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Le 300e Chengdu J-20, avion de chasse furtif de cinquième génération, vient d’entrer en service au sein de l’Armée de l’air populaire de Chine (PLAAF). Arborant le numéro de série 63106, cet appareil a récemment été présenté au Salon aéronautique de Changchun 2025, illustrant les capacités aériennes avancées et en rapide expansion de Pékin. Cette étape marque la progression significative de la Chine dans le domaine des avions de combat furtifs, posant un défi stratégique majeur à l’Armée de l’air indienne (IAF) en plein processus de modernisation.

Le J-20, surnommé le « Mighty Dragon », est le fleuron furtif chinois, conçu pour rivaliser avec les F-22 Raptor et F-35 Lightning II américains. Avec la livraison du 300e exemplaire, la Chine démontre non seulement sa capacité à produire en grande série des avions de combat de pointe, mais aussi sa volonté d’affirmer sa suprématie aérienne dans la région indo-pacifique. Doté de technologies furtives avancées, d’avionique sophistiquée, de la capacité de supercroisière, ainsi que d’un éventail polyvalent d’armements, le J-20 représente une plateforme redoutable pour les missions air-air comme air-sol.

La présentation du numéro 63106 au Salon aéronautique de Changchun a bien plus qu’une portée symbolique. Elle témoigne de la capacité chinoise à maintenir un rythme de production élevé pour ce type d’appareils, un exploit que peu de nations peuvent égaler. Avec une production estimée entre 50 et 60 J-20 par an, la PLAAF se rapproche progressivement des principales forces aériennes mondiales, notamment celles des États-Unis. Cette montée en puissance constitue un défi direct pour les pays de la région, et en particulier pour l’Inde, dans un contexte de tensions persistantes le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC).

À l’inverse, l’Armée de l’air indienne adopte une approche plus prudente et lente dans son programme de chasseurs de cinquième génération. L’IAF prévoit d’intégrer seulement 50 à 60 AMCAs (Advanced Medium Combat Aircraft), chasseurs furtifs indigènes, encore en phase de développement et dont l’entrée en service n’est pas attendue avant le milieu des années 2030. Si l’AMCA représente un investissement stratégique à long terme pour l’autonomie de la défense indienne, son volume limité soulève des doutes quant à la capacité de l’IAF à contrebalancer la supériorité numérique et technologique chinoise dans le domaine aérien.

Les efforts actuels de modernisation de l’IAF se concentrent sur l’acquisition de 114 avions multirôles dans le cadre d’un contrat avoisinant les 20 milliards de dollars. Le Rafale, avion de 4,5e génération de Dassault Aviation, est le principal prétendant après le succès des 36 appareils déjà en service. Cependant, ce choix soulève des questions face aux avancées chinoises incarnées par le J-20.

Le Rafale est une plate-forme polyvalente, éprouvée, dotée de capteurs performants, d’une faible signature radar et d’une capacité d’armement robuste. Son intégration dans l’IAF a renforcé les capacités de combat aérien de l’Inde, notamment face aux menaces régionales pakistanaises et chinoises. Néanmoins, en tant qu’avion de 4,5 génération, il ne bénéficie pas des pleines capacités furtives et des technologies de prochaine génération propres aux appareils de cinquième génération tels que le J-20 ou le Su-57E. Même une flotte de 114 Rafale renforcera sensiblement l’IAF, mais elle ne suffira sans doute pas à contrer durablement la montée en puissance chinoise.

Le Su-57E, chasseur furtif russe de cinquième génération, constitue une alternative intéressante. Malgré des défis liés à son développement et certaines critiques sur ses qualités furtives, il présente plusieurs atouts : capacité de supercroisière, portée d’engagement longue distance, et intégration possible d’armes hypersoniques avancées. De plus, la Russie s’est montrée prête à co-développer et personnaliser le Su-57E pour l’Inde, notamment dans le cadre du projet FGFA (Fifth Generation Fighter Aircraft). Une acquisition combinée de 114 Rafale et 50 Su-57E pourrait offrir à l’IAF un équilibre entre une flotte de chasseurs 4,5 génération fiable et une capacité furtive crédible pour faire face au J-20.

Le déploiement de 300 J-20 illustre clairement l’évolution des rapports de force aériens en Asie. La supériorité numérique de la PLAAF, alliée à la furtivité et aux avancées technologiques du J-20, pourrait modifier substantiellement l’équilibre dans d’éventuels conflits futurs le long de la LAC. Compter uniquement sur 50 à 60 AMCAs, encore en phase de développement, représente un pari risqué pour l’Inde. L’IAF doit impérativement revoir ses priorités afin de pouvoir dissuader et, si besoin est, contrecarrer la supériorité aérienne chinoise.

Opter pour 114 Rafale apporterait des bénéfices opérationnels immédiats, mais ne garantirait pas une préparation optimale face à un futur dominé par des avions furtifs de cinquième génération. Une stratégie mixte, combinant Rafale et Su-57E, offrirait une solution plus équilibrée. Les Rafale renforceraient les capacités air-sol et multi-rôles, tandis que les Su-57E permettraient de disposer d’une plate-forme furtive crédible pour rivaliser avec le J-20. Par ailleurs, une coopération renforcée avec la Russie sur le Su-57E pourrait accélérer le programme AMCA indien via des transferts de technologie et un développement conjoint.