Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a appelé samedi à la fin des violations israéliennes en Syrie et a plaidé pour un soutien international à la transition politique du pays, lors de sa première visite depuis la prise de pouvoir des nouvelles autorités suite à des années de guerre civile.
Le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani, a exigé le retrait des forces israéliennes d’une zone tampon surveillée par l’ONU sur les hauteurs du Golan occupées par Israël, où ces troupes se sont déployées en 2024, après la chute du régime de Bashar al-Assad.
Antonio Guterres est le premier chef de l’ONU à se rendre en Syrie depuis Ban Ki-moon en 2009, soit deux ans avant le déclenchement du conflit syrien, qui a coûté la vie à plus d’un demi-million de personnes avant que le nouveau pouvoir islamiste ne s’installe.
« Nous soulignons l’importance du respect complet de la souveraineté, de l’indépendance, de l’unité et de l’intégrité territoriale de la Syrie », a déclaré Guterres lors d’une conférence de presse.
« Les violations de la souveraineté et de l’intégrité territoriale syriennes sont inacceptables et doivent cesser. Ce qui se passe dans la région autour des hauteurs du Golan est totalement inacceptable », a-t-il ajouté, rappelant que « les hauteurs du Golan sont un territoire syrien ».
Après la destitution d’Assad, Israël a envoyé des troupes dans la zone tampon sous surveillance onusienne qui séparait depuis des décennies les forces israéliennes et syriennes sur le Golan, menant également des frappes et des incursions répétées plus en profondeur en territoire syrien.
Les responsables israéliens ont affirmé leur intention de maintenir leurs forces dans une « zone de sécurité » dans le sud de la Syrie.
« Moment crucial »
Pour Asaad al-Shaibani, « la poursuite des actions militaires israéliennes et l’occupation illégale de nos terres au-delà de la ligne de 1974 constituent une menace directe pour la sécurité de la région ».
« Nous réitérons notre demande d’une position ferme de l’ONU en vue d’un retrait immédiat et inconditionnel », a-t-il ajouté.
Antonio Guterres, qu’il a qualifié de visite de solidarité, a assuré que l’ONU soutenait la Syrie à un « moment pivot ».
« Nous sommes prêts à appuyer votre transition politique, y compris vos efforts pour garantir la justice transitionnelle, rédiger une constitution définitive et organiser des élections libres et équitables », a déclaré Guterres.
La reconstruction de la Syrie est une priorité humanitaire et « un investissement dans le développement, la paix et la stabilité régionale », a-t-il souligné.
« Aujourd’hui, la Syrie est un pilier de stabilité au Moyen-Orient », a-t-il ajouté, alors que le conflit entre l’Iran et les États-Unis déstabilise la région.
Le ministre al-Shaibani a qualifié la visite de « déclaration claire du passage de la Syrie à une position de partenaire actif au sein des Nations unies, marquant le début d’une nouvelle phase basée sur une coopération étroite pour une reprise nationale complète ».
Depuis l’arrivée au pouvoir de Ahmed al-Sharaa, la communauté internationale appelle les nouvelles autorités islamistes à créer un système de gouvernance intégrant tous les composants de la société syrienne multiethnique et multiconfessionnelle, notamment après les violences sectaires de l’an passé.
Un communiqué du bureau d’al-Sharaa indiquait que sa rencontre avec le chef de l’ONU avait abordé « le renforcement de la coopération entre la Syrie et l’ONU dans les domaines humanitaire et du développement ».
Visite de la vieille ville
Le communiqué précisait également que les discussions avaient porté sur le « soutien aux efforts de relèvement rapide et de reconstruction » ainsi que sur « le respect de la souveraineté, de l’unité et de l’intégrité territoriale syriennes ».
Les médias d’État ont rapporté que Guterres avait visité la vieille ville de Damas avec une visite à la célèbre mosquée des Omeyyades.
Un responsable de l’ONU a indiqué qu’à Damas, Guterres avait rencontré les membres de la force de maintien de la paix de l’ONU déployés sur le Golan.
Il s’est également rendu à la prison de Sednaya, près de la capitale, réputée comme la plus brutale du régime syrien et qualifiée de « Abattoir humain » par Amnesty International.
Israël a conquis la majeure partie des hauteurs du Golan lors de la guerre arabo-israélienne de 1967 et a par la suite annexé les territoires sous son contrôle, une décision non reconnue par la plupart des pays.
Malgré les tensions persistantes, des échanges directs entre Israël et les nouvelles autorités syriennes ont eu lieu, avec l’accord d’établir un mécanisme de partage de renseignements.
Le conflit syrien a détruit les infrastructures du pays et poussé des millions de personnes à fuir, soit à l’intérieur du territoire, soit à l’étranger.
Depuis la chute d’Assad, environ 1,7 million de réfugiés seraient revenus en Syrie selon l’ONU, alors que près de 5,5 millions restent déplacés à l’intérieur et six millions à l’étranger.
Au total, près de 15,6 millions de Syriens ont besoin d’une assistance humanitaire.