L’armée allemande met en garde contre l’usage intensif d’attaques hybrides par la Russie, qui recourt notamment à des drones pour sonder les défenses de l’OTAN et identifier d’éventuelles vulnérabilités exploitables en cas de conflit élargi. Ce constat souligne la montée en puissance des méthodes de guerre non conventionnelle visant à tester la réaction des alliés occidentaux.
Le général Carsten Breuer, chef d’état-major de la Bundeswehr, a déclaré au Wall Street Journal que ces attaques hybrides se produisent quotidiennement au sein de l’OTAN, affectant particulièrement les pays situés sur le flanc oriental de l’alliance. Selon lui, Moscou observe attentivement les réactions des gouvernements face à chaque incident isolé afin d’ajuster ses tactiques.
Par ailleurs, le général Breuer estime que la Russie réorganise tant son appareil militaire que son économie pour préparer une confrontation plus large avec l’Occident, tout en poursuivant son conflit en Ukraine. Des évaluations indépendantes des services de renseignement américains laissent entendre que le président Vladimir Poutine pourrait lancer dans les prochaines années une attaque limitée contre un membre de l’OTAN, notamment pour sonder la capacité et la volonté de l’alliance à répondre collectivement.
Cette alerte fait écho à une précédente analyse publiée plus tôt en 2026 par le ministère néerlandais de la Défense, selon laquelle la Russie pourrait déclencher une opération militaire ciblée contre un pays de l’OTAN dès la première année suivant la fin éventuelle de la guerre en Ukraine.
Drones et missiles à l’épreuve des défenses de l’OTAN
Les déclarations du général Breuer interviennent dans un contexte marqué par une série d’incidents impliquant des aéronefs et des armements non identifiés à proximité des territoires alliés. Récemment, la police allemande a désamorcé un drone transportant un explosif près d’un avion-cargo ukrainien sur un aéroport de l’est de l’Allemagne. L’enquête sur l’origine de cet engin est toujours en cours, sans qu’un lien avec la Russie ait été établi.
De plus, un missile de croisière russe s’est écrasé en juin dans l’est de la Pologne, à environ 97 kilomètres de la frontière ukrainienne. Si ce missile était vraisemblablement destiné à une cible ukrainienne, les responsables de l’OTAN suspectent que la Russie utilise aussi ces incursions de drones et missiles dans l’espace aérien allié pour évaluer les capacités de détection et de réponse de l’alliance.
Un nouveau rôle stratégique pour l’Allemagne en Europe
Face à cette menace hybride croissante, l’Allemagne a sensiblement augmenté ses budgets militaires depuis l’invasion russe de 2022 en Ukraine. Elle ambitionne désormais un rôle de premier plan en matière de sécurité européenne.
Dans ce cadre, le plan militaire récemment dévoilé en partie, dont un résumé déclassifié a été publié en avril, met l’accent sur les domaines clés suivants : renseignement et surveillance, défense aérienne, armement à longue portée et plateformes sans pilote.
Par ailleurs, l’Allemagne a alloué 35 milliards d’euros d’ici 2030 pour le développement de capacités militaires spatiales et a conclu un accord avec les États-Unis pour l’acquisition de missiles de croisière Tomahawk.
Le général Breuer a indiqué que l’Allemagne entend d’abord acquérir des systèmes immédiatement disponibles afin de combler des lacunes urgentes, tout en soutenant la montée en puissance de l’industrie de défense européenne pour réduire à terme sa dépendance aux fournisseurs étrangers.
Dans sa volonté d’assumer un leadership accru, Berlin renforce également ses liens militaires avec ses alliés de l’OTAN, notamment via un accord signé en juin avec la Pologne, portant sur l’interopérabilité, la cybersécurité et la dimension spatiale.