L’Armée américaine simplifie sa bureaucratie, réorganise ses bureaux d’acquisition et donne plus d’autonomie à ses responsables pour accélérer la mise à disposition de technologies de pointe aux forces conjointes.
WASHINGTON – L’Armée de terre américaine entreprend une transformation majeure de son processus d’acquisition, visant à accélérer de manière significative la livraison des capacités essentielles au combat pour les soldats. Consciente que les procédures actuelles sont freinées par une bureaucratie lourde et des exigences dépassées, l’Armée met en œuvre des réformes structurelles et opérationnelles importantes, mettant l’accent sur la rapidité, la responsabilité et l’efficacité dans la livraison des systèmes.
La modification la plus marquante est la création de six Portefeuilles de Responsables d’Acquisition (Portfolio Acquisition Executives – PAE). Chacun de ces PAE sera responsable d’une « zone de capacités » complète, alignée sur le concept émergent de la guerre terrestre (Army Warfighting Concept). Les six domaines concernés sont : Feu (Fires) ; Manœuvre terrestre (Maneuver Ground) ; Manœuvre aérienne (Maneuver Air) ; Commandement, contrôle et lutte contre le commandement et contrôle (Command and Control and Counter Command and Control) ; Soutien agile et munitions (Agile Sustainment and Ammo) ; Protection multicouches et NBC (Layered Protection and CBRND).
Ce modèle confie à un seul responsable la supervision intégrale de cette zone de capacités, couvrant les besoins, la recherche et technologie, les contrats, les acquisitions, les essais, la programmation, la maintenance et les ventes à l’international. L’attention se déplace donc d’une approche centrée sur les programmes individuels vers une approche axée sur les capacités globales. Pour accompagner cette réorganisation, l’Armée restructure ses Bureaux Exécutifs de Programme afin de mieux intégrer et synchroniser les portefeuilles de capacités.
« Sous le système fragmenté actuel, la responsabilité est répartie entre de multiples organisations et fonctions, ce qui engendre un désalignement entre les parties prenantes clés », explique Brent Ingraham, secrétaire adjoint à l’Armée pour l’Acquisition, la Logistique et la Technologie, ainsi que responsable principal des acquisitions. « Aligner cette réforme avec les concepts opérationnels permet à l’Armée de fournir sans délai les capacités nécessaires à nos soldats. »
Par ailleurs, l’Armée simplifie ses processus contractuels tout au long du cycle de vie des matériels, illustrant ainsi une approche orientée résultats plutôt que procédures au sein de la nouvelle structure PAE. Chaque PAE disposera d’un responsable principal contractuel intégré, doté de l’autorité pour attribuer rapidement des contrats, éliminant les goulets d’étranglement et facilitant les démarches pour l’industrie. L’Armée continuera par ailleurs d’utiliser des outils contractuels flexibles, comme les « Other Transaction Authorities » et des solutions commerciales adaptées. Cette réforme fluidifie les procédures et clarifie les points d’entrée pour les partenaires industriels.
« Concentrer les fonctions sous un leader unique et responsable simplifie la prise de décision et supprime les obstacles. Cela permettra aussi aux responsables de prendre des risques calculés là où c’est pertinent, garantissant une livraison plus rapide et efficace des capacités, » ajoute Brent Ingraham. « Toutes les prérogatives d’acquisition restent par ailleurs pleinement conservées. »
L’Armée a débuté la mise en place progressive du modèle PAE début octobre, avec un objectif d’entrée en capacité opérationnelle initiale fixé à janvier 2026. Tous les PAE bénéficieront d’un double rattachement : ils relèveront du nouveau Commandement de la Transformation et de l’Entraînement (Transformation and Training Command – T2COM) pour la définition des besoins, ainsi que du Secrétaire adjoint à l’Armée (Acquisition, Logistique et Technologie) pour les acquisitions et le développement matériel.
« Un changement progressif n’est pas suffisant face à la rapidité des évolutions de notre environnement opérationnel. L’association volontaire de nos leaders expérimentés en opérations et en acquisition permettra une transformation continue à un rythme pertinent, » souligne le général David Hodne, commandant de T2COM.
Chaque PAE sera constitué en équipe regroupant des entités clés issues de différents acteurs de l’Armée, garantissant ainsi une approche unifiée et collaborative pour relever les défis opérationnels.
« Nous lançons également la nouvelle initiative Pathway for Innovation and Technology (PIT), qui vise à stimuler l’innovation, à simplifier les processus et à accélérer le développement technologique, de la phase conceptuelle jusqu’au prototype et à la mise en œuvre à grande échelle, » précise Brent Ingraham.
Placée sous l’autorité directe du secrétaire adjoint à l’Armée, le PIT fonctionne selon un cadre synchronisé visant à fournir des capacités avancées, à renforcer la base industrielle, à intégrer les retours des soldats et à améliorer la préparation opérationnelle en temps réel.
« Adoptant une approche proche de celle d’un investisseur en capital-risque, le PIT vise une prospection technologique large, une prise de risques mesurée et une montée en puissance rapide des solutions les plus prometteuses répondant aux priorités critiques de l’Armée, » conclut Brent Ingraham.
L’Armée de terre reste engagée à faire de l’acquisition un levier orienté résultats, garantissant une modernisation rapide et continue des capacités clés sur tous les domaines de combat.