La Marine indienne franchit une étape majeure vers l’autonomie stratégique en intégrant rapidement le missile air-air Beyond Visual Range (BVR) Astra MkII, développé localement, sur ses flotteurs MiG-29K et Rafale M. Cette évolution, présentée en début d’année à Aero India 2025, témoigne de la volonté de moderniser les capacités aéronavales de ses porte-avions.
Le missile Astra MkII, conçu par l’Organisation de Recherche et de Développement en Défense (DRDO), marque une avancée significative dans la technologie des missiles indiens. Avec une portée supérieure à 160 kilomètres, un système de poursuite amélioré pour une acquisition optimale des cibles, et une manœuvrabilité renforcée, il vise à contrer les menaces longue portée telles que les missiles PL-15 pakistanais et PL-17 chinois. La Marine a choisi de privilégier l’Astra MkII plutôt que la version courte portée Astra MkI, comme annoncé le 15 juin 2025, dans le but d’homogénéiser son arsenal, réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers et soutenir l’initiative gouvernementale « Make in India ».
Pour les MiG-29K en service à bord du porte-avions INS Vikramaditya, les travaux d’intégration avancent. Le missile sera adapté au radar Zhuk-ME des appareils, avec des essais complets de tir en vol prévus dans l’année à venir. Les tests opérationnels pourraient débuter d’ici mi-2026, sous réserve des résultats satisfaisants des évaluations au sol et en vol. Cette modernisation étendra considérablement la portée et l’efficacité des escadrons MiG-29K vieillissants, garantissant leur pertinence jusqu’à l’arrivée des plateformes de nouvelle génération.
La commande de 26 Rafale M destinée à la Marine, d’une valeur de près de 7,5 milliards de dollars et signée en avril 2025, intègre directement l’Astra MkII. Les premières livraisons sont attendues en 2029, permettant à ces chasseurs multirôles équipés du radar à réseau électronique actif (AESA) Thales RBE2-AA de déployer ce missile indigène lors des opérations embarquées sur l’INS Vikrant et les futurs porte-avions. En optant dès le départ pour la version MkII, la Marine évite des mises à jour intermédiaires et assure une interopérabilité avec l’arsenal croissant d’armes développées par le DRDO pour l’Armée de l’air indienne.
Parallèlement, l’Armée de l’air indienne prépare aussi l’armement de ses 36 Rafale avec les missiles Astra MkI et MkII, amorçant la retraite progressive des missiles MICA IR/RF importés, dont la portée plafonne à environ 80 kilomètres. Les lacunes du MICA face aux menaces modernes ont accéléré ce tournant vers des systèmes nationaux, avec des validations d’intégration déjà accordées pour l’Astra MkI.
Dassault Aviation, constructeur français, est chargé des modifications logicielles et système nécessaires pour cette compatibilité. L’Astra MkI, déjà éprouvé au combat sur les plateformes Su-30MKI et LCA Tejas, avec une portée de 90 à 110 km et un chercheur radar actif, tiendra le rôle de remplacement immédiat. La version plus avancée MkII devrait être intégrée vers 2026-2027, après la finalisation de ses essais de développement.
Bien que les détails spécifiques sur les mises à niveau du radar ou de l’ordinateur de mission restent confidentiels, ces ajustements sont indispensables pour assurer une compatibilité complète, notamment en vue d’une éventuelle intégration du missile anti-radiation Rudram-1. Ce dernier, conçu pour neutraliser les systèmes de défense aérienne ennemis par une attaque de précision, s’inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer les capacités de frappe à distance du Rafale. Cette évolution pourrait également inclure des variantes anti-navires, comme le NASM-MR, élargissant ainsi le spectre des missions.
La démarche de l’Armée de l’air permet, en plus de réduire les coûts — la famille Astra demeurant plus économique que des options étrangères améliorées telles que le MICA-NG —, de renforcer la collaboration franco-indienne. Les négociations pour l’acquisition de jusqu’à 114 Rafale supplémentaires comprennent désormais des discussions sur l’accès limité au code source, facilitant les intégrations nationales comme Astra et Rudram et nourrissant les échanges techniques avec Dassault.