Le chef de l’Indian Air Force (IAF), le maréchal de l’air Amar Preet Singh, s’est montré très optimiste quant au programme de l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), confirmant que le premier vol est prévu pour 2028 avec une induction opérationnelle d’ici 2035. Selon lui, ces échéances sont réalistes et pourraient même être anticipées en cas d’efforts soutenus. Lors de sa conférence de presse préalable à la célébration du 93e anniversaire de l’IAF, il a également évoqué les spéculations autour du chasseur furtif russe Su-57, soulignant une évaluation méthodique où tous les candidats, y compris le Felon, seront jugés au regard des besoins de l’armée de l’air indienne.
Ces déclarations illustrent une stratégie à double volet : accélérer le développement de capacités indigènes de cinquième génération tout en gardant ouvertes les possibilités d’importation pour combler les lacunes immédiates des escadrons.
L’AMCA, fer de lance de la souveraineté technologique indienne
L’AMCA, chasseur multirôle furtif développé par l’Aeronautical Development Agency (ADA) et Hindustan Aeronautics Limited (HAL), constitue un pilier de la politique d’autonomie stratégique Atmanirbhar Bharat. Avec une flotte projetée entre 126 et 200 exemplaires destinée à équiper six escadrons, cette plateforme bimoteur intègre des soutes internes à armement, la capacité de supercroisière et une fusion de capteurs avancés pour rivaliser avec le J-20 chinois.
Le maréchal Singh a déclaré : « À ma connaissance, le premier vol est prévu durant cette décennie, vers 2028, et l’AMCA doit être induit et opérationnel au sein de l’Indian Air Force d’ici 2035… Je pense personnellement que ce calendrier est réalisable, voire meilleur, si l’on s’en donne réellement les moyens. C’est possible. » Ce propos, empreint d’optimisme, intervient alors que le programme a fait face à des retards moteurs et des contraintes budgétaires.
Ces objectifs coïncident avec les jalons officiels : le prototype devrait être présenté fin 2026 ou début 2027, le premier vol prévu pour 2028, la certification visée en 2032, et une induction complète vers 2034-35. L’ADA partage cette vision et cible un premier vol entre 2028 et 2029. HAL finalise les tests sur des maquettes à échelle réduite tandis que le DRDO poursuit le développement du moteur à cycle variable sec de 110 kN, dérivé du Kaveri.
Diminuer les risques technologiques pour assurer le succès
La maîtrise technologique est un point clé du projet. Le maréchal Singh a souligné : « Concernant la technologie, nous savons clairement ce que nous voulons, ce qui est nécessaire, où et comment l’obtenir. » Il a mis en avant les sous-systèmes mûrs tels que le radar AESA Uttam à base de GaN et les prises d’air supersoniques sans déflecteurs, déjà validés sur les prototypes de Tejas. Avec un financement de 15 000 crores de roupies débloqué en mars 2024 pour la phase de développement complet, les spécialistes jugent l’objectif 2035 atteignable, avec la production de deux escadrons Mk1 dès la fin de la décennie si la production en série démarre après 2032.
Une approche prudente face à l’offre russe Su-57
Sur le court terme, le chef de l’IAF a modéré l’enthousiasme autour de solutions rapides comme le Su-57, le chasseur russe de cinquième génération destiné à l’export. Des rumeurs évoquent un possible contrat de 36 à 60 appareils avant la visite du président Vladimir Poutine en décembre, mais Singh a rappelé la rigueur des procédures : « En ce qui concerne le Su-57, nous devons examiner toutes les options. Au sein du ministère de la Défense et de l’Indian Air Force, un processus strict d’induction de tout système d’arme est appliqué, et ce processus sera respecté. Ce qui sera retenu dépendra de ce qui répond le mieux à nos besoins. »
Le Su-57 présente des atouts tels que ses moteurs AL-41F1 à poussée vectorielle et ses fonctionnalités de génération 5,5, notamment sa capacité à utiliser des munitions à longue portée, dont l’intégration possible du missile BrahMos indien. Toutefois, des évaluations antérieures ont signalé des lacunes en termes de furtivité avec une surface radar effective (RCS) estimée entre 0,1 et 1 m², ainsi que des risques liés à la chaîne d’approvisionnement. La priorité donnée par Singh s’inscrit dans le cadre de l’appel d’offres MRFA, où l’Indian Air Force privilégie les fournisseurs offrant un transfert de technologie compris entre 70 et 80 %, permettant l’assemblage local – un avantage distinctif détenu par le Rafale de Dassault grâce à ses compensations déjà mises en œuvre.
Cette démarche mesurée prend en compte la réalité de l’IAF qui dispose de 31 escadrons pour une capacité officielle de 42, situation accentuée par le retrait des MiG-21 et les retards du Tejas Mk1A. Certains experts estiment que le Su-57 pourrait faire office de solution transitoire vers l’AMCA, « mais uniquement s’il correspond à ce qui est le plus avantageux pour nous ».