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Face aux déclarations d’Elon Musk sur l’obsolescence des appareils pilotés, le chef de l’Armée de l’air indienne, le maréchal de l’air AP Singh, a réaffirmé le rôle indispensable des pilotes humains dans la guerre aérienne. Alors que les attaques audacieuses de drones en Ukraine ont relancé le débat mondial sur l’avenir de la supériorité aérienne, Singh insiste sur le fait que l’homme restera au cœur des combats à venir.

Cette controverse a éclaté après qu’Elon Musk, en réponse à un message du capital-risqueur Shaun Maguire mettant en avant une opération ukrainienne ayant causé plus d’un milliard de dollars de dégâts grâce à des drones à bas coût, ait publié sur X : « Les drones sont l’avenir de la guerre. Les avions pilotés ne le sont pas. »

Ce propos du 1er juin, largement relayé, décrit un futur dominé par des essaims autonomes de drones, dépassant les avions de chasse traditionnels – une vision s’inscrivant dans les innovations sans pilote promues par les entreprises de Musk comme SpaceX et Starlink.

Le maréchal AP Singh a répondu en soulignant la pertinence des avions pilotés dans le contexte actuel de menaces hybrides : « À l’heure actuelle, il existe trois ou quatre programmes majeurs dans le monde, appelés Programmes d’Avions de Sixième Génération, NGAD et autres noms. Tous sont des avions pilotés. » Il fait ici référence à l’initiative américaine Next Generation Air Dominance (NGAD), ainsi qu’aux projets britanniques Tempest et européens FCAS (Future Combat Air System). Selon lui, cela démontre clairement que « l’importance de l’homme dans la machine ne disparaîtra pas dans un avenir proche. »

Cette prise de position s’inscrit dans la stratégie de l’IAF, qui investit notamment dans l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), un chasseur furtif de cinquième génération indigène dont le prototype est prévu pour 2028. Reconnaissant l’essor des drones observé dans des conflits récents, de l’Ukraine à la mer Rouge, Singh insiste sur la complémentarité des systèmes pilotés et sans pilote : « Il y aura des systèmes sans pilote, mais ils doivent fonctionner en collaboration avec les avions pilotés ou être contrôlés par un humain. La pertinence des chasseurs ne disparaîtra donc pas dans les années à venir. »

Cette intégration est au cœur de la doctrine Manned-Unmanned Teaming (MUM-T) de l’IAF, où des avions comme les Su-30MKI modernisés et les futurs Rafale coordonneront des drones d’appui tels que le véhicule aérien sans pilote Ghataak développé par le DRDO. Dans des missions complexes, notamment le franchissement des défenses aériennes le long de la ligne de contrôle réelle (Line of Actual Control), le jugement humain reste crucial pour s’adapter en temps réel aux conditions de guerre électronique, météorologiques ou à l’incertitude stratégique.

Sans détour, Singh a aussi relativisé la vision de Musk en la rapportant à son expérience commerciale : « Elon Musk est un homme d’affaires. Il parlera ainsi car il dirige une entreprise. Regardez ses voitures, combien en voyez-vous sur les routes ? Je parle d’une simple voiture. » Il rappelle ainsi que, malgré le battage médiatique, les véhicules Tesla rencontrent encore des difficultés d’adoption liées à l’infrastructure de recharge ou au coût. « En matière de combat, on ne peut pas dire que la prochaine génération utilisera uniquement des systèmes sans pilote. Cela ne se produira pas. Les plateformes pilotées resteront indispensables. »

Cette attitude pragmatique reflète la volonté de l’Inde de privilégier l’autonomie dans ses acquisitions militaires, en développant des systèmes éprouvés et adaptables, du chasseur Tejas Mk1A aux modernisations des Sukhoï. Si la promotion des drones par Musk, appuyée par sa constellation satellitaire Starshield au service de l’Ukraine, a influencé certains changements dans la politique américaine, la réponse d’AP Singh illustre la réalité opérationnelle qui prévaut à New Delhi, face à l’engouement souvent plus spéculatif de la Silicon Valley.