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La Marine indienne s’apprête à franchir une étape majeure dans la modernisation de ses forces navales de surface avec le lancement formel de l’Acceptation de Nécessité (AON) pour le projet ambitieux des Destroyers de Nouvelle Génération (NGD), désignés en interne sous le nom de projet P-18 ou classe P-18.

Lors d’une rencontre avec les médias en marge d’une conférence des commandants de la Marine, le vice-amiral Sanjay J. Vatsayan, vice-chef d’état-major naval, a révélé que la Marine disposait d’un « très bon design » pour ces nouveaux navires de guerre et se disait confiante quant à l’obtention de l’approbation gouvernementale au cours de l’exercice fiscal en cours (2025-26). « Nous espérons recevoir l’AON cette année fiscale et attribuer les contrats dans les deux années à venir », a-t-il indiqué.

Avec un déplacement en charge complet d’environ 11 000 tonnes, les destroyers P-18 deviendront les plus grands bâtiments de combat de surface jamais construits pour la Marine indienne, surpassant les destroyers de classe Kolkata (P-15A) de 7 500 tonnes et de classe Visakhapatnam (P-15B) de 8 200 tonnes, actuellement en service ou en phase d’équipement.

Des sources proches du programme précisent que le projet P-18 constitue un saut générationnel plutôt qu’une simple amélioration progressive. Ces nouveaux navires seront des portes-drapeaux opérationnels et des démonstrateurs technologiques pour une série de systèmes indiens émergents, en cours de maturité simultanément :

  • Radars multifonctions numériques AESA de nouvelle génération équipés de modules en nitrure de gallium (GaN)
  • Mât intégré combinant SIGINT/COMINT et suites de guerre électronique
  • Armes à énergie dirigée (DEW) de haute puissance, entre 50 et 100 kW, pour la lutte anti-drones et antimissiles
  • Prévision d’intégration du missile hypersonique ou supersonique BrahMos-II
  • Propulsion électrique avancée dans une architecture hybride IEP (Integrated Electric Propulsion)
  • Fonctions furtives accrues avec réduction des signatures radar, infrarouges, acoustiques et magnétiques
  • Cellules VLS (Vertical Launch System) étendues, probablement entre 96 et 128, pour les missiles Barak-8 ER, BrahMos, VL-SRSAM et futures armes hypersoniques
  • Points d’expérimentation pour railgun ou projectiles à hypervélocité (HVP)
  • Interopérabilité totale avec des plateformes sans pilote aériennes, de surface et subaquatiques

La classe P-18 devrait aussi afficher un niveau d’automatisation nettement supérieur, permettant de réduire l’effectif de l’équipage de 25 à 30 % par rapport à la classe Visakhapatnam, tout en améliorant la gestion des dommages et la survie du navire en combat.

La construction sera réalisée selon le modèle de partenariat stratégique (SP), avec Mazagon Dock Shipbuilders Ltd (MDL) et Garden Reach Shipbuilders & Engineers (GRSE) comme partenaires indiens probables, associés à un collaborateur étranger encore non désigné pour les systèmes critiques de propulsion et d’intégration du combat. Des sources industrielles indiquent que des discussions préliminaires ont déjà eu lieu avec les principaux acteurs mondiaux, la Marine insistant cependant sur un contenu local maximal, ciblant 70 à 75 % d’indigénisation dès le premier navire.

« Le P-18 ne se résume pas à la question du tonnage, » a expliqué un haut responsable du quartier général naval. « Il s’agit de dominer la région de l’océan Indien dans les années 2040 et au-delà avec des capacités égales ou supérieures à celles de nos voisins régionaux. »