Le Canada a annoncé son entrée au programme Global Combat Air Programme (GCAP) en tant que premier observateur officiel, ouvrant ainsi un accès privilégié à des informations classifiées concernant cette initiative trilatérale consacrée au développement d’un chasseur furtif de sixième génération.
Par cet accord, Ottawa bénéficie d’un accès aux spécifications techniques, aux protocoles de sécurité et aux lignes directrices du développement ingénierique sans avoir à s’engager dans des investissements financiers initiaux, ni dans des configurations industrielles collaboratives, ni dans des obligations issues de traités souverains. Cette démarche stratégique permet au gouvernement canadien d’envisager des options d’acquisition aéronautique à long terme pour l’après-2035, tout en préservant ses ressources actuelles pour l’intégration prévue de sa flotte de F-35A.
Le Canada participera officiellement en tant qu’observateur à partir du Salon aéronautique international de Farnborough en juillet 2026, offrant ainsi aux entreprises nationales un accès anticipé aux technologies dans les domaines de la simulation, de l’avionique et des tests logiciels. Cela permettra également à Ottawa d’examiner les critères de développement de l’avion de combat de sixième génération, d’une longueur estimée entre 19 et 20 mètres, tandis que les pays fondateurs – le Royaume-Uni, le Japon et l’Italie – progressent dans la phase de définition technique, dotée d’un budget de 4,6 milliards de livres sterling.
Le Canada pourra ainsi étudier le calendrier de développement du GCAP, le cadre de sécurité, les priorités en ingénierie ainsi que les scénarios d’acquisition possibles, tout en restant sous l’égide du traité contrôlé par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon. Ottawa espère qu’à titre initial, l’industrie canadienne contribuera dans les domaines de la simulation de vol, de la formation des pilotes, de l’avionique, des logiciels, des essais aérospatiaux et de la recherche sur les matériaux, sans pour autant assumer immédiatement une responsabilité majeure dans la conception structurelle de l’appareil. Cette décision s’inscrit en parallèle de l’acquisition prévue de jusqu’à 88 F-35A pour remplacer la flotte de CF-18 de la Force aérienne royale canadienne et concerne la structuration future de la force aérienne.
L’arrivée du Canada constitue la première extension formelle du GCAP depuis sa création en décembre 2022, qui a réuni le projet Tempest britannique, le programme japonais FX et l’intégration de l’Italie comme partenaire à part entière.
Une adhésion complète au programme nécessiterait l’unanimité des fondateurs (Londres, Rome et Tokyo), suivie d’amendements au traité de l’Organisation internationale des gouvernements (OIG) du GCAP, ainsi que de négociations portant sur le financement, la propriété intellectuelle, les contrôles à l’exportation, les protocoles de sécurité et la répartition industrielle.
Le Canada devra également préciser s’il entend devenir partenaire de développement, participant à la production, client à l’exportation, ou une combinaison de ces statuts. Le statut d’observateur offre à Ottawa la possibilité d’évaluer ces options sans imposer d’exigences pendant que les membres fondateurs définissent la configuration finale de l’appareil.
Cette formule évite de rouvrir immédiatement une répartition industrielle déjà établie, qui attribue les fonctions principales à BAE Systems, Leonardo et Japan Aircraft Industrial Enhancement Company (JAIEC).
La configuration actuelle du GCAP prévoit un chasseur furtif de grande envergure, doté d’une aile delta sans empennage arrière, bien plus imposant que les concepts Tempest antérieurs.
BAE Systems a indiqué que l’appareil serait de 3 à 4 mètres plus long que l’Eurofighter Typhoon, qui mesure 15,96 mètres, ce qui placerait son gabarit autour de 19 à 20 mètres si cette estimation se confirme à la phase finale de conception. Ce volume interne accru est nécessaire pour accueillir le carburant, l’armement, les capteurs, les ordinateurs, les systèmes de refroidissement et les générateurs d’énergie, et pas uniquement pour optimiser l’aérodynamique.
Les responsables du programme ont précisé que l’appareil est conçu pour disposer d’un carburant interne suffisant pour un vol transatlantique sans ravitaillement en vol, bien qu’aucune donnée officielle sur l’autonomie, le rayon d’action, la capacité carburant ou la masse maximale au décollage n’ait encore été publiée.
Une telle autonomie conférerait à cet aéronef une capacité opérationnelle étendue au-dessus de l’Atlantique Nord, de l’Indo-Pacifique et de l’Arctique, réduisant la dépendance aux ravitailleurs aériens, souvent vulnérables. Par ailleurs, cette configuration permettrait des compartiments internes d’armement plus larges que ceux du F-35A, ouvrant la voie au transport de missiles air-air à longue portée, d’armes d’attaque à distance, ainsi que de futures munitions trop volumineuses pour les chasseurs furtifs actuels. Cette augmentation de taille entraîne toutefois une accroissement de la signature radar, de la traînée aérodynamique et de la consommation de carburant.
Ainsi, le chasseur est conçu comme un véritable nœud de gestion du combat, capable de capter et de traiter des informations à grande vitesse, et non simplement comme un chasseur furtif doté d’une charge d’armement accrue.
Le GCAP est pensé pour opérer de manière intégrée avec des F-35, les Eurofighter Typhoon, des avions de combat collaboratifs, des satellites, des navires, des unités terrestres et des systèmes d’armes à longue portée. Sa valeur opérationnelle dépendra de sa capacité à recevoir, analyser et diffuser des données entre forces aériennes, terrestres, maritimes et spatiales, tout en garantissant sa fonctionnalité même en cas d’interruption ou de brouillage des communications. Les processeurs embarqués devront trier les cibles, comparer les données des capteurs, contrôler les drones et élaborer des solutions de combat sans supervision constante d’un centre de commandement au sol.
Ottawa devra à terme évaluer si les avantages industriels et opérationnels justifient le coût d’intégration d’un programme dont le développement et les dépenses d’acquisition s’étaleront sur plusieurs décennies, à l’image du F-35. En attendant cette décision, le statut d’observateur garantit au Canada un accès anticipé à la planification du programme, alors qu’il poursuit le déploiement du F-35A et étudie les combinaisons optimales entre avions pilotés, drones collaboratifs, systèmes d’alerte avancée, ravitailleurs aériens et armements à longue portée pour l’après-2035.
Jérôme Brahy