En janvier 2025, dans la région de Kotlyne, à l’ouest de Pokrovsk en Ukraine, un affrontement singulier a illustré l’évolution du combat moderne face à la saturation des champs de bataille par les drones. Deux positions distinctes, nommées HOMAR et CRAB, ont opposé des destins radicalement différents, révélant une mutation profonde dans la manière de tenir et contester un terrain.
La ligne d’arbre CHAI et ses positions
La position HOMAR, une tranchée ouverte et exposée, a rapidement subi de lourdes pertes face aux frappes aériennes non conventionnelles. À quelques centaines de mètres, CRAB, un simple poste caché au creux de trous de combat dissimulés sous le couvert végétal, a tenu 10 jours contre les mêmes assauts, infligeant des dégâts considérables à l’assaillant.
Cette opposition met en lumière la nécessité vitale de la protection, de la dissimulation et de l’effet de surprise contre la surabondance des drones de reconnaissance et de frappe sur le champ de bataille.
Le champ de bataille s’inscrit désormais sur quatre couches distinctes : la super-aérienne (drônes long-courrier, missiles), la subaérienne (drones à vue première personne en contact direct avec la surface), la surface (combat terrestre traditionnel) et le sous-sol (réseaux souterrains, tunnels).
La tranchée traditionnelle appartenant à la couche de surface ne peut survivre que si elle est connectée à un réseau souterrain sécurisé, sous peine de devenir une cible facile pour les frappes guidées par drones. La mise en œuvre d’une « présence résiduelle », fondée sur une capacité à accéder, observer, communiquer et agir dans la zone contestée, devient ainsi la clé d’une défense efficace et durable.
Les affrontements à Kotlyne ont démontré qu’une petite équipe dissimulée pouvait neutraliser une attaque bien plus massive, modifiant la dynamique des combats face à une supériorité mécanique ou numérique écrasante.
Une guerre augmentée et le rôle déterminant des drones
La saturation des combats par les drones a profondément transformé la tactique : la visibilité thermique (« delta T ») est devenue un critère crucial, déterminant la survie ou la destruction rapide d’une cible. La dissimulation active contribue à réduire cette signature, rendant les combattants moins détectables et plus efficaces.
Les systèmes autonomes prolifèrent plus vite que les doctrines ne s’adaptent, rendant obsolète la simple accumulation de moyens lourds à la surface. À l’inverse, la guérilla moderne mise sur la mobilité, la dispersion, la profondeur et l’ingéniosité technologique, fondées sur une guerre de l’information et de la furtivité.
Les forces ukrainiennes, confrontées à une supériorité russe régulière, ont transformé leur approche en créant notamment plusieurs régiments spécialisés dans la guerre par drones. Ce tournant opérationnel s’est accompagné d’un esprit combatif indomptable (« nezlamnist »), axé sur la résistance prolongée et le harcèlement continu des forces d’invasion.
Vers une nouvelle conception de la ligne de front
La ligne de front traditionnelle a cédé la place à une zone contestée de largeur et de profondeur accrues, où la possession pure et simple du terrain est moins importante que la capacité à y maintenir une présence opérationnelle et clandestine. La zone contestée devient ainsi un engagement complexe où la manœuvre, la surveillance partagée et la communication rapide sont primordiales.
Le combat à Kotlyne symbolise cette mutation tactique : alors que la tranchée HOMAR est devenue une cible facile et a été perdue, la cavité CRAB, bien dissimulée, a permis de ralentir l’avancée adverse, contribuant aux succès ultérieurs des forces ukrainiennes dans la région.
Cette expérience concrète montre que la guerre contemporaine ne saurait être menée selon des modèles anciens, avec des positions fixes et massives visibles, mais requiert une adaptation continue aux nouvelles technologies, notamment l’utilisation renforcée des capacités de drones et de la guerre électronique.
Au-delà de la victoire ou de la défaite locale, elle souligne aussi l’importance d’un commandement décentralisé, capable de synchroniser en temps réel les actions des petites unités dispersées, appuyées par les appuis d’artillerie et les frappes ciblées issues des drones.
En conclusion, la guerre en Ukraine illustre une transformation profonde des modes de combat, où la supériorité technologique impose une stratégie basée sur la furtivité, la flexibilité et un emploi intelligent des drones, bouleversant les paradigmes classiques des guerres de position.
