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La Force aérienne de l’Armée populaire de libération de Chine (APL) exploite désormais 300 chasseurs furtifs J-20 « Mighty Dragon » de cinquième génération, une prouesse révélant l’expansion rapide des capacités de production de Pékin et l’accélération notable des livraisons.

Cette avancée a été mise en lumière lorsque le chasseur J-20 portant le numéro de série « CB10300 » a été aperçu sur le site du Salon aéronautique de Changchun, dans la province du Jilin, qui s’est tenu du 12 au 14 septembre 2025.

Andreas Rupprecht, chercheur spécialisé en aviation militaire chinoise, a été parmi les premiers à publier l’image de cet appareil sur les réseaux sociaux. Il indiqua : « Il est assigné à la 19e brigade aérienne et, ce qui est plus important, on peut enfin voir son numéro de construction : CB10300, soit une unité du 10e lot de production, et le J-20 numéro 300 au total ! »

Entré en production de masse en 2017, le J-20 a vu sa fabrication relancée en 2022. La cadence a augmenté pour atteindre entre 100 et 120 appareils par an, grâce à l’ouverture de nouvelles chaînes d’assemblage à la Chengdu Aircraft Corporation.

En comparaison, Lockheed Martin produit environ 150 F-35 par an, dont beaucoup sont destinés à des clients internationaux.

Des observateurs et analystes de l’APL estiment toutefois que ce chiffre de 300 unités correspond seulement à la partie visible de l’iceberg : le nombre réel de J-20 en service dépasserait probablement déjà ce seuil.

Rick Joe, un analyste renommé de l’aviation de l’APL, précisait sur Twitter : « Il est important de noter que “300e J-20 en total” fait référence au numéro de série spécifique du fuselage, et non au nombre exact d’appareils actuellement en service (qui dépasse vraisemblablement 300). »

Outre le J-20 standard, la Chine a développé la variante améliorée J-20A et un modèle biplace, le J-20S, présenté récemment lors du défilé du Jour de la Victoire.

Cette évolution technologique a suscité un mélange de surprise et de ressentiment en Inde, où certains médias et internautes comparent discrètement les capacités chinoises à celles de leur force aérienne nationale.

Les analystes indiens soulignent régulièrement le fossé grandissant en matière de furtivité entre l’Indian Air Force (IAF) et l’APL. Alors que la Chine dispose déjà de plus de 300 J-20 en service, le premier chasseur furtif indien de cinquième génération sous le programme Avions de Combat Moyens Avancés (AMCA) ne sera opérationnel qu’à la mi-2030.

Pour cette période, la flotte chinoise de J-20 pourrait dépasser les 1000 appareils, avec probablement l’intégration d’un chasseur de sixième génération, dont le prototype est en phase de tests.

Par ailleurs, la Chine produit également le chasseur furtif de cinquième génération J-35A et sa variante porte-avions J-35, élargissant encore l’arsenal aérien furtif de l’APL.

Les États-Unis observent attentivement le développement du potentiel aérien chinois, notamment sa flotte de J-20. Un rapport du Pentagone publié en décembre 2024 anticipait que la Chine disposerait de 400 chasseurs J-20 en opération d’ici la fin de 2025, ce qui ferait d’elle la plus grande flotte de chasseurs furtifs au monde.

Face à la menace croissante d’un conflit sino-américain, les chefs de l’US Air Force s’inquiètent de préserver à tout prix leur supériorité aérienne.

Le général Charles Brown Jr., ancien chef de l’US Air Force, soulignait en 2021 que l’APL possédait « les plus grandes forces aériennes du Pacifique » et qu’elle les avait développées « sous nos yeux » lors d’une conférence en septembre 2024. Il prévenait que la Chine pourrait surpasser la dominance aérienne américaine d’ici 2035.

Ces inquiétudes sont montées crescendo ces dernières années. En janvier 2025, le général de brigade Doug Wickert, commandant de la 412e escadre de tests de la base d’Edwards, alertait que d’ici 2027, la flotte chinoise de chasseurs modernes surpasserait celle des États-Unis par un ratio de 12 contre 1 dans les régions clés du Pacifique occidental, avec une proportion de 5 contre 3 pour les chasseurs de cinquième génération.

Le déploiement du J-20 sur les cinq commandements stratégiques de l’APL démontre la volonté ferme de la Chine. Cet appareil constitue désormais l’épine dorsale de la Force aérienne populaire de Chine et est régulièrement positionné aux abords de zones sensibles dans l’Indopacifique, consolidant la projection de puissance de Pékin.

Il a déjà été confronté à deux reprises au F-35 Lightning II de l’US Air Force en 2025.

Le J-20 a été déployé à plusieurs reprises sur des aérodromes au Tibet, près de la Ligne de Contrôle Réelle disputée avec l’Inde. Il a également survolé Taïwan, comme l’a reconnu un pilote chinois en janvier 2023, période durant laquelle les défenses aériennes taïwanaises n’ont pas réussi à détecter l’appareil.

Positionné dans le Commandement du théâtre oriental, il patrouille dans le détroit de Taïwan et en mer de Chine orientale, grâce à sa capacité à pénétrer sans alerter les radars. En juillet 2025, il a survolé le stratégique détroit de Tsushima, proche du Japon et de la Corée du Sud, ainsi que le canal de Bashi, passage étroit crucial entre les Philippines et Taïwan.

Le J-20 domine le ciel

Selon le journal officiel Global Times, le chasseur furtif J-20 a été la vedette du Salon aéronautique de Changchun, présentant pour la première fois une démonstration statique au sol, qualifiée comme le point culminant de l’événement par l’expert militaire chinois Fu Qianshao.

Le J-20 possède un fuselage à nez effilé, une verrière sans cadre et une configuration en aile canard-delta, optimisant portance, maniabilité et stabilité, assistée par des systèmes de commandes de vol électriques dits fly-by-wire.

L’appareil est revêtu de matériaux absorbants les ondes radar, équipé de buses d’éjection crantées et d’entrées d’air supersoniques sans déflecteur (DSI), minimisant significativement sa section transversale radar (RCS) et son empreinte infrarouge via un système d’échappement refroidi. Il peut atteindre le supercroisière (vol supersonique sans postcombustion) tout en restant furtif.

Conçu pour la supériorité aérienne, il intègre néanmoins des capacités multitâches pour des frappes au sol et la guerre électronique. Il symbolise une avancée majeure dans la maîtrise aérospatiale chinoise, traduisant une évolution des simples copies vers des innovations domestiques.

Le J-20A améliore le modèle initial avec une verrière plus courte et une partie arrière plus longue englobant le fuselage central, offrant un espace accru pour carburant supplémentaire, électronique embarquée et équipements de guerre électronique. Par ailleurs, son moteur WS-15 plus puissant est en cours de développement pour moderniser la motorisation.

Le J-20S biplace, dévoilé récemment, représente une évolution stratégique majeure. Ce chasseur furtif poids lourd de nouvelle génération offre des capacités multi-rôles étendues pour les missions de précision contre cibles terrestres et maritimes, ainsi que la supériorité aérienne à moyenne et longue portée. Le second membre d’équipage peut gérer capteurs et communications, notamment pour la guerre électronique, le commandement et contrôle aérien (C2) ou la coordination des armes guidées.

Son compartiment internes d’armement maintient la furtivité, pouvant embarquer quatre missiles air-air longue portée PL-15.

Depuis l’introduction en novembre 2024 du missile PL-15E à ailes repliables, le J-20 peut désormais transporter au moins six missiles dans ce compartiment caché. Il dispose aussi de points d’emport externes pour des armes supplémentaires. En février 2025, un J-20 a été observé en configuration « bête de combat », suggérant une possible réorientation tactique de l’APL vers une maximisation de la puissance de feu, au détriment partiel de la furtivité.

La Chine modernise continuellement ses chasseurs pour rivaliser avec les F-22 Raptors et F-35 Lightning américains, tout en dissuadant ses rivaux régionaux.

Un pilote de l’APL affirmait en 2024 que le J-20 Mighty Dragon bénéficie d’améliorations constantes visant à atteindre ses objectifs opérationnels. Li Gang, pilote d’essai, évoquait ainsi : « Le J-20 s’améliore sans cesse, s’adapte aux exigences actuelles et perfectionne continuellement son système de mission afin de remplir les objectifs de combat. »

Cette dynamique est confirmée par le rapport annuel 2023 du Pentagone sur la puissance militaire chinoise, précisant que l’APL prépare diverses améliorations pour le J-20, notamment l’augmentation de la capacité en missiles air-air tout en conservant la furtivité, l’installation de moteurs à poussée vectorielle, et le développement du supercroisière grâce aux moteurs indigènes WS-15 à poussée accrue.

Dans ce cadre, il est évident que la Chine combine aujourd’hui qualité et quantité pour constituer une flotte aérienne de combat robuste et modernisée.

Sakshi Tiwari