empêcher que ces aéronefs, ou leurs composants sensibles, ne tombent entre les mains chinoises. Pékin dispose en effet d’importants moyens dans la région, capables de mener des opérations similaires de récupération. De plus, les profondeurs relativement modestes de cette mer favorisent les interventions sous-marines. Comme les États-Unis, la Chine mène des programmes de Reverse Engineering militaire (exploitation de matériel étranger) pour analyser et développer des technologies à partir des équipements récupérés.
Un enjeu technologique et militaire majeur
Les F/A-18E/F Super Hornet embarquent des systèmes très sensibles, notamment le radar à ouverture synthétique à balayage électronique actif AN/APG-79, les dispositifs de guerre électronique, l’identification ami-ennemi, ainsi que des systèmes de communication et de traitement des données sophistiqués, gérés par un logiciel propriétaire. Ces avions ont bénéficié ces dernières années d’importantes améliorations et demeurent un élément clé des groupes aériens embarqués de l’US Navy pour les années à venir.
De leur côté, les hélicoptères MH-60R Seahawk, spécialisés dans la lutte anti-sous-marine, sont dotés de capteurs avancés, de contre-mesures électroniques, de moyens de communication et d’ordinateurs embarqués, technologies extrêmement recherchées par tout adversaire, notamment la Chine.

F/A-18F Super Hornet

Un hélicoptère MH-60R Seahawk fait l’objet d’une opération de récupération en cours.
L’USNS Salvor : un atout essentiel pour les opérations sous-marines
Pour cette mission, la Marine a mobilisé l’USNS Salvor, un navire spécialement conçu pour des opérations de sauvetage en mer, de plongée, de remorquage, de lutte contre les incendies en haute mer, de levage de charges lourdes et d’appui à la sécurité régionale. Selon un document officiel, ce navire est équipé de deux grues puissantes : une grue avant d’une capacité de 7,5 tonnes et une grue arrière pouvant soulever jusqu’à 40 tonnes. Il est également capable de réaliser des levages dynamiques allant jusqu’à 150 tonnes à l’avant ou à l’arrière, et jusqu’à 300 tonnes en combinant les deux zones de levage.
Pour les opérations de plongée, Salvor dispose de systèmes MK 12 et MK 1 permettant aux plongeurs de réaliser des immersions en air comprimé jusqu’à 58 mètres de profondeur. La mise à l’eau s’effectue grâce à une plateforme soulevée par une grue motorisée. À bord, une chambre hyperbare assure la recompression des plongeurs en cas de nécessité, notamment pour traiter les accidents de décompression. Le navire dispose également d’équipements de plongée autonomes destinés aux inspections rapides et à la mobilité sous-marine.

Lors d’une mission de récupération d’avions datant de 2018 près de l’île de Ngerekebesang (République de Palau), le capitaine du Salvor avait souligné sa capacité à mener des opérations complexes grâce à une combinaison rare de puissance de levage et d’équipements de plongée avancés.
« La plus grande force que nous offrons à la Marine est notre capacité à disposer à bord d’une chambre de décompression pour les plongeurs et une forte capacité de levage », expliquait le capitaine Mike Flanagan, marin civil commandant du Salvor. « Ce navire robuste, avec sa grue de 40 tonnes, peut remonter des objets lourds et volumineux du fond océanique. »
Pour mieux illustrer, les F/A-18 Super Hornet affichent un poids maximal au décollage d’environ 33 tonnes, tandis que les MH-60R Seahawk pèsent jusqu’à 11,5 tonnes.
Grâce à sa conception polyvalente, le Salvor a déjà participé à plusieurs opérations de récupération complexes, notamment après l’accident d’un CV-22 Osprey au large du Japon en décembre 2023, qui avait coûté la vie à huit membres d’équipage.

Un marin de la Marine américaine s’élance dans l’eau depuis le pont du USNS Salvor (T-ARS 52) lors d’une opération de plongée dans le cadre de la récupération du CV-22 Osprey, le 25 décembre 2023.
Une opération délicate mais essentielle
La durée nécessaire pour achever la récupération, ou éventuellement démanteler, ces aéronefs est inconnue, tout comme la réussite de l’opération elle-même. La Marine américaine s’est engagée à fournir régulièrement des mises à jour sur l’évolution de ces travaux.