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Dans un contexte mondial marqué par le terrorisme, les pandémies et les conflits régionaux, l’autonomie stratégique en matière de défense est devenue une condition indispensable à la survie et au développement des nations. C’est ce qu’a souligné le ministre indien de la Défense, Rajnath Singh, lors d’un colloque consacré à la « Guerre au XXIe siècle ».

Rajnath Singh a insisté sur le fait que cette quête d’autonomie n’est pas une démarche protectionniste, mais bien une affirmation de souveraineté et d’autonomie nationale. Il a rappelé que plusieurs pays développés adoptent aujourd’hui des mesures protectionnistes dans un contexte de guerres commerciales et tarifaires exacerbées. Toutefois, l’autonomie en défense ne doit pas être confondue avec l’isolement. Selon lui, « lorsqu’une nation dynamique, dotée d’une jeunesse, d’une énergie, ainsi que d’un potentiel technologique, avance vers l’autonomie, le monde en prend note ». Cette force permet à l’Inde de résister aux pressions internationales et de renforcer sa place dans le concert des nations.

Illustrant ce propos par l’Opération Sindoor, le ministre a mis en avant cette démonstration réussie des capacités indigènes de l’Inde en matière militaire. Cette opération précise, réalisée avec des équipements produits localement, témoigne du succès issu d’une vision stratégique, d’une préparation méticuleuse et d’une coordination rigoureuse. « Ce qui a pu sembler être une guerre courte et une victoire indienne face au Pakistan repose en réalité sur des années de préparation stratégique et de préparation de la Défense », a-t-il souligné.

Par ailleurs, Rajnath Singh a présenté le « Sudarshan Chakra Mission » comme une initiative majeure pour la sécurité future de l’Inde. Ce programme vise à assurer une protection aérienne complète des points sensibles du territoire national d’ici une décennie, grâce à l’intégration de technologies à la fois défensives et offensives. En s’appuyant sur les enseignements tirés de l’Opération Sindoor, il a souligné l’importance croissante de la défense aérienne dans les conflits modernes. À ce titre, il a mentionné avec satisfaction le succès par le DRDO (Organisme indien pour la recherche et le développement en défense) d’un système d’armes intégré de défense aérienne testé le 23 août dernier, capable de neutraliser simultanément trois cibles. Bien que la mise en œuvre complète prenne du temps, le ministère avance avec détermination dans cette voie.

Le ministre a aussi rappelé l’ambition d’autonomie dans la construction navale militaire : « Tous nos navires de guerre sont désormais construits en Inde. » La mise en service des frégates furtives INS Himgiri et INS Udaygiri, équipées d’armements et de systèmes de guerre électronique avancés, illustre cette volonté nette de ne plus acheter de navires étrangers. Ces bâtiments de premier ordre renforcent la puissance de la marine indienne dans la région de l’océan Indien.

De plus, le gouvernement indiens engage un défi technologique et industriel majeur avec le développement d’un moteur aéronautique indigène puissant, un domaine où l’Inde a connu des succès limités par le passé. Les préparatifs pour ce projet critique sont désormais presque achevés et les travaux vont bientôt se concrétiser sur le terrain. Rajnath Singh a insisté sur le fait que la question n’est plus de savoir si l’Inde peut produire de tels systèmes avancés, mais à quelle vitesse ils pourront être déployés.

Les corridors industriels de défense mis en place dans les États de l’Uttar Pradesh et du Tamil Nadu ont été présentés comme des leviers essentiels pour l’innovation et l’indigénisation, contribuant ainsi à la croissance économique et à la réalisation de la vision d’Aatmanirbhar Bharat (Inde autonome) dans le secteur de la Défense. Sur le plan économique, le ministre a souligné que la production nationale de matériel de défense a déjà dépassé 1,5 lakh crore de roupies (environ 18 milliards d’euros), dont 25 % proviennent du secteur privé.

« La Défense ne doit plus être perçue comme une simple dépense, mais comme une économie de la Défense, moteur de l’emploi, de l’innovation et de la croissance industrielle », a-t-il affirmé, comparant ce secteur à d’autres secteurs stratégiques comme l’informatique ou l’automobile, désormais considérés comme des multiplicateurs de croissance.

Sur la scène internationale, Rajnath Singh a confirmé que l’Inde ne cherche pas d’ennemis mais ne transigera jamais sur ses intérêts. « Nous ne considérons aucun pays comme notre adversaire, mais la priorité reste le bien-être de notre peuple, de nos agriculteurs, de nos petites entreprises et de nos citoyens ordinaires ». Il a également indiqué que plus la pression internationale s’intensifie, plus l’Inde sort renforcée.

Enfin, le ministre a rappelé que les avancées technologiques indigènes dans des domaines allant des porte-avions aux avions de chasse, en passant par les drones, les radars et les systèmes de missiles, ont permis de contourner les restrictions survenues après les essais nucléaires indiens de 1998 à Pokhran. « Aujourd’hui, le monde sait que l’Inde a la capacité de vaincre ses adversaires de manière décisive en quelques minutes. Ces succès constituent la preuve de notre force technologique et industrielle », a-t-il conclu.

Pour Rajnath Singh, l’autonomie stratégique en matière de défense n’est pas un simple slogan, mais une feuille de route essentielle à la sécurité, à la souveraineté et au progrès de l’Inde. Dans les années à venir, le pays ne se contentera pas de satisfaire ses propres besoins mais deviendra un partenaire fiable pour le reste du monde, consolidant ainsi sa place de puissance décisive au XXIe siècle.