Le missile de croisière supersonique BrahMos, pivot de la collaboration indo-russe en matière de défense, a renforcé sa réputation à l’issue de son premier engagement opérationnel lors du conflit entre l’Inde et le Pakistan en mai 2025. Suite à son rôle déterminant durant l’opération Sindoor, ce missile a non seulement démontré sa précision létale, mais a aussi suscité un regain d’intérêt pour de nouvelles commandes, avec des négociations en cours pour des contrats conséquents, selon Alexander Maksichev, directeur général russe de BrahMos Aerospace.
Dans un entretien exclusif, Maksichev a indiqué que les discussions concernant les acquisitions de BrahMos progressent rapidement et pourraient aboutir à la signature de contrats dans les mois à venir. « Les acheteurs sont principalement nationaux, mais des partenaires étrangers devraient également se joindre à nous », a-t-il souligné, mettant en avant le double attrait du missile pour le renforcement des capacités domestiques et pour l’exportation internationale. Le carnet de commandes du partenariat s’élève déjà à environ 7 milliards de dollars, englobant les besoins des forces armées indiennes et les ventes à l’étranger.
Le point de départ de cet engouement renouvelé a été l’opération Sindoor, la riposte rapide de l’Inde à l’attaque terroriste du 22 avril 2025 à Pahalgam, dans le Jammu-et-Cachemire, qui a fait 26 victimes, dont des touristes. Lancée dans la nuit du 7 mai, l’opération a visé neuf sites d’infrastructures terroristes liés aux groupes Jaish-e-Mohammed (JeM) et Lashkar-e-Taiba (LeT) au Pakistan et au Cachemire administré par le Pakistan. Ce qui avait commencé par des frappes ciblées s’est transformé en un affrontement de quatre jours, marqué par la riposte pakistanaise opération Bunyan-um-Marsoos, avec des attaques de drones et de missiles sur des bases indiennes.
Le BrahMos a joué un rôle décisif les 9 et 10 mai, lorsque l’Armée de l’air indienne (IAF) a lancé une quinzaine de missiles depuis des Sukhoi Su-30MKI. Ces frappes ont neutralisé 11 des 13 principales bases aériennes pakistanaises, touchant notamment des cibles stratégiques telles que Nur Khan à Rawalpindi — abritant des actifs sensibles — ainsi que Rafiqui, Murid, Rahim Yar Khan, Sukkur et Chunian. Les missiles ont détruit pistes, centres de commandement et systèmes de défense aérienne, contraignant la Force aérienne pakistanaise (PAF) à déplacer ses moyens vers des bases arrière, neutralisant ainsi leur capacité de contre-offensive.
Le succès de cette opération reposait sur une stratégie en plusieurs phases : des drones sans pilote ont activé les radars pakistanais, suivis par des munitions kamikazes Harop destinées à les désactiver, ouvrant la voie aux missiles BrahMos et SCALP français. La récupération de débris d’un booster et d’un nez de missile BrahMos près de Bikaner dans le Rajasthan atteste de l’emploi de cet armement, confirmant la fiabilité de sa capacité « tiré-oublié ».
Les exportations constituent désormais le principal moteur de croissance après l’opération Sindoor. Les Philippines ont été le premier client en 2022, avec un contrat de 375 millions de dollars pour des batteries côtières, dont les livraisons ont débuté en avril 2025. Aujourd’hui, le Vietnam, l’Indonésie et les Émirats arabes unis sont en phase avancée de négociations, attirés par l’avantage opérationnel démontré du missile dans la région sensible de la mer de Chine méridionale.
Le ministre indonésien de la Défense a confirmé les discussions lors de la visite du chef de la Marine indienne, Dinesh Tripathi, en décembre 2024. Un accord potentiel de 450 millions de dollars pourrait inclure des prêts indiens. Face à l’expansion navale chinoise, les pays d’Asie du Sud-Est voient dans le BrahMos une solution adaptée aux petites unités navales, pouvant embarquer jusqu’à 12 missiles sur des bâtiments de 700 à 800 tonnes.
Par ailleurs, une nouvelle usine à Lucknow, prévue pour fin 2025 ou début 2026, est destinée à la production du BrahMos-NG (Next Generation), une version allégée de 1,5 tonne conçue pour une plus large gamme de plateformes, avec des essais programmés en 2026. La variante hypersonique BrahMos-II, capable de vitesses Mach 7-8 et basée sur la technologie russe du Zircon, reste à plusieurs années, mais promet d’importantes améliorations futures.